Apprendre à s’écarter

J’ai commencé mon voyage en rêvant les yeux posés sur les cartes.
On commence tous comme ça.
Je crois.
IMG_0734
Qui n’a pas, gamin, laissé courir ses doigts sur un atlas aux pays colorés ?
A ce propos, je me suis toujours posé la question de savoir qui était la personne en charge des couleurs de pays. Pourquoi la France est verte et pas le Canada, le Vatican, ou le Pérou ? Pourquoi l’Inde rose et pas la Grèce? Et pourquoi un Gabon violet et pas une Australie ? Hein ? Pourquoi ? Je me pose des questions quelques fois…
Franchement.
Enfin, la mer est bleue et le Groenland blanc, ça me rassure…
Cette semaine, j’ai fait l’acquisition d’un jeu de cartes couvrant la majorité de mon parcours.
IMG_0733
La technologie aujourd’hui nous permet, grâce au GPS embarqué, de se laisser guider, voire dicter une route – même à vélo on peut embarquer un GPS et suivre docilement la route sélectionnée. Personnellement, homme au cœur de papier, je préfère pour éviter de rester sur le carreau et me prendre une pique, trimballer un tas de cartes (désolé, je n’ai pas réussi à placer « trèfle » dans cette phrase.)

Ces derniers temps, je passe un nombre incalculable d’heures penché sur celles-ci pour définir un parcours qui soit à la fois réalisable, compte tenu du temps dont je vais disposer, et qui soit en plus, joli.
Je veux du beau.
Le genre de paysage qui après trois heures d’ascension vous fasse verser une larme…voire deux.
DSC01970
Certes, je passe aussi moult heures à trainer sur « Gloogleu Mape » ou « Gloogleu Earfe », et puis j’ai aussi téléchargé une application dans mon téléphone, cependant je privilégie toujours le contact tactile du papier, le soir dans ma tente.
Plaisir solitaire du voyageur, s’il en est.
Et puis, avouez, un nez collé sur une carte au bord d’une route invite mille fois plus à la rencontre qu’un index pianotant sur un portable, non ?
De plus, regarder mille et une fois, le soir, la petite route du lendemain m’offre à coup sûr des rêves riches en imagination.
« Attention Troll hypoglycémique en vadrouille. »
« Zone peuplée de zombies allergiques au sirop d’érable et aux infusions de verveine. »
« Gros pont ! »
« Forêt des vieux Elfes unijambistes et bègues. »
« Route sujette à des attaques de Nains de la Terre du Milieu souffrant de goutte et de prurit palmaire. »
« Free Gluten Area you shit hole. »
« Montagne sacrée belle de la vie de l’avis de ma mère. »
Un exemple de légende trouvée sur une carte:
Capture d’écran 2015-01-30 à 16.26.42
Donc, je me prends à laisser mes yeux glisser sur des villes ou villages perdus au fin fond de la Hongrie, de la Serbie, de la Bulgarie, de la Turquie, ou de l’Iran.
Un régal.
Je pouffe à l’idée qu’il va me falloir demander une direction pour aller dans des lieux à la prononciation si abstruse.
Comment peut-on écrire un nom de village avec toutes les lettres de plus de quatre points au Scrabble ? Toutes les lettres ensemble hein !
Je vois l’histoire : « Excuse mi, zi rod for Hjzvfwz, si you plé… »
Bien sûr, je fais, refais, défais des dizaines de fois ma route, j’ai même le sentiment que le temps va me manquer.
Je veux passer partout.
Je cherche en vain à m’écarter des routes dictées par « Gloogleu Mape », écartelé entre la raison et la soif de découverte et d’aventure.
À ce jour, je suis conscient que ce que je fais ne va servir à rien une fois sur place.
Et plus précisément surtout quand un autochtone va me répéter lentement douze fois :
« Bababouga pitch pitch freum schtza tralala pouet pouet ! ».
IMG_0737
Peu importe.
Mon voyage a de toute façon déjà commencé.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s