JSMF – DOSPAT – RAIKOVO

Bis repetita placent », hier soir avec un lieu de bivouac très joli (vue sur la frontière greco-bulgare avec les montagnes enneigées et le soleil couchant) avec un petit luxe supplémentaire, de l’eau disponible pas très loin. Du coup, comme j’avais roulé 2 kilomètres en côte et que j’étais arrivé un peu en sueur, j’ai bravé la fraicheur (il faisait 4°C avec une bise roborative) pour me rincer avec ma bouteille d’eau. Ce fut saisissant (quand je dis « saisissant » je veux dire que j’ai maudit toutes les créatures ressemblant de près ou de loin à un chat quand l’eau a coulé le long de mon corps musculeux – surtout au niveau des parties molles), mais après deux jours sans même une toilette de ch…de chi…de poule, cela m’a fait du bien. En revanche, la fraicheur, que dis-je, le froid m’est tombé dessus (aïe) une fois le soleil disparu.
Cette nuit j’avais bien plus ou moins entendu, dans un semi-sommeil-comateux fait de hurlements de bêtes et de rêves de mouches en plâtre jouant de l’ocarina pour le 14 juillet, que dehors il se passait « quelque chose », et quelle surprise ce matin de découvrir le petit manteau neigeux recouvrant tout autour de moi les jolis paysages et bien entendu ma tente. Elle était même gelée : une première pour ce voyage. Le ciel était clair (il devait faire -50°C), c’était déjà une bonne chose. Bon, ça caillait bien quand même, et le réveil fut un peu « brutal » – je ne vous raconte pas sortir du duvet bien chaud pour faire un pipi. J’aurais pu uriner dans ce dernier, mais cela n’en valait pas la chandelle, sachant que le matin, je bois mon urine. Rien de tel pour se réchauffer ! 🙂

Un mois pile poil que je suis parti d’Orléans et son port. J’ai enfourché mon cycle très motivé à l’idée de reprendre ma route vers l’est et de découvrir de nouveaux paysages. J’avais à peine roulé 10 kilomètres, qu’une voiture se cala à mon niveau et le type à l’intérieur me tapa la causette. Sympa. Il me laissa en me souhaitant un bon voyage et surtout une belle journée, car le temps s’annonçait superbe.
Trente minutes plus tard, il s’est mis à pleuvoir.
Cela a commencé doucement, avec de petits goutasses de rien du tout, juste le temps de me vêtir en conséquence.
Super pour la belle journée ! Si j’avais retrouvé le type qui m’avait annoncé un beau soleil, je crois que je lui aurais arraché son membre viril avec mon coupe-ongles.
La pluie n’a ensuite pas cessé, en fait si elle a cessé, c’est même devenu de la neige.
Enfin, oui, enfin, les quelques villages traversés, croisant les vieilles dames coiffées de foulards typiques des Pomaks, ont pris un peu plus de cachet aujourd’hui. Cool !

Une fois les 30 premiers kilomètres avalés, j’ai commencé à monter. Pas la grosse ascension, le petit truc tranquille qui calme juste un peu mon ardeur de rouleur fou. Néanmoins arrivé dans le joli  village de Siroka Laka (que je me suis mis à hurler en passant le panneau d’entrée en ville, à la grande stupeur des débardeurs de bois que je n’avais pas vu), la pluie était tellement forte que trempé comme une oie, j’ai décidé de me poser pour le déjeuner. N’ayant pas envie plus que ça de pique-niquer (avec ce temps, j’aurais été le seul couillon dehors à agir de la sorte), j’ai opté pour une petite-taverne – moi j’aime bien le mot « taverne », ça fait typique et on s’attend toujours à trouver du local et du rural.  Ce fut très bien pour 3 euros.
Bien entendu quand le menu m’a été présenté, j’ai eu le réflexe habituel. Purée, je prends quoi ? Des couilles de rats dans du beurre de radis ou alors une omelette sucré au cérumen de porc? J’ai opté (en fait, j’ai pointé du doigt en couinant un « hunhunhun ») pour le traditionnel plat du jour que tout le monde semblait déguster et que surtout j’avais vu de mes yeux vus. Il s’agissait d’une soupe de petits pois avec un pilon de poulet. Ce fut comestible. J’ai même terminé par une grosse crêpe (toi-même) au miel. Pendant, ce repas, je me suis tapé l’inscrute avec des femmes qui déjeunaient là.
Ce fut sympa et je les ai faites rires avec mes photos.
Au moins, je faisais rire quelqu’un ici en Bulgarie ! Juste avant de me quitter, et alors que je terminais ma danse nu sur la table, la dame m’a dit que pour aller à Smoljan, ça allait monter.
Bah, « j’ai fait les Alpes moi madame, et même le mont Ventoux, et que même j’ai déjà fait un mot de 100 points au Scrabble. »
Elle a vomi.

Elle avait raison la bougresse, ça a bien monté, mais rien d’ingérable. En revanche, je pensais que la veille j’avais à peu près tout vu en terme de météo. Bah, aujourd’hui, j’ai pris TRES cher ! Douze kilomètres d’ascension sous une nouvelle tempête de neige qui a fait passer celle de la veille pour une douce averse de floconnets.
Purée ! Avec le vent, c’était, comme dire, « intéressant ? unique ? ». Etonnement, je me suis senti vivant, heureux, et fier de monter sous ces conditions sous ces sapins couverts de neige sous ces flocons de la taille d’œufs de lapins sous ce temps sous peu choux.

Ça ne pouvait pas être pire !
J’avais tort !
L’arrivée au col (mon 3e en une semaine) m’a vu basculer vers la ville de Smoljan.
Et là, ce fut pire.
L’horreur ! J’ai hurlé de froid ! Crié comme un glaçon !
Je pensais descendre à tombeau ouvert, seulement, la route était tellement défoncée et recouverte de neige que j’ai bien cru terminer au service d’urgence de Smoljan.
Je me suis fait LA frayeur de ma vie ! Arrivé bien trop vite avec des freins totalement inefficaces, ma roue avant est partie en live, j’ai pris un nid de poule de la taille d’une piscine olympique et j’ai commencé à me diriger vers le ravin très accueuillant avec son eau glacée. Par un réflexe de survie, j’ai réussi à quitter la zone dangeureuse pour me taper nids de poule sur nids de poule. Ça a duré très longtemps cette connerie, et quand j’ai réussi à stopper ma machine. Je faisais moins le malin. Les dix kilomètres suivants furent tout aussi flippant. Ça glissait, c’était défoncé, et les voitures slalomaient un coup à droite un coup à gauche alors que moi je descendais. Bien entendu, pour rajouter un peu au drame, j’étais frigorifié. Je suis arrivé en ville sous la pluie, des contractures de partout, et j’ai aussitôt cherché un café avec Internet. Je devais faire pitié quand je suis arrivé, mais bon voici un bon moment que je suis ici, et je ne compte pas en bouger, pour la simple et bonne raison que je me suis fait invité.
Je vous raconte:
Alors que je m’installais, un type est venu me taper la causette. Il m’a aussitôt offert une patisserie locale, puis il a payé mon chocolat chaud, avant de dire à son copain de m’héberger ce soir. Cool, donc ce soir, je serais au chaud et au sec. Je comptais aller un peu plus loin aujourd’hui, mais le destin en a décidé autrement, et comme disait Victor Hugo : « C’est en cherchant la peau de l’ours que l’on devient forgeron » ou un truc comme ça !
Pour ceux que ça intéresse, j’ai fait 75 km (avec du gros dénivelé) et il doit m’en rester 5 je pense. Je ne sais pas trop ce qui m’attend ce soir, j’ai rendez-vous à 18h30, mais je pense que cela va être encore une belle expérience. Je ne manquerai pas de vous narrer tout ça, sauf s’ils ont un chien, des chats, et des lapins nains angora.
Si c’est le cas, je ne réponds de rien. Comme vous pouvez le voir, j’écris beaucoup, mais sachez que je prends beaucoup de plaisir. Je passe plus de deux heures (oui 2h) par jour pour écrire ici (quand je le peux) et dans mon journal.

Merci comme toujours pour vos commentaires qui me font toujours autant plaisir et qui me boostent quand c’est dur. Et des fois même que c’est dur!
Je pense à vous tous !
A bientôt pour de nouvelles aventures, en attendant voici quelques photos d’hier et d’aujourd’hui…Ned et Jaden sont toujours présents partout hein ! (presque).

Addenum Bibendum: Bon, j’ai même une connexion Internet ici, donc je profite de cet accueil très chaleureux (j’ai un poêle à bois qui me chauffe le dos: ooooooooh yes !) pour poster quelques photos en plus, et vous dire que je suis heureux d’être dans ce petit appartement ce soir. On m’offre le dîner, j’ai une douche chaude, un lit: je ne demande pas mieux…ah si, un massage par une jeune Bulgare 😉

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29 réflexions sur “ JSMF – DOSPAT – RAIKOVO ”

  1. Tu es notre héros !!! On attends avec impatience tous les jours la suite de ton feuilleton..
    Plus sérieusement tu es épatant et la Bulgavie peut etre fiere de t’avoir !

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    1. Merci, mais je me garderais bien de dire que je suis un héro ou bien un aventurier, je ne pense pas en avoir le courage ou la dimension…Je suis juste un cyclo (un parmi les autres) qui se meut à travers l’Europe et bientôt le Moyen-Orient 🙂 Merci ton commentaire me touche, et si vous êtes contents de me suivre, j’en suis très heureux – ça me booste ! à bientôt.

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  2. A quand l’omelette aux oeufs de lapin au menu du jour en Bulgarikovskaya ?
    Vos bulletins météo sont toujours aussi réjouissants. Merci de prendre autant de temps pour nous faire réaliser que de vivre avec un toit sur la trte, une douche et un frigo plein,… c’est quand meme trop bien !

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    1. Après deux jours assez difficiles, les choses citées me paraissent comme le LUXE ultime (sauf le frigo plein). L’omelette aux oeufs de lapins me donnent des varices, sinon, c’est sans aucun doute très bon avec du cidre de betteraves 😉

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  3. ça ne doit pas être évident tous ces changements de climat… tu passes d’un extrême à l’autre en quelques jours ! J’en profite pour te remercier pour ta carte postale de Bratislava que j’ai reçue il y a deux jours ! Bonne continuation !

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  4. Bah ouais mais non, si les freins lâchent dans la descente , où va-t’on ?
    pfffff
    Bourvil, s’il était encore en vie, aurait chanté à n’en pas douter « tout ça ne vaut pas… », mais bon, c’est la vie… l’est plus là….
    heureusement nous reste une ou deux légendes, et comme c’est jour de fête…allez je lâche les freins à mon tour, c’est cadeau !! :

    Y avait un homme qui s’appelait Davy
    Il était né dans le Tennessee (si si)
    Si courageux, que quand il était p’tit
    Il tua un ours, du premier coup de fusil
    Davy, Davy Crockett (sans le chat)
    L’homme qui n’a jamais peur, qui n’a jamais peur
    A 14 ans il s’était perdu
    Dans un désert vaste et inconnu-nu
    Pendant 10 jours, il marcha vers le sud
    Sans rien manger, qu’un p’tit peu d’herbe crue
    Davy, Davy Crockett
    L’homme qui n’a jamais faim, qui n’a jamais faim
    Pendant la guerre contre les indiens
    Il combattit tout seul contre vingt
    Ayant une flèche, plantée dans une main
    Il se l’arracha avec son coupe ongle (tant pis pour la rime)
    Davy, Davy Crockett
    L’homme qui n’a jamais mal, qui n’a jamais mal
    Dans la forêt au cœur de l’hiver
    Quand il chassait les loups et les cerfs
    Le torse nu et les bras découverts
    Il s’en allait, riant des courants d’air
    Davy, Davy Crockett
    L’homme qui n’a jamais froid, qui n’a jamais froid
    Quand les peaux-rouges demandèrent la paix
    Davy serra la main qu’ils tendaient
    Avec les chefs, il fuma le calumet
    Mais sans rien boire, pas même un verre de lait
    Davy, Davy Crockett
    L’homme qui n’a jamais soif, qui n’a jamais soif
    On l’présenta pour les élections (allons bon ???)
    Et ses discours rognaient l’opinion
    Il était là, dans toutes les réunions
    La tête froide, malgré son émotion
    Davy, Davy Crockett
    L’homme qui n’a jamais chaud, qui n’a jamais chaud
    C’était un homme qui s’appelait Davy
    Tout l’monde ici se souvient de lui
    Face au danger, à la peur, à la nuit
    Face au devoir, à la mort, à la vie
    Davy, Davy Crockett
    L’homme qui n’a jamais fui, qui n’a jamais fui

    J’ai revu le film dernièrement, quel suspens, on ne saura jamais si la cavalerie arrive à temps…

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      1. bahh, en vrai j’ai longuement hésité, que veux-tu je n’ai pas ton toupet !
        sérieusement, c’est sûr ton « moteur » interpelle
        Paraît que être heureux ce n’est pas nécessairement confortable
        tentant de se passer de cette expérience paradoxale !
        quel luxe d’avoir 2 heures par jour pour écrire… la relativité, encore !

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      2. Ecrire pour relire. Découvrir. A temps et à contre-temps. Les deux temps ne révèlet pas la même psont révélateurs.
        Le vivre est nécessaire mais pas suffisant?
        merci pour l’échange

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      3. Tu veux dire que le vivre est nécessaire mais pas suffisant?
        J’aime bien à penser de mon côté que la part des choses se dévoile à temps et contre temps.
        Merci pour l’échange !
        Belle journée à temps et contre temps !

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  5. Regarde un peu, ces photos, elles sont chouette et complet’ments délire, et ce mec mon pote, il est terrible …. (sur l’air de regarde un peu cette bagnole ! oui je sais, tu es à vélo mais bon !)

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  6. Trop de la balle j’ai eu deux épisodes des merveilleuses (et poilantes) aventures du Squale aujourd’hui !!!
    MDR de A à Z ou plutôt de ^@ à çRÔ (prononcer çRÔ) comme on dit par là bas…
    Lov from Da centre

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