JSMF – PAZARLI – AKALAN – TARABYA

Quelle joie et quel plaisir hier matin de découvrir que mon pot de miel adoré, chéri, porté depuis plusieurs jours, s’était très largement renversé dans ma sacoche « super méga hermétique ».
Oui, quelle joie !
La journée ensoleillée commençait de la plus belle des manières. Bon, loin de vouloir abandonner à la nature ce précieux liquide, j’ai…j’ai…comment vous dire ? j’ai « épongé » avec du pain le fond de ma sacoche.  Ce fut un peu « rural, brutal, crade », comme vous voulez, mais j’ai pu en manger un peu avant que je ne rince celle-ci.
¼ de mon pot de miel parti bêtement : snif snif !
Heureusement, cela s’était produit durant la fraîche nuit, et du coup, le miel était un peu plus dur et n’avait pas trop coulé.
Y’en avait quand même tout le fond de la sacoche, et pas mal de choses étaient collantes.
Ouais, nettoyage du matin hyper méga rigolo, hein ?

Y voyant là un signe du Malin, j’ai égorgé deux oies présentes sur le terrain vague, et bu leur sang, nu dans une bassine d’urine de porc. Malheurement, l’appareil photo n’a pas fonctionné.
Dommage non ?

Avec toute cette histoire, j’ai commencé à rouler beaucoup plus tard…Il était 10h30.
Ça commencait à bien chauffer sur la route, et les 30 premiers kilomètres furent chiants.
Un paysage de champs (le Cher à nouveau), mais beaucoup plus crade (le plastique est partout et les gens peu conscients de la protection de la nature, ils balancent tout partout..une horreur ! ).
En outre, d’un seul coup d’un seul c’est devenu beaucoup plus urbanisé.
Sur la route, les camions, absents hier, ont représenté les 9/10e du trafic, les autres 5/10e étant les bus (des maniaques ces chauffeurs de bus), les 2/3 étant des voitures personnelles, et enfin la moitié restante étant des estafettes de plombiers.
Comme la Turquie semble en construction de partout – je ne pense pas qu’il y ait une crise du bâtiment, les camions sont typés « camion benne » (aucun lien de parenté) ou « camion-toupie » (oui, oui comme le chanteur du même nom !).
Les klaxons furent donc plus des avertissements que des signes de soutien comme lors de ma première journée en Turquie.
Je me suis fait frôler fort souvent : pas très agréable.

Parlant des véhicules, je crois que j’ai trouvé LE cimetière des R12. C’est sans aucun doute par milliers qu’elles viennent mourir ici, dans les montagnes perdues de la Turquie. J’en ai ainsi vu une, très âgée semblait-il, partir seule dans la forêt, tout doucement, toussant une fumée noire, une roue voilée…
Elle n’est jamais revenue.
Perso, à chaque fois que je vois une R12 TX ou Toros, je pense à ma jeunesse…Une époque la R12, non ?

Sinon, une fois les « pas beaux » champs quittés et ma pause-déjeuner terminée à Saray, je me suis engagé sur une route un peu moins fréquentée au milieu d’une forêt de chênes à peine en feuilles, ou à feine en peuilles.
Joli tout plein, mais, ce ne fut pas le coin préféré(ça c’est pour les personnes qui vont vouloir faire le même chemin que moi à vélo).
A partir de Binkilic (je crois), les paysages sont devenus plus sympas, et ce fut encore une fois le Roller-Coaster – je m’en suis bouffé de la côte et de la danseuse. De petites collines, des prairies verdoyantes, des prés, des arbres en fleurs, des petites maisons dans la prairie, des Omar Charlemeth Ingallsouglü qui coupaient du bois ou gardaient des moutons, une Turquie rurale fort jolie chers lecteurs.
Mon coin préféré depuis mon arrivée ici.
En revanche, c’est si rural qu’à l’heure où j’écris ces mots, je suis posé à la terrasse d’un café à Ihsaniye (y’en à 12000 des villes avec ce nom).
Pas d’Internet, pas de Wifi, que dalle, personne ne parle Français, c’est chiant.
Ils pourraient faire un effort…ou alors c’est moi ?
Je commence tout juste « à comprendre ce pays » : cool !
Une fois ma pause écriture terminée, j’ai fait 6 km et j’ai pu me poser sur LE terrain de foot de la ville d’Akalan – coin plat avec des tables de pique-nique.
Je ne pouvais pas rater l’opportunité de me retrouver surplombant la ville avec au loin loin loin la ville d’Istanbul, et ses lumières.
Un endroit superbe à mes yeux.
De plus, alors que je montais ma tente, mes voisins de pique-nique (un jeune couple avec un enfant) m’ont invité à partager leur diner : salade tomates/concombre, pain, fromage, et olives avec bien entendu du thé à gogo !
Vraiment une belle façon de terminer cette journée…même si ce fut bien difficile de se comprendre, on est arrivé à échanger.
Se poser, se relaxer, se laisser baigner par la douce soirée, j’ai écrit jusqu’à ce que la lune soit plus brillante que le soleil, et jusqu’à ce que les jeunes débarquent, foutent leur musique à fond, et s’amusent à faire des huit sur le terrain de foot, et aussi jusqu’à ce que les chiens se mettent à aboyer : « Concert canin en Do Majeur » et « 5e symphonie de Musique de Terrain de foot ».

Bon, il y avait les toutous en contrebas (gérable avec les boules Quies), mais surtout ceux juste à côté de ma tente qui n’ont cessés d’aboyer, grogner, et défendre leur territoire (flippant d’entendre des googoos grogner à 2h du matin, et encore plus flippant de faire un petit pipi nocture et voir qu’autour y’a dix chiens qui dorment…ou prétendre dormir – ça dort comment un chien?).
Ce matin, en émergeant de ma tente (avec mon coupe-ongles), j’en avais deux lovés à deux mètres de moi, endormi comme des bébés. Croyez-moi que je n’ai pas hésité à leur foutre des coups de pieds et à leur lancer des cailloux.
Non, en fait, je n’ai rien fait : je ne suis pas fou, ils étaient plus nombreux que moi, surtout qu’une de ces bestioles m’a suivi au moins deux bornes à plus de 28 km/h en descente (je vous laisse faire le calcul pour un chrono sur 800m)  tout ça alors que je quittais la ville…en aboyant.
D’ailleurs, cela m’est arrivé souvent aujourd’hui (pas d’aboyer), mais pleins de chiens, pas agressifs (enfin si quelques uns bien cons) qui se sont mis à me suivre à la recherche d’un bout à manger. Je pense que c’était pour manger, car je ne vois pas de quoi d’autre on aurait pu causer.
J’ai juste été nerveux une fois quand je suis passé devant une meute de douze toutous au milieu de la forêt. J’ai été content d’être en descente. A noter que les chiens d’ici n’appartiennent à aucune race…ce sont juste des chiens sans marques, ni étiquettes.

Hier, je vous avais parlé des camions…Aujourd’hui, ce fut un pur cauchemar.
Un truc de malade.
Déjà, je me suis retrouvé sur une autoroute (tantôt de 2 x 2, 3 x 3, 4 x 4 voies –  je vous laisse imaginer la sensation d’être à vélo sur une 4 x 4 voies) et cela pendant 50 kilomètres. J’ai estimé qu’en 2h30 d’autoroute, j’ai été doublé presque 2000 fois par des camions…autant m’ont croisés.
2000 camions !
Vous imaginez ?
La distance de la Terre à la Lune…presque !
Avec la chaleur, les côtes, et la poussière, une horreur !
Istanbul n’était plus très loin, ça se voyait, et surtout, j’ai appris qu’ils construisaient un ENORME nouvel aéroport.
Du coup, j’ai fait une pause-déjeuner à Göktürk pour tenter de choper Internet.
Installé à une terrasse d’un petit restaurant, je me suis fait royalement invité…
Encore une fois !
Depuis que j’ai quitté Edirne, la générosité est forte…et déstabilisante pour un occidental comme moi avec mes répères : je m’installe, je commande, et je paye.
J’embrasse cela les bras (et le ventre) ouvert et m’en nourrit bien entendu (au sens propre comme au sens figuré).
Je pourrais tomber dans des poncifs quant à ce que l’Orient pourrait nous apporter, mais à ce niveau-là, je crois que nous sommes battus…

Les 25 kilomètres avant mon arrivée furent à nouveau un bon moyen de mordre la poussière. Quand je me suis mouché, deux petits Mako moulage en forme de poney sont sortis de mes narines. Une fois la poussière disparue, ce fut les gaz d’échappement et ses particules fines: beurk. Je suis arrivé dans Istanbul (enfin pas vraiment le centre-ville), mais cela est considéré Istanbul, dans un trafic de dégénéré – la sortie de Sofia semblait de la rigolade.
Avec mon « piti vélo », je n’en menais pas large, mais j’ai réussi à rejoindre les berges du Bosphore.

Purée, je suis sur les berges du Bosphore et en plus j’y suis arrivé à vélo – je suis à Tarabya pour ceux qui veulent savoir où je me trouve exactement.
J’ai savouré, oui oui savouré, les derniers kilomètres avant d’arriver chez mon hôte…qui n’était pas là.
Il m’avait bien dit que sa porte était ouverte, mais il a quand même fallu que je m’assure que j’étais au bon endroit – je vous passe le sketch pour se faire comprendre des voisins.
Une fois douché (après trois jours dans mon jus et deux tonnes de poussières collantes sur mes membres), je suis allé me balader dans le coin.
Pour la première fois, depuis le 22 mars, j’ai pris la mesure (4200 km environ) de ce que je venais de réaliser, et où je me trouvais…
J’ai erré devant le Bosphore.
HEUREUX.
PLEIN.
Une espèce de joie bête, simple, et pure comme, comme, comme…un petit châton qui vient de naître et auquel on arrache les yeux avec un tournevis (ça calme non ?).

Oui, heureux…Une joie partagée avec mes deux Playmobils quand même !

Je suis « presque » content, car dans le quartier, les chats ont remplacé les chiens. Au moins, ces « trucs » n’aboient pas ! Enfin, j’espère !

Mon hôte n’arrivant pas avant 23h, j’ai du temps pour écrire, donc je vous balance la purée – ça c’est pour ceux qui aiment lire. J’espère pouvoir rester ici à Istanbul quelques jours avant la suite de mon périple. A bientôt !

Je vous poste les photos des deux derniers jours…pour ceux qui sont visuels.
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10 réflexions sur “ JSMF – PAZARLI – AKALAN – TARABYA ”

  1. Pascal,
    Voilà quelques jours que je me régale à lire ton aventure au multiples épisodes sans avoir participé par commentaire.
    Toujours autan de plaisir de découvrir le bord des routes des pays traversés par ton quotidien DeuxRouesTiste …… et ses anecdotes !
    4200 km pour voir des R12, j’en connais une dans le fond d’une cour aux alentour d’Orléans, franchement, tu pousses le bouchon un peu loin non ?! hihihihi moi j’ai eu une R12 TS blanche
    Encore toute mon admiration, tu tiens le bon bout !
    Bises aux Playmobils

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  2. Salut Pascal,
    Le Bossphore……………………..
    ça fait rêver MILLE MERCI pour le voyage spatio-tempo-multi sensoriel ! (y avait même l’odeur des épices, si si !)
    Pléthore de camions et autres véhicules multi séculaires…pénurie de connexion Internet…les Turcs sont terre à terre ?
    Tu as prévu un saut à Ste Sophie ?
    Bise aux Byzantins, s’il en reste !

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  3. R 12 (à la version bleu ciel va ma préférence), et Mako moulage : vous savoir à plus de 4000 km pour évoquer de mythiques symboles de mon enfance est tout simplement souriant ! Merci pour cette madeleine

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  4. Sans hésiter ma photo préférée est celle de la R12, un mythe ! J’ignorais qu’on leur avait refilé. Merci pour l’info, rien que pour cela ça valait le coup de faire 4200 bornes !

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