JSMF – Van – Saray – Khoy – Marand

Bon comme je m’en doutais internet risque d’être compliqué ici et les articles courts puisque j’utilise mon téléphone.  Donc je vous fait un petit télégramme – stop – j’ai quitté Van et sa pollution – stop – me suis fait tancer à Saray pour accoutrement inapproprié – stop – attaque de 12 chiens – stop – hurlements et jets de pierre – stop – posé dans superbe endroit – stop – je pensais être tout seul – stop – arrivée de nulle part de bergers qui viennent voir le type dans sa tente – stop – file vers la frontière le lendemain – stop – frontière fermée et donc attente avec les 12000 autres – stop – passe devant tout le monde – stop – accompagné par jeune faisant son service militaire – stop – double tout le monde – stop – perds une heure trente changement horaire – stop – arrivée en iran putain ! – stop – descente dans la vallée – stop – température augmente – stop – très sec et rocailleux – stop – arrivée à Khoy – stop – déboussolé car repères différents – stop – change argent et obtient sim carte qui ne fonctionne pas – stop – galères diverses et pauses dans jardin public – stop – je suis un vrai vagabond – stop – longue soirée seul pas très sympa – stop – mauvaise nuit car beaucoup de bruits et un peu tendu quand même – stop – départ poussé par le vent – stop – puis virage et 60 km vent très violent de face + chaleur + côtes (l’horreur totale) – stop – arrivé à marand (ironique) et alpaguer par le dieu des hôtes – stop – je suis son 578e hôte ! Ça fait du bien, car le moral était bas ce matin – stop – demain Tabriz – et au gré de mes connexions !  – petit ajout du soir: mon hôte est un coureur – stop – je me suis retrouvé au stade pour une séance en mode coach – stop – coach en iran: unique !

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JSMF – VAN 3

J’ai passé une super soirée hier soir, vraiment super !

Comme prévu avec un des profs présent la veille, j’avais rendez-vous à son collège pour qu’il me présente à sa classe, et que les élèves rencontrent un « touriste », un vrai bon touriste français sentant bon le camembert et le Saint Nectaire – mes fromages préférés, putain ça me manque un bon fromage ! Il m’avait dit que son école accueillait uniquement des Kurdes qui n’avaient pas l’occasion de voir des étrangers – des ruraux quoi !
J’allais donc être LA curiosité, LA chose, l’animal rare (« noooon, je ne suis pas un animal, mais un homme ! ») Je venais à peine de mettre le pied, ou plutôt, le vélo, dans l’enceinte de l’école que j’avais des dizaines de gamins autour de moi me criant des « Hello, ouatsiournaime ! »  ou me tenant la main, ou le bras.
Une émeute.
J’étais Michel Sardou à la salle des fêtes de Châteauroux un dimanche de novembre.
J’étais Plastic Bertrand en tournée en Islande l’hiver dernier.
La vedette, surtout quand j’ai sorti mes tronçonneuses et que j’ai jonglé debout sur un ballon, avant de vomir. Passer dans les classes fut tout autant riche et rigolo. Les gamins étaient curieux, plein d’énergie, fascinés par ce que je faisais ici, comment je me déplaçais en Turquie, et d’où je venais où j’allais.
« Avais-je peur des loups en camping ? Non j’ai mon coupe-ongles »  -cette question est revenue très souvent, car cela est un souci dans les campagnes apparemment.
Bien entendu, je ne pouvais pas QUE parler, c’était des collégiens en face de moi, et j’ai donc sorti mon matériel de camping, et monté la tente dans la classe.
Montrer, expliquer, démontrer, partager.
Ce fut un des rares moment où les élèves furent silencieux (des collégiens silencieux dingue non ?). Ils furent très intéressés par ce que je faisais, ça c’est sûr, et fascinés par la façon dont je m’exprimais – j’ai une forte tendance à utiliser mes mains quand je parle avec passion :  mon côté Islandais du sud sans aucun doute.
Je ne devais passer qu’une heure dans ce collège, j’y suis resté quatre ! (Dans un chaos très très bruyant dans les couloirs, vous n’imaginez pas !). En fait, après une classe visitée, ce fut deux, puis trois, avant de terminer par la salle des profs. Le bruit a circulé qu’il y avait un étranger dans le bâtiment, et ça courait de partout pour me voir, m’interpeller, me lancer un « Hello ».

Pour le déjeuner nous sommes allés au lycée. Rien à voir avec le collège et sa population défavorisée, car il s’agissait du meilleur lycée de Van, néanmoins je n’ai pas vu de réelles différences. J’ai eu droit à mes multiples : « hello, ouatsiournaime ? ouèredooyookomfrom ?».
Arriver dans la cafétaria fut un moment assez exceptionnel, je dois le reconnaitre. Je sentais des dizaines de paires d’yeux posés sur moi et une envie plus ou moins discrète de vouloir échanger avec l’étranger de service. J’ai simplement été invité à venir dans une classe de première ou ces jeunes Turcs furent tout aussi curieux que les collègiens une heure plus tôt. Comment refuser cette invitation ? Les jeunes étant si intéressés et avides d’entendre ce que j’avais vécu, ou ce que je pensais de la Turquie.
Je devais souvent donner les raisons de ce voyage: « Pourquoi ne pas prendre directement un avion?  » Ce à quoi je répondais invariablement: « si cela avait été le cas, je ne serais pas en train de vous parler, non?  »
J’ai quitté les écoles super content d’avoir eu ces échanges et un peu déboussolé d’avoir côtoyé tant de monde après quelques jours seul dans la nature. Vraiment cela restera comme un de mes grands moments de ce voyage.
De plus, le type avec lequel j’avais sympathisé la veille et qui m’avait invité à son école m’a réellement touché : une belle personne. Il avait vécu des choses « pas cool » que la pudeur lui interdisait de nommer ; j’ai juste su qu’il avait passé pas mal de temps dans un camp de réfugiés Kurdes et qu’il était d’une très large famille. Pour le reste, son amour de la vie, sa générosité, sa joie furent un régal. Un chic type, adorable !

Il m’a fallu quelques kilomètres pour absorber ce que je venais de vivre, et j’ai filé retrouver mon nouvel hôte en centre-ville, néanmoins juste avant d’arriver là-bas, j’ai fait un arrêt pour faire réparer ma béquille. Ce fut un peu compliqué de se faire comprendre et de trouver le lieu disposant du bon matos.
Pascal y est tout de même arrivé !
Ce fut très rapide, très aisé (pour eux , car pour moi, il aurait fallu deux ans de dur labeur), et ça m’a couté que dalle !
Béquille opérationnelle : Yoohoo !

Ainsi, mon séjour en Turquie se termine après y avoir passé cinq semaines. Hormis les anecdotiques lancés de pierres, ce fut très intense, avec de superbes paysages, des moments de vie puissants (durs quelques fois), des rencontres multiples et diverses. Comme je l’ai écrit, j’ai été bousculé, et cela à tous niveaux.

Demain je file pour l’Iran – je pense rentrer dans le pays le 30 mai. Voici donc la phase 5. Le dernier pays de ce voyage commencé le 22 mars. Des dizaines de questions, des doutes, des peurs, de l’excitation, de la curiostié se bousculent dans ma tête à l’heure où j’écris ces mots. Nouvelle culture, nouveau code, nouvelle langue, nouvelle monnaie, il n’y a que mon vélo et moi qui allons rester les mêmes.
Je file donc vers l’inconnu prêt à me laisser porter par la Perse.

Ma route : Ozalp – Saray – frontière Iranienne – Khoy – Tabriz (ville de plus de 2 millions d’habitants où je cherche vainement un hébergement pour m’y poser quelques jours).

Je vais prendre deux jours avant d’arriver à la frontière (avec de nouveaux pas mal de bivouacs en perspective), avec une grande incertitude quant à mes possibilités de publication après, mais je tenais à mettre un petit quelque chose avant de vous abandonner. Mon hôte ne disposant pas d’Internet, je me suis posé dans un café ou ça joue, ça fume, et ça boit du thé.
C’était Pascal live from VAN.

A bientôt.

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JMSF – VAN 2

Je ne sais pas si c’est la brume ou bien la pollution, toujours est-il qu’aujourd’hui ce fut un ciel bien laiteux ici à Van. Sans un poil de vent pour chasser tout ça, j’ai vite opté pour la seconde hypothèse et j’ai pris mon lot de particules fines.

Privé d’électricité pendant une bonne partie de la matinée, j’ai longuement écrit, et j’ai filé en ville sans les sacoches, et mazette quelle différence quand même – Ne serait-ce que pour se déplacer au milieu de la ville.
J’adore ça me déplacer en ville à bicyclette.
Je fais n’importe quoi, roule n’importe où et n’importe comment, m’excusant souvent. Avec ma tête de tortue, ça passe bien.
Vous me direz, les Turcs ne respectent pas à la lettre, on va dire, le code de la route. Il faut croire qu’ils ont 12000 points à leurs permis de conduire. Un feu rouge grillé doit coûter 0,2 point tellement ça grille et crâme à gogo (oui comme le jeu).  Autant l’anticiper aux carrefours je vous dis pour éviter de finir plat comme une orange.

Enfin, les villes sont si vivantes, colorées, bruyantes, polluées,  chaotiques, désorganisées pour un occidental qui y mettrait les pieds pour la première fois que ça en devient excitant pour moi le touriste.
Ça bouscule quoi et en gros c’est le bordel !
J’ai donc trainé en ville, mangé au restaurant pour une misère, et filé visiter le château de Van. Enfin visiter est un bien grand mot, puisque j’ai juste trainé en ses mûrs. J’ai beaucoup aimé la vue au même titre que les martinets à ventre blanc qui me frôlaient. Franchement voir ces oiseaux arriver à flanc de falaise et me passer a à peine un mètre, à des vitesses de malades, était extraordinaire. Un grand moment d’ornithologie !

Sur le retour vers l’appartement, je n’ai pas pu m’empêcher de déroger à ma règle numéro un : prendre en photo par plaisir un chat  vivant !
Pas n’importe quel chat !
Le chat de Van aux yeux vairons. D’ailleurs j’ai trouvé ces yeux si extraordinaires que je n’ai pas pu m’empêcher d’en arracher aux châtons qui passaient à côté de moi.
J’en ai un sac plein ! (pour mes goûters)

Ma dernière soirée avec mon hôte fut très conviviale avec les trois jeunes. J’ai super bien accroché avec un des jeunes profs que demain, il m’a invité à venir dans son école faire une intervention en anglais.
Ça devrait être une expérience intéressante !

Je voudrais prendre quelques instants pour vous parler deux choses qui sont mon quotidien ici en Turquie, et cela avant que je ne quitte ce pays dans quelques jours…

Souvent je demande ma route.
Souvent, je m’applique à prononcer avec délicatesse et rigueur le nom des villes où je dois me rendre.
Lorsqu’il y a une syllabe : ça va, je gère et je ne me plante que très rarement. Exemple : Van, ou Mus.
Par contre, dès que les voyelles se mélangent aux consonnes avec des signes que je ne connais pas dans la langue française, ça ne rate pas.
« Mon bon monsieur, excusez mon outrecuidance, mais pourriez-vous m’indiquez où se trouve la ville d’Agri ? ».
Grattage de tête de la part de la personne sollicitée et départ en hurlant les bras en l’air. Ainsi, j’ai appris que le « ö » se prononçait « ch », le « r » : à, le « L » : t, le « é » : o, et le «ans » : roo. J’ai ainsi découvert qu’Orléans se prononçait donc Chatoroo : dingue non ! Enfin, je crois, car vous savez moi et le Turc hein ! Marseille, Lille, et Brest se prononcent aussi Chateauroux, ce qui est encore plus dingue. En revanche, Chateauroux ne se prononce pas : c’est le nom de la « ville interdite » ici, et les gens se signent et crachent à terre quand ils entendent son nom. Dans l’antiquité on y envoyait les supporters de foot ayant changé d’équipe durant la saison pour y regarder des matchs de curling Sénégalais. Drôle de coutûme je vous dis.

Deuxièmement, pendant mes longues heures passées sur la selle…de vélo, je pense, je regarde, j’observe, mon esprit fertile dérive, flâne, pas trop difficile me direz-vous tant mon imagination semble sans limites. Tenez par exemple, je ne peux m’empêcher alors que je me fais doubler par une voiture (pour les camions je baisse la tête, serre les fesses, et ferme les yeux) de relèver les derniers numéros de la  plaque d’immatriculation et de crier bien fort : « 13 ! Je sais : Bouches du Rhône » « 88 ! Vosges ! » « 36 ? 36 ? Euh, je sais je sais…Châteauroux, euh…36 ? Indre ! C’est l’Indre ! » et il en va ainsi pendant des heures. Or, car il y a « nor », les plaques ne sont pas toujours à deux chiffres d’où l’histoire de l’esprit fertile de tout à l’heure. 234 par exemple, c’est quel département hein ? Et bien je vais vous le dire : les « Côtes de Haute-Savoie », et le 643 ? Hein, le 643, c’est le « Jurois », département mitoyen avec le « Pas-de-Calvados » et « Lot-et-Calais ». J’ai ainsi découvert combien il y avait de départements méconnus. Je vous passe le « Vauclusois », la « Loire et Garonne », le « Finistèrois » et autres « Deux Ardennes Atlantique», « Haine »,  « Rallier », et autres  « Alpes de Basse Normandie du Milieu de la Terre de Gondor ».

Bon, je vais tenter d’aller dormir (plus de 5h), et vous jette quelques photos. Profitez de cet article pour balancer vos questions (si vous en avez) via les commentaires, car je doute qu’en Iran le Wifi soit aussi accessible. Demain, je suis à nouveau hébergé…normalement.

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JSMF – TATVAN – VAN

21h. Mardi 26 mai 2015. Je suis posé à Kalecik Toki, à quelques kilomètres au nord de Van. Mon hôte est en train de roucouler dans sa chambre avec son amie – ça rigole, ça semble blaguer, ça parle fort, j’espère que ça va s’arrêter là !

En attendant, je vous raconte ce qui s’est passé depuis la publication de mon dernier billet à Tatvan.

Une nouvelle fois alors que j’allais quitter le centre commercial de la ville, le jeune qui m’avait gentiment donné le code pour la wifi, m’a invité à la table où mangeait tous les employés bossant dans ce lieu de restauration – le « food court » que l’on trouve dans tous les centres commerciaux quoi ! Ainsi, au lieu de manger un bout de pizza, un hamburger, un chat grillé aux olives, ou « je-ne-sais-trop-quoi » de banal, j’ai pu goûter à un bon déjeuner (petit-déjeuner ?) Kurde (comme le groupe a aimé me le préciser). Je les ai quittés en me tapant le ventre, en rotant bien fort, et en chantant : « j’ai bien mangé, j’ai bien bu, j’ai la peau du ventre bien tendue, la la la la ». Ils ont beaucoup aimé, moi j’ai juste vomi après coup. Quitter la ville fut un peu plus compliqué en revanche. Il est tombé en 30 minutes, une quantité d’eau phénoménale qui a rapidement transformé les rues en de véritables torrents de boue entrainant aussi toutes les merdes qui trainaient. Les trottoirs, quant à eux, furent de vraies pistes d’athlétisme tellement les gens couraient partout. On aurait dit des chats auxquels la tête aurait été coupé ou des supporters de foot lors de l’ouverture des grilles du derby tant attendu : Châteauroux – Meaux. Pour ma part, j’ai attendu, au sec, dans une pâtisserie – quitte à attendre dans un coin sympa autant le faire au milieu des sucreries. J’ai voulu acheter du miel, mais ce dernier était si cher (plus cher qu’en France) que mes quelques lires n’étaient pas suffisantes : ridicule ! Quand enfin j’ai quitté Tatvan, le soleil montrait son nez. Je venais de faire un kilomètre quand j’ai repéré quatre gamins à vélo me faisant signe de m’arrêter. Hum, hum, j’avais pris un caillou dans le ventre un peu plus tôt, j’étais méfiant. Cependant, ceux-ci m’ont juste demandé une pompe. J’ai rapidement regardé la chambre à air et réalisé que je n’avais pas le bon embout – vous savez y’a deux modèles pour les chambres à air : le « Schmoufspiz double D  4 x 4 19-33» et le « Prutgratspoom 672 A/h modèle 12x ». Il m’a fallu expliquer à renfort de gestes compliqués que je ne pouvais malheureusement rien faire pour eux, et je suis reparti. Je n’avais pas fait 20m qu’un de ces merdeux m’a balancé une pierre. J’avais du temps à tuer, et cette fois-ci j’ai fait demi-tour. Le fautif, comme à peu près tous les gamins pris la tête dans la confiture de groseilles, a nié en jurant sur la tête d’Arielle Dombasle, Michel Sardou, et Gargamel que ce n’était pas lui. Je lui ai fait comprendre que je n’étais pas content. En français ça a donné ça : « Espèce de petit bubon purulent dégénéré, gros glaire de dindon chauve et aveugle, si tu veux que je sorte mon coupe-ongle, tu as gagné ! ça suffiiiiiiiiit bordel ! ». Bon, j’ai aussi sorti une leçon de morale qu’il n’a bien entendu pas compris. Loin de se dégonfler, lui et ses copains, m’ont dit que si j’avais un problème, ils allaient me tuer, me couper la gorge mimant avec les gestes et tout le reste. Super ! Finalement, ils se sont calmés, se sont excusés, et je suis reparti, non sans recevoir à nouveau des pierres…Purée, ça commençait à me saouler ! Une borne plus loin, rebelote, je repère des gamins, qui s’approchent de la route, mais cette fois-ci pas de cailloux, juste des « money, money, money » et quelques insultes pour agrémenter le tout. A ce moment précis de ma journée, je ne voulais plus entendre parler de la Turquie, de la Kurdie et de son accueil. Les méchants gamins.

Je voudrais dire que c’est tout de même très perturbant de se faire attaquer (agressé ?) et d’être sur le qui-vive en permanence quand on roule et que l’on voit des jeunes s’approcher de la route. Je me sens très vulnérable à vélo – surtout que je roule doucement surtout quand ça monte.

Bon, j’avais un hébergement pour le lendemain, ça allait, sauf qu’en roulant et en tentant de me remettre de mes émotions, j’ai pris conscience qu’en fait c’était pour le…surlendemain que j’avais un hébergement. Moi et les temps de cuisson ! J’avais  donc deux jours pour couvrir une distance qu’en général je couvrais en une journée ou presque. J’ai ainsi pris mon temps. A un moment, pour me protéger de la pluie, je me suis mis à l’abri de la pluie contre un rocher – bonjour l’image du misérable vagabond que je faisais couler à un rocher comme un vulgaire bout de mousse. En contrebas, une famille installait son pique-nique/BBQ. Je les enviais. J’avais envie de compagnie pour me remettre de mes émotions, et, alors que j’hésitais à repartir ou bien à me jeter dans le lac les pieds dans un bloc de ciment, le père de famille m’a invité à partager leur repas. Je n’ai pas refusé une seule seconde. Ils ont été supers. J’ai donc mangé comme un ogre et été servi comme un roi. Ce fut parfait, et ça m’a fait du bien au moral. J’ai passé presque deux heures avec eux et je suis reparti pour me chercher un bivouac pour la nuit content que les sales mômes furent bien loin dans ma mémoire. Je n’avais pas fait trois kilomètres que j’ai été une nouvelle fois invité à manger. Cependant, j’avais le ventre si plein qu’un morceau de poulet en plus et j’aurais vomi…J’ai juste bu un coca, par politesse.

Je l’avais repéré à plusieurs kilomètres mon bivouac et quand je suis arrivé dans le village, j’ai tout de même demandé aux vieux en train de siroter du thé, si je pouvais dormir sur cette petite presqu’ile là-bas. Bien entendu, ils ont accepté, mais j’ai dû boire un thé – mon énième de la journée. Néanmoins,  et je m’y préparais depuis quelques semaines, alors que la pente était un peu trop importante, le poids de mon vélo et des sacoches ont fait que ma béquille s’est brisée. En fait, les vis ont rompu dans le pas-de-vis. Ça m’a bien fait suer, car mon vélo me permettait de prendre des photos à hauteur d’homme. J’espère pouvoir résoudre ce problèmes à Van. En tout cas, je l’ai trouvé mon bivouac et j’ai pu me poser avec une vue sur le lac absolument splendide, et cela juste avant que le vent ne se mette à souffler et me colle dans la tente à la nuit tombée, pour écrire.

Le vent était tombé durant la nuit, mais ce matin, il faisait nuageux. Comme mon rituel habituel, je me suis préparé doucement, sans précipitation (je commence à être bien rodé maintenant après plus de deux mois), puis je me suis posé devant le lac.

Comme ça, assis, à regarder au loin, les yeux dans le vague, dans le silence d’une journée à peine commencée, je me suis mis à réfléchir sur ma vie, ma vie d’homme, de papa, de frère, de fils, d’ami. J’ai réfléchi sur mes choix, sur ce voyage, sur ce que qui passait en moi, sur mon futur, sur ce qui me manquait le plus, sur ce qui me rendait heureux, sur ma liberté, sur tant de choses. Tant, tant, tant de choses qu’à un moment les larmes se sont mises à couler. Ce voyage me bousculait, me poussait à droite, puis à gauche, m’enfonçait, me faisait me battre avec moi-même, me rassurait et m’effrayait. Il me rendait si heureux à en hurler et à en bondir, si heureux à en chanter, si heureux à embrasser le premier chat venu,  si fier d’en être arrivé « au moins là ! », et si triste à en chialer comme un supporter de foot qui vient de voir son équipe préférée éliminée aux tirs au but au premier tour de la Coupe de l’America . Je vivais au quotidien dans maelström émotionnel que je n’avais jamais connu. Ce voyage m’avait déconstruit, et désormais, il me construisait.

Je suis parti doucement en direction de Gevas où je comptais me poser pour le soir. Pendant toute ma route, je suis resté aux aguets. Deux attaques de chiens (dont une qui a vu le toutou descendre de la montagne sur au moins 200m et me poursuivre sur la même distance – heureusement ça descendait), des gamins qui me demandent de l’argent puis m’insultent : la routine quoi ! Même pas peur, quoi que…La veille on m’avait dit que je ne pouvais pas prendre un tunnel long de 2310m pour rallier Gevas, mais plutôt une route de montagne. Bien entendu, j’ai pris le tunnel. Quatre minutes, c’est ce qui m’a fallu pour le traverser (ça descendait) en hurlant : « Tuuuuuuuuuunnel ! Tuuuuuuunnel !» (les plus fidèles reconnaitront ma chanson de ma vidéo de ma Traversée des Alpes à vélo). Au final, j’ai dû gagner une bonne heure et trois litres de sueur.

Je l’avais remarqué depuis que j’avais quitté Ercis : les bases militaires étaient plus nombreuses. Souvent s’emmerdant comme des chats morts, ces soldats me regardaient passer avec l’œil vif propre aux militaires en poste. Cependant, cette fois-ci, on m’a sommé de m’arrêter. Curieux moi aussi, j’ai obtempéré et j’ai un peu échangé avec eux. Mais, oui, car il y a un mais, je ne les sentais pas (vous savez ce 6e sens que nous possèdons tous, sauf les lecteurs de Paris-Match)…du coup, j’ai baragouiné qu’il allait pleuvoir, que j’étais atteint de vertiges hyper contagieux, et que je devais vite aller me protéger dans un terrier. En gros, je suis parti sans demander mon reste. Non, vraiment, je suis devenu méfiant quand on me demande de m’arrêter ou de venir discurer.

C’est dans un camping que je pensais fermé que je me suis posé pour le déjeuner. Cela m’a permit de me protéger de la tempête et de la pluie qui arrivait. En fait, le proprio est arrivé, surpris de me voir là (et moi de même), posé comme une bouse, en train écrire. Il m’a invité pour un thé : bien sûr ! Je voulais aller me balader sur l’ile d’Aktamar juste en face, malheureusement, le temps était si mauvais et le vent si violent que j’ai dû zapper ce petit tour de bâteau. Dommage, mais je n’avais pas envie de me la faire Titanic sur un bâteau datant du Néolithique inférieur, ou pire de rentrer à la nage dans l’eau à 12°C. Finalement, c’est à Gevas que je me suis posé. J’ai été super bien accueilli par les locaux, très curieux et très étonné que je sois venu jusqu’ici à vélo. J’ai eu droit à des thés, du pain, et du fromage pour mon goûter – j’ai du mal avec le fromage à cette heure.

Pour, sans aucun doute mon avant-dernier bivouac en Turquie, je me suis posé sur le bord du Lac avec encore une fois une vue magnifique. Derrière les montagnes, devant le lac. Royal.

Le vent violent de la nuit (bonjour la panique en voyant ma tente bouger de la sorte) avait chassé les nuages et il faisait un temps superbe. Resté sur ma fin la veille quant à la visite de l’île d’Aktamar, j’ai décidé de tenter ma chance à nouveau ce matin. Je suis arrivé à 8h30 à l’embarcadère. Après avoir tenté de comprendre à quelle heure partait le prochain bâteau, j’ai obtenu une information très approximative, très, très approximative d’un départ vers 9h/9h30. Ainsi quand à 9h15, j’ai vu un groupe de touristes Turcs embarquer, j’ai moi aussi sauté dans le bâteau, mais le monsieur « très approximatif » est venu me voir en me disant que celui-ci n’allait pas à Aktamar. J’ai senti le mensonge, et je suis devenu lourd et j’ai insisté (j’ai au moins appris qu’il ne fallait JAMAIS s’arrêter à un « non », ou un « pas possible »). Ce sont les touristes et les membres de l’équipage qui sont venus à ma rescousse pour que je puisse embarquer. Quelle bonne idée d’être allé sur cette île. Ce fut superbe ! (et un bon choix d’y être allé à cette heure, le vent s’étant levé et les nuages étant revenus). Après une trentaine de kilomètres, je suis arrivé à l’heure du déjeuner à Van, mais je n’ai fait que traverser la ville pour arriver chez mon hôte – au prix d’une belle montée durant laquelle j’ai dû pousser mon vélo sur 100m.

J’avais un temps envisager louer un voiture pour aller au Mont Ararat, mais cela n’est vraiment pas possible : crotte alors ! Je vais donc profiter de ces jours à Van pour planifier mon séjour en Iran, dernière étape de ce voyage.

En attendant voici quelques photos.
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JSMF – ADILCEVAZ – Cratère de Nemrüt

J’avais terminé le dernier billet en écrivant : « J’espère avoir compris ça ! » Donc, à 20h, le type m’a dit de le suivre. Il allait prendre sa voiture et moi je n’aurais qu’à le suivre. Simple, non ? Il faisait nuit, ma lumière, toujours en vrac depuis mon arrivée à Erzurum, n’éclairait que faiblement et je suis parti doucement prenant un peu d’avance – même après 6000 km je n’arrive pas à rouler à plus de 30 km/h. Lui, en revanche, m’a doublé en trombe et… je ne l’ai jamais revu. Planté comme un con, en pleine nuit, en pleine ville, avec l’impossibilité de planter ma tente nulle part : la situation foireuse par excellent sans avoir pu anticiper un plan B, ni C, ni Q. J’ai eu beau obtenir de l’aide d’un gentil gamin croisé plus tôt au magasin, toutes mes demandes d’hébergements ont été des échecs. Ça m’a fichu un coup à nouveau ! Les quelques personnes croisées se sont moquées ouvertement de moi, ou bien elles ont rigolé (« golum, golum, golum » ou bien un truc dans le genre) de ma situation ridicule. Vous parlez : un touriste en pleine nuit cherchant où dormir alors que dehors même les chats dorment. Après 45 minutes, las de chercher et de me battre contre des personnes fermées et moqueuses, je me suis rabattu sur le seul hôtel de la ville : « Formuloglü Unüm » (je crois). Pour 17 euros la nuit cela fut très convenable. J’ai pu au moins me laver à l’eau chaude et pendant longtemps, pendant putain de très longtemps y’avait un brouillard en sortant. J’ai pu me balader à poil dans MA chambre sans risquer de croiser : un berger, un chien famélique et agressif, un supporter de foot saoul, ou bien je ne sais quelle créature terretre pouvant être choquée par un homme au bronzage de cyclo et à la barbe fournie. Bah, il faut positiver, j’ai pu me reposer correctement, pester contre les mûrs aussi épais que du papier bible (mes voisins aiment les séries Turques et ce jusqu’à très tard), et piqué le rouleau de papier toilette (ça tombait bien ça !). Le lendemain avant de quitter la ville, je me suis assuré de clouer sur la porte du magasin un corps de chat la tête à l’envers et peindre en lettre capitale : « Yusuf m’a tuer ma soirée ! ».

Partir de la ville, sous le soleil et poussé par un vent fort fut super (ça veut dire pédalage minimum), car je suis arrivé à la ville d’Ahlat de bonne heure. Je tenais à me faire une pause-thé, tranquillou-peinardou afin d’envisager le reste de ma journée. Tandis que je prenais en photo la superbe mosquée avec la vue en contrebas du lac de Van avec ses couleurs turquoises, deux touristes hollandais en voiture sont arrivés. Bien entendu, les touristes étant quasiment inexistant depuis mon départ, j’ai naturellement été vers eux. On s’est tourné autour, on s’est reniflé le cul, on s’est couru un peu après, puis on s’est finalement posé pour papoter – il faut que j’arrête de regarder les chiens moi ! Ils avaient voyagé partout dans le monde, vraiment partout. Désormais à la retraite depuis presque 10 ans, ils voyageaient – Ils m’ont donné quelques informations sur l’Iran : cool. En repartant avec assez de nourriture pour la journée, j’ai fait une dizaine de kilomètres pour me poser dans un coin magnifique en bord du Lac. A peine venais-je d’arriver que deux jeunes bergers arrivaient. Arf ! Allais-je devoir partir ? En fait non, ils voulaient de l’eau. Pour la première fois depuis mon arrivée en Turquie, on me demandait quelque chose. Le plus jeune d’entre eux (7/8 ans) a été très soulagé de boire. Il crevait de soif, ça se voyait. Ensuite, j’ai eu mes deux petits compagnons pendant tout mon repas. Ils semblaient très curieux. Tenant à prendre à mon temps, je n’ai pas pu résister à l’appel du lac. L’eau était un peu fraiche pour que je m’y baigne (et un peu trop crade aussi), j’y ai juste mis mes pieds. Je suis reparti en laissant mes deux bergers retournés dans leur montagne. Pour le soir, j’avais décidé de dormir dans le cratère de Nemrut. Je savais qu’avant, il fallait que j’atteigne Tatvan, et c’est cette fois-ci contre un fort vent de face que j’ai dû lutter. Vraiment difficile, une pure horreur même. Si la route fut fort jolie, j’ai eu une nouvelle fois droit à mon lancé de caillou. Cette fois-ci, le minot a fait mouche, mais le caillou était petit, et quand j’ai hurlé « petit con », il a semblé apeuré. J’aurais dû m’arrêter (j’étais en descente) et arracher ses yeux avec une fourchette et lui foutre un manche de pelle dans le…

Arrivé dans la banlieue de Tatvan, j’ai pris la route vers le cratère. Je savais que cela allait monter, mais heureusement que je ne savais pas que cela allait monter : comme ça. Par toutes viscères de chats séchées, pendant douze kilomètres, sous la pluie, sous les averses de grêle, sous un orage, je suis monté, monté, monté, et encore monté. Plus de deux heures d’ascension dans des pourcentages qui n’auraient pas fait rougir la route vers le Mont Ventoux. J’ai pris cher, surtout que j’étais à plus de 2000m. Je suis arrivé au sommet, trempé, frigorifié et sans trop savoir ou j’allais me poser – comme d’hab’. La vue était a coupé le souffle : c’est toujours le cas après être monté. C’est la récompense ! J’étais heureux quand même d’avoir pris cette route ! Je me suis lancé dans la descente vers le lac dans l’espoir de trouver un coin tip-top pour mon bivouac, et, après trois kilomètres, j’ai réussi à trouver un coin sympa, joli, et plat. Je n’ai pas trainé pour tout monter dans le vent fort (bonjour le combat avec la tente qui volait) et me mettre dans la tente : heureux et soulagé ! La nuit est vite arrivée. C’était calme, calme, calme. PAS UN SEUL BRUIT, pas un. Un truc de dingue ! j’ai A-DO-RE ! Vraiment un bivouac exceptionnel !

Ce matin en levant vers 6h15, le soleil était revenu et il faisait bon, sans le vent. Je me suis régalé à prendre mon temps pour tout ranger et pour prendre mon petit-déjeuner. Le calme de la veille avait été remplacé par le chant des oiseaux. Le temps de me taper quelques kilomètres d’ascension, et hop j’étais arrivé au sommet à nouveau. La descente vers Tatvan, où je suis posé désormais dans un grand centre commercial, m’a permise de battre mon record de vitesse en descente : 80,1 km/h !!! Ce qui est bien entendu une pure folie…C’est en arrivant en bas que j’ai réalisé que je n’avais pas été très sage de rouler aussi vite. En effet, avec la vitesse et le froid, mes yeux pleuraient et je ne voyais pas grand-chose. Une fois en ville, j’ai eu droit à mon petit lancé de caillou par un autre petit morveux. Je suis de plus en plus « nerveux » désormais. Je fais attention à tout le monde, et dès que je vois des gens sur le côté, je me pose la question : « gentils ? méchants ? ». Je n’aime pas cela, car jusqu’à présent j’avançais très naïvement. Bon, je vais filer vers Van où je devrais être héberger demain en fin de journée.
En attendant, je vous laisse avec quelques photos.

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JSMF – AGRI – ERCIS – ADILCEVAZ

J’ignore quand je pourrais publier ça, donc je raconte un peu au fur et à mesure, ce que je vis. C’est un peu en vrac, mais ce n’est pas grave.

Il y a donc deux mois que je suis parti d’Orléans un matin frais de la fin mars. Deux mois, c’est long et ce n’est rien non plus. J’ai ainsi parcouru plus de 6000 km. Google m’avait vendu 7000 km jusqu’à Dubaï. Je pense qu’il va falloir rajouter au moins 2500 km, puisque désormais j’ai la clé administrative pour traverser l’Iran – je prévois d’intenter un procès à Google pour «abus de coups de pédales ».
Ces deux mois ont réellement testé ma capacité à m’adapter à de nombreuses situations, à faire preuve de résilience dans certaines de ces situations, à chialer comme un beignet aux châtaignes, de tester mon endurance physique et mentale, et à pouvoir manger en souriant des olives à 7h le matin.
Hier soir (lire le 19 mai), par exemple, j’étais tellement mal physiquement que je me demandais si j’allais pouvoir tenir longtemps. Seul, plié en deux à me tenir le ventre, loin de tout, je n’avais qu’une envie : que l’on vienne me chercher de suite pour que je puisse rentrer en France et que je puisse assister au match de foot entre Châteauroux et Meaux.
Pas cool ce 19 mai au soir.

J’ignore combien vous êtes à me lire et à suivre mon cheminement, mais en plus des échanges avec mon fils via Skype, le fait que je sois lu par deux, trois, dix ou vingt personnes, dont quelques unes totalement inconnues, le fait que j’ai des commentaires sur le blog sont des facteurs de motivation extraordinaires – pour moi en tout cas.
D’autres cyclorandonneurs diraient le contraire.
Je roule pour mon fils, pour moi, et aussi pour vous.

Je vous avais laissé à Agri vers les 16h, et je m’étais lancé tranquillement vers la ville de Patnos. Je savais que je ne pouvais pas l’atteindre dans la soirée, mais je tenais juste à me rapprocher un peu de Tutak. Or arrivé à Hamur, j’ai été interpellé pour venir boire un thé.  Bien entendu, je me suis retrouvé très entouré. J’ai immédiatement sorti mes trois tronçonneuses pour un numéro de jonglage suivi par un lancé de chat à la catapulte. Ce fut très apprécié surtout le numéro avec le chat. Sinon, je suis au « Kurdistan », je sais ça n’existe pas, mais croyez-moi, le nationalisme Kurde est très très fort. Les tensions entre les Turcs et les Kurdes sont bien présentes, et lors de mon arrivée dans le pays, certains Turcs m’avaient fortement recommandé de ne pas aller où je me trouve actuellement. C’est dangereux et y’a des terroristes. « Bah, comme nous les français et le peuple de l’Indre » avais-je répondu très sérieusement. Pour l’instant, hormis les clébards et les deux minots de la veille, c’est plutôt calme et les gens sont acceuillants et sympas – y’à qu’à voir le nombre de « hello » et de coups de klaxons que j’entends dans une journée. C’est presque une voiture/camion sur deux. Hier soir, peu avant mon bivouac, j’ai découvert que le V de la victoire (majeur et index pour les débiles) était un signe bien distinctif du soutien Kurde. Moi au début, je faisais ça pour changer du salut « Reine Elisabeth » que je m’étais amusé à distribuer. Maintenant, je secoue la main frénétiquement et j’embraye par le V. Ils adorent…à la condition que cela ne soit pas des Turcs, car eux ne trouvent pas ça drôle !
Le doigt d’honneur reste à proscrire aussi bien pour les Turcs que les Kurdes semble-t-il.

4h30 du matin, c’est à cette heure que j’ai commencé à sortir de ma torpeur nocturne, néanmoins, j’ai attendu une heure pour sortir de ma tente et que le soleil éclaire mon lieu de bivouac. A ce propos, je trouve que cela n’a pas de sens pour ce pays de rester dans un seul fuseau horaire…
Bref, j’ai filé de bonne heure comme j’ai adoré le faire depuis mon départ, poussé par un vent toujours généreux. Les paysages étaient toujours aussi superbes sous ce soleil. Me retrouver sur un plateau après Tutak avec une vue à 360° était une pure joie. J’avais envie de tout prendre en photo, de tout filmer…afin de partager plus tard.
Je suis arrivé à Patnos un peu avant 10h. L’heure pour moi de trouver de quoi grignoter et de chercher éventuellement Internet. La veille, j’avais quitté la route touristique classique menant à l’Iran. J’ai bien senti que j’étais un oiseau rare dans cette ville grouillant de monde. Pas de touristes ici.
J’ai adoré.
Ça n’a pas tardé avant que je ne me fasse interpeller en anglais pas un jeune homme. Aussitôt, je lui ai demandé où je pouvais trouver un petit gâteau sucré et de la wifi. Il m’a gentiment conduit 100m plus loin : parfait ! J’ai pu balancer quelques emails pour des hébergements à Tatvan et Van. J’aimerai notamment passer quelques jours à Van afin de préparer la phase 5 : l’Iran.

Je suis reparti vers Erdis sous la chaleur et en côte. Arf ! Mais, après à peine 10 kilomètres, je me suis fait interpellé (oui encore) par un large groupe assis à l’ombre. Avec les petits fanions accrochés à droite à gauche, j’ai vite compris qu’il s’agissait d’un parti politique kurde en pleine…réunion ? Les salutations d’usage passées, on m’a demandé d’où je venais. Quand j’ai dit : France (avec mon sourire camembert), le plus bavard du groupe s’est lancé dans une vive diatribe vis-à-vis du rôle du gouvernement français face aux Kurdes (enfin c’est ce que j’ai compris). J’ai bien entendu écouté, tenté de comprendre (je vous rappelle que je ne parle Turc uniquement avec les petites électrodes dans les…). Bref, le monsieur s’est finalement calmé. Quand ce fut mon tour de parler, entre deux gorgées de thé, j’ai expliqué que je ne représentais pas mon gouvernement, mais que j’étais simplement ici pour découvrir la Turquie, les Turcs, les Kurdes, les chiens, les paysages, j’étais curieux, ouvert, bla bla bla. Je n’avais pas peur, non ils n’étaient pas des terroristes, et que la couleur de notre sang était la même – un peu démago, mais ils étaient plus de 20 et je n’avais qu’UN seul coupe-ongles. En me battant bien, j’aurais pu en tuer quelques uns et en blesser une poignée avant de tomber à mon tour. J’ai expliqué avec de nombreux gestes, des paroles fortes (mes cours de « public speaking » me sont revenus), et une grande conviction dans ce que j’avançais, que j’étais content d’être ici et de découvrir le…Kurdistan. Je les ai remerciés en Kurde (ce qui les a surpris) tant et si bien qu’en partant et en saluant tout le monde, le virulent monsieur du début était très heureux de m’avoir rencontré. Cependant, ce qui m’a le plus touché fut le comportement du plus âgé d’entre eux. Il n’a pas voulu me serrer la main, mais m’étreindre. Ce fut sincère. Je l’avais touché par mes « mots et mes paroles ». Très touchant. Je suis reparti heureux de m’être arrêté.

En arrivant sur le bord du lac de Van, à Ercis, j’ai rencontré mon hôte – le frère d’un type que j’avais rencontré à Erzurum. Il tenait une station de lavage auto. C’est ici où je suis en train de vous écrire. Je suis installé dans une petite pièce, parfaitement heureux de pouvoir me poser à l’abri, car la météo s’est détériorée. En plus, j’ai même pu me doucher. Et quelle douche ! Déjà, cela a commencé par l’eau chaude. Mon hôte a simplement mis une résistance électrique dans un bidon et branché tout ça dans une prise. En 10 minutes, j’avais un bidon de 10L d’eau chaude et un petit pot pour m’asperger, et j’étais dans les toilettes Turques (oui, oui dans les toilettes Turques) en train de me laver en chantant à tue-tête (ça l’a fait rire). Après quelques jours dans ma crasse, je commençais à rêver d’une bonne douche : je n’allais pas faire le difficile en plus. Il m’a juste fallu faire attention de ne pas faire tomber le savon dans le trou…Encore une expérience unique.

Le petit coup de flip du soir…Alors que j’étais tranquillement en train d’écrire, une voiture est arrivée à la station de lavage braquant ses feux dans ma pièce. Cela a duré un moment, puis deux types sont descendus et ont cherché à rentrer. Bien sûr, je suis allé voir ce que deux types venaient faire à la nuit dans une station de lavage fermée. En ouvrant la porte, je serrais fort mon coupe-ongles. Après le fameux « no turkish, français », ils sont repartis en disant qu’ils voulaient savoir le prix de vente du bâtiment. Pff ! Quel stress les amis !

Bon le temps avait bien changé ce matin, et comme je n’avais pas beaucoup de kilomètres à couvrir le long du lac de Van, j’ai trainé un peu plus longtemps. J’ai notamment pris du temps pour envoyer des demandes d’hébergement pour Van. Malheureusement, comme le bar où j’avais squatté de la wifi la veille était fermé, j’ai dû m’asseoir sur le trottoir et choper ce que j’ai pu – sur les 16 demandes : rien de concret. J’ai passé plus d’une heure sur le trottoir. J’en connais qui en font leur métier…
J’allais partir de la ville quand j’ai repéré un vendeur de miel.
Super !
Je venais de terminer mon pot quelques jours auparavant. Du coup, je me suis arrêté, tenté de comprendre pourquoi le super miel coutait moins cher que le miel de moindre qualité…Pendant ces négociations, le vendeur d’à côté m’a offert le thé, et je me suis retrouvé à papoter avec lui. Pendant ce temps, un pugilat a éclaté dans le magasin du vendeur de miel. Quand je suis sorti, y’avait 100 personnes dans la rue, ça gueulait, un type avait le visage en sang, et le flics arrivaient en nombre.
Je n’ai pas trainé et j’ai filé sans demander mon reste, un poil nerveux quand même.
Les mouvements de foule ne sont pas ma tasse de…thé.

En quittant la ville d’Ercis, je voyais bien que la pluie arrivait – ça faisait longtemps. Je n’avais pas fait 10 kilomètres que les premières gouttes sont arrivées. Le temps de faire une photo et hop j’étais reparti en vitesse, le moral au plus bas : je n’aime pas camper sous la pluie, et j’étais déçu de ne pas avoir de lit de sécuriser à Van – je veux tant passer quelques jours dans la ville à me reposer avant de filer vers l’Iran.
Depuis que je suis arrivé à Erzurum, les arbres ont presque tous disparus (bon, je suis entre 1500 et 2000m en permanence). Seuls les peupliers semblent pousser, alors quand la pluie est arrivée et que je n’ai vu que comme seuls abris de la pelouse et du blé, j’ai commencé à être nerveux. Je suis arrivé dans une misérable station essence tenue par un gamin. Ce fut le déluge. La pluie froide: beurk ! En sortant ma bouffe, j’ai réalisé que j’avais laissé Ned une nouvelle fois. Cependant, cette fois-ci, pas question de faire demi-tour : il était à 20 bornes et il pleuvait. NED RESTERA DONC EN TURQUIE avec Djena : fin de l’histoire.
Je ne suis même pas triste tellement j’ai d’autres choses à gérer.
Il aura passer deux mois en ma compagnie.

J’ai pu me poser pour manger tranquillement au sec. Enfin, tranquillement, ce fut tout relatif, car arrivés de nulle part comme les chèvres sur le cassoulet, une dizaine de gamins sont arrivés. Fini mon calme…Ils furent sympas, je dois le reconnaitre, juste bruyants et curieux…Les avoir vus sortir de nulle part trempés comme des linges, tourbillonnés autour de moi pendant 30 minutes, puis repartir à la pêche sous des trombes d’eau, fut irréel quand hj’y repense : une apparition.
A la fin de mon déjeuner, la pluie de son côté semblait s’être arrêtée. Semblait. Après quelques kilomètres, j’ai dû trouver refuge sous un abri bus pendant plus d’une heure. Pas cool. Je crois que ce moment fut le moment le plus difficile que j’ai eu à traverser depuis mon départ. J’ai pendant un trop long moment broyé du noir, ne voyant que le négatif. Oui j’en avais tout simplement marre.
J’avais commencé à me dire que j’allais camper à cet endroit et j’étais en train d’organiser mon campement : où poser la tente, où mettre la bâche, comment tout protéger, etc, quand la pluie a cessé. Je n’ai pas demandé mon reste et j’ai filé vers la ville d’Adilcevaz: l’objectif du jour. Le vent avait tourné et me poussait désormais. En arrivant, j’ai fait mon habituel tour à 2 km/h dans la ville sous les regards curieux ou amusés, les « hello », les « touriste », et autres remarques amusées, tout cela afin de choper Internet pour savoir si j’avais des réponses pour mes hébergements. J’ai trouvé mon bonheur dans un magasin de téléphone. Après quelques échanges avec le proprio, ce dernier m’a invité chez lui – j’espère avoir compris ça. Je publie donc cet article brouillon. Demain, direction TATVAN… A suivre.

Je vous balance quelques photos…les dernieres avec feu NED.

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JSMF – ERZURUM – AGRI et un peu plus loin

Depuis mon départ, je me suis toujours préparé à affronter les chiens. Il ne se passe pas un jour sur la route sans que je ne subisse une attaque. J’anticipe au maximum, leur crie dessus, éventuellement je m’arrête et je les intimide. J’aboie très bien maintenant ! J’aboie très bien dans différentes races en plus. C’est une routine que j’ai installé depuis mon arrivée dans les pays de l’est. Cependant, aujourd’hui, j’étais sauf préparé à subir une petite agression, puis une attaque, de gamins. Je vous raconte ça…

En fait, depuis trois jours, je me sens patraque. Depuis Kayseri j’ai mal au ventre en permanence. Pas le gros truc, mais assez pour que cela soit usant et pénible. Je vis avec et je gère au mieux refusant de me laisser aller. Néanmoins, ce matin, c’était un mal de crâne et des courbatures qui étaient venues s’ajouter aux autres maux : pas cool. Pour ces raisons, j’avais décidé de bouger tardivement, de prendre mon temps, et de ne pas rouler de trop. La route était plate et en descente, et hormis trois kilomètres un peu compliqués pour quitter Erzurum, j’ai été poussé par un vent fort. Les paysages étaient toujours époustouflants. Super ! Malgré mon état fébrile, je ne tenais pas à me lamenter…et puis auprès de qui ?

Des nombreux corbeaux freux et pies présents sur le bord de la route ? Après 25 km/h de moyenne sans forcer (oui 25 km/h de moyenne !), je suis arrivé super rapidement à Horasan. J’allais chercher le centre-ville quand je me suis fait arrêter par un gamin d’une dizaine d’année. Les gamins sont toujours sympas, ouverts, curieux, joyeux, et me balancent avec plaisir « Hello, what’s your name ? ». Cependant celui-ci ne m’a rien dit de cela et s’est mis à courir à côté de mon vélo, se tenant aux sacoches. Il s’est mis à parler, et comme à chaque fois, j’ai tenté de lui dire que je ne comprenais pas, tout ça en riant et étant très cool. Cela n’a pas semblé lui plaire et il a commencé à tirer sur la sacoche arrière, puis sur le casque, et enfin, il a cherché à sortir ce qu’il y avait dans la sacoche. J’ai accéléré, laissant le scélérat sur sa faim. Cela m’a perturbé un petit peu. Or, je n’ai pas eu le temps de faire 100m, qu’un autre gamin, de l’autre côté de la rue a ramassé une pierre. J’ai immédiatement pensé : « Oh non, il ne va tout de même pas me lancer cette pierre ? ». Bien sûr que si ! Le projectile est passé à quelques mètres de ma roue arrière, il cherchait à me blesser, car ce petit con m’a bien visé. Autant vous dire que je ne me suis pas arrêté à Horasan. En revanche, je me serais bien arrêté pour attraper ce petit merdeux et j’aurais bien voulu écraser son crâne avec un rocher pour en faire du coulis de framboises. Cependant, je réserve ce sort aux chats uniquement J’ai  ainsi traversé la ville profondément pertubé. Blessé moralement. Déçu, et avec la combinaison de maux : crâne/dos/ventre. J’ai du coup ignoré les quelques invitations pour boire un thé qui sont survenues plus tard, et je n’ai pas répondu aux « Hello ». Cet épisode venait de gâcher quelque part, ce merveilleux mois que je venais de passer en Turquie. Bien entendu, je ne pouvais pas en faire une généralité, mais quand même. Ayant traversé la ville à la vitesse des grandes marées de Châteauroux, j’ai vite réalisé que je n’avais pas beaucoup d’eau, ou plutôt que je n’avais pas assez d’eau pour un bivouac. J’ai roulé dans une zone désertique en ne me sentant pas serein du tout – mon mal de crâne ne faisant qu’empirer. Cela est devenu une obsession : de l’eau ! Mon royaume pour de l’eau ! Après 15 km, j’ai aperçu une voiture et immédiatement je suis allé leur demander si je pouvais trouvais de l’eau dans quelques kilomètres. L’unique chose que cette gentille famille m’a dit fut : « 10 km d’ascension de la mort, et tenez, prenez notre bouteille d’eau ! Bonne chance !». J’ai fait deux kilomètres et je me suis posé proche d’une route. Il était tôt par rapport à d’habitude, mais je n’en pouvais plus. J’étais vraiment mal. Je pensais mourir, à cet endroit, loin des miens et de Télé7jours. Je pensais que mes aventures allaient s’arrêter là…J’avais mal à la tête, mal au ventre, je n’avais pas pris de douche depuis trois jours – je voulais du calme. Alors que la nuit était tombée (à 20h), j’étais en train de me brosser les dents (je ne  me douche pas, mais je me brosse les dents au cas où je fasse la rencontre d’une belle et peu sauvage jolie fille Turque) quand une voiture est arrivée, a braqué ses phares dans ma direction, et trois types sont sortis. Oh non ! Oh non ! Oh non ! De façon très agressive le chauffeur m’a baragouiné quelque chose qui a ressemblé à : « Espèce de couille de dauphin métastasée, qu’est-ce que tu fous là ? », j’ai répondu en regardant mes sandales et en tordant nerveusement mes doigts : « Pas Turc, français – Vive le Kurdistan libre et les œufs brouillés aux herbes». Cela a suffit, et ils sont partis aussitôt sans un mot, mais ils m’ont fait monter l’adrénaline ces trois là ! (j’avais rangé mon coupe-ongles en plus). On ne peut pas dire que je me sente bienvenue dans le coin.

Ce matin, à la faveur d’une nuit correcte, je n’avais plus de mal de crâne, plus de courbatures, mais mon ventre, ce fichu ventre me faisait toujours mal. Etais-je enceinte ? Avais-je contracté un truc bizarre ? Sigourney viendrait-elle à mon secours ? Crotte de crotte ! Bref, je me suis réveillé un peu avant 5h (oui vous avez bien lu 5h), il faisait jour. Je suis toujours sur le même fuseau horaire de Sofia alors que je suis bien à l’est. Il fait nuit à 20h et jour vers 4h30. Je dors donc en décalé. A 7h, j’étais sur mon vélo pour me taper 15 kilomètres d’ascension. C’est à 2210m que je suis arrivé un brin essouflé, mais poussé par les coups de klaxons (toujours très très nombreux) de camions…Iraniens (L’Iran n’est plus très loin) . Ensuite, ce ne fut que de la descente. Ma joie était revenue (hier, j’ai vraiment peiné : physiquement et moralement). C’est à midi que je suis arrivé à Agri (ça se prononce « Areu »). Je m’étais bien régalé. J’ai cherché un coin avec de la Wifi et un type me voyant tourner, m’a aussitôt conduit chez quelqu’un de sa famille qui tient un petit magasin. Je vais me poser quelques heures (j’ai déjà fait plus de 80 kilomètres), faire le plein de nourriture et d’eau et aller me trouver un joli coin de bivouac dans la montagne. Je prie pour que mon mal au ventre s’estompe. Pour la prochaine semaine, je vais faire le tour du Lac de Van avant de filer vers l’Iran. Je file vers Patnos…
Je vous balance quelques photos à l’arrache. La connexion Internet est très aléatoire.
Je vous dis à je-ne-sais-pas-trop-quand…
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JSMF – ERZURUM 3

Comme un petit caillou ou presque…j’ai dormi comme un rocher, et je me suis réveillé reposé.
Enfin !

Je n’avais pas prévu de publier quelque chose aujourd’hui, mais comme j’aime ça, et que chaque journée est différente, je me suis dis que je pourrais poster un bricole…Et puis ça fera sans aucun doute plaisir à vous mes chers lecteurs.

Debout tôt, car il faisait super beau, je n’ai eu qu’une envie : filer découvrir la zone. Ainsi, alors que je tenais à partir découvrir le coin, un des jeune de l’appartement a tenu à m’accompagner. On est ainsi parti se balader un peu, et discuter beaucoup. Souvent, les gens sont très heureux de parler en anglais avec un étranger. Ils sont curieux, et l’anglais est une langue qu’ils adorent pratiquer.
Sur le retour de la balade matinale, nous nous sommes arrêtés dans un lycée afin de jouer au basket. Je suis nul au basket – comme en natation synchronisée, en para-pétanque (pétanque en parachute), en point-de-croix, et en physique nucléaire. Ne pouvant pas résister à l’appel d’une activité sportive autre que le vélo, j’ai immédiatement accepté. Faire du sport au niveau de la mer est bien. En faire à 2000m, sans acclimatation, est compliqué. Votre corps vous rappelle à l’ordre rapidement et vous êtes essouflés en moins de temps qu’il ne faut à un joueur de foot pour comprendre une blague Carambar. Ce jeune, plus grand (10 cm), plus lourd (25 kg) m’a explosé pendant 5 minutes. Après, le « vieux monsieur » dont il se moquait gentiment a commencé à montrer que quand même : « il n’était pas si vieux » et que quand même : « il avait une bonne forme physique ». Il a explosé. A la fin, il m’a appelé « vieux tigre ».
Bon de mon côté, les poumons ont bien brulé.
2000m, ça fait haut, et je l’ai senti à chaque déplacement aujourd’hui.
Dans l’attente de mon contact pour le soir, j’ai passé pas mal de temps au magasin de sport à discuter avec les personnes présentes. Ski, VTT, rando-ski, escalade, de vrais petits montagnards. Très très très sympas en plus. J’ai partagé leurs repas et leur goûter. Ce fut rigolo lors du déjeuner, ils m’ont sorti une assiete alors que tous mangeaient dans un plat commun. Immédiatement, j’ai posé la question : « Pourquoi je mange dans une assiette et pas vous ? ». Ils m’ont répondu qu’ils pensaient que je voudrais pas manger dans le plat commun avec eux. Bien entendu, j’ai dit que cela m’était égal et au final, ils ont versé mon assiette dans la gamelle.

L’agence que j’avais utilisé pour mon visa Iranien m’avait dit de me présenter avec mon numéro de réferénce mardi 19 mai. Cependant, ayant du temps devant moi, j’avais décidé de tenter ma chance, quitte à passer pour un débile de touriste. Mon excuse était planifiée : « euh ben euh je me euh suis euh trompé de date euh, désolé, euh, je vous en fais combien de pompes monsieur ? ».
Je suis arrivé le premier à l’ouverture de l’après-midi.
Parfait.
Le monsieur m’a demandé mon passeport et mon numéro de référence, puis il a disparu, me laissant seul, comme Pierrette et son pot au lait pendant trente cinq minutes. Ce fut long d’attendre devant ce guichet. Derrière, j’entendais que ça papotait, que ça riait, ça buvait du thé. Que se passait-il ? Mon esprit fertile a pris le dessus…
En fait, avec mon passeport, ils m’avaient colorié les dents en noir, ils m’avaient rajouté des cheveux, et une moustache Hitlérienne. C’était ça !
Ou alors, ils avait changé « Brazey » en « Braguette », en « Bronzé ». Ou bien, ils préparaient la pièce sombre et sale dans laquelle, ils allaient me tortuter avec des batteries de 12V, de l’eau, des pièces de métal chauffées à blanc, de la confiture de cerise, de la pelure d’oignons, du cirage, et des plumes.
Puis, un autre monsieur est arrivé, l’air grave, pour me dire que comme le lendemain était férié, ils pouvaient me faire mon visa dans l’heure à la condition d’aller à la banque, de payer 75 euros, et de revenir.
Ou bien je pouvais revenir dans deux jours. Je devais simplement revenir avant 16h. Il était 15h25. La banque était à 645m.
Que croyez-vous que j’ai fait ? VOMI pour commencer, et filer en 4e vitesse (comme un chat auquel on aurait coupé la tête) jusqu’à la banque.
Alors que je traversais les rues sans vraiment faire attention aux véhicules, aux gens, je me suis fait interpellé : « Paaaaaaaascaaaaaaaal ! »
Qui? Qui dans une ville de 400000 habitants que je fréquentais depuis 24h, me connaissait ?
C’était le jeune qui était dans une voiture : rencontre improbable ! Bref, une fois arrivé à la banque, accompagné par un policier que j’avais sollicité, j’ai récupéré mon ticket pour faire la queue comme tout le monde. Mon numéro 453. On en était à 408. Il était 15h30. J’avais donc 25 minutes pour : expliquer ma situation, donner mes euros, vomir, repartir au consultat avant 16h – ça allait être chaud, mais j’avais une grande confiance au système banquier Turc.
Sauf, oui sauf, que des milliers de personnes devaient avoir décidé de venir à la banque en ce jour !
Partout à Erzurum, les distributeurs de billets étaient pris d’assaut, les banques bondées. Avec les minute défilant, j’ai commencé à être vraiment nerveux quant à ma possibilité d’avoir le papier de paiement nécessaire.
J’ai vomi.
A 15h45, ne tenant plus, je suis allé voir un agent de la sécurité et expliqué avec mon index sur mon poignet tournant frénétiquement que je devais changer de l’argent rapidement.
Celui-ci m’a aussitôt donné un ticket en utilisant son numéro de client de la banque. Super !
En cinq minutes j’étais à un guichet.
A 15h52, j’étais dans la rue à faire le trajet en courant jusqu’au consultat.
« Pardon monsieur…Pardon madame…Oups désolé…Pardon, pardon, pardon, oups, c’était votre chat… ».
Après deux minutes, l’altitude m’a rappelé à l’odre.
Ah oui, j’étais à 2000m !
Je suis arrivé à 15h57. Ouf !
Le monsieur est alors revenu avec un papier à remplir avec :  votre vrai nom, votre vision à l’œil gauche, la date de naissance de Molière, mon meilleur scrore au Scrabble , le nombre approximatif de chats tués dans les dernières 24h, et si j’étais atteint de vomissements intempestifs. J’ai menti sans honte sur mon score au Scrabble !
Puis, j’ai donné deux photos, le paiement, mon passeport.
Il m’a dit de revenir dans une petite heure.
Chose que j’ai faite.
A 17h, j’étais en possession de mon visa Iranien valable pour 30 jours. Je peux ainsi entrer dans le pays les deux mois et y passer 30 jours. Cool !
Voilà donc une autre porte qui s’ouvre et le voyage qui prendre une autre dimension. En sortant, je suis tombé sur deux jeunes autrichiens dépités de s’être  vus refoulés car ils étaient arrivés trop tard. Ils étaient coincés à Erzurum pour au moins trois jours. Pour ma part, j’étais content d’être venu aujourd’hui et non pas le lendemain comme cela m’avait été recommandé. J’allais pouvoir envisagé la suite de mon voyage plus sereinement.

Voilà en gros la situation à 18h55. La personne devant m’accueillir ce soir ne m’a pas donné de signe de vie. Il semblerait donc que je doive filer en camping sauvage ce soir.
Si je n’ai pas de nouvelles après la publication de ce billet, je file, et je quitte la ville demain.  Je vais donc vous laisser…

Petit ajout du matin du 19 mai avant de bouger:

C’est à 19h10, la nuit tombant et la fraicheur aussi, que j’ai dû prendre mes affaires, les charger sur le vélo et filer dans la montagne (et faire trois kilomètres en côtes à plus de 2000m – je vous laisse imaginer le petit exercice physique). Au final, mon lieu de bivouac avait une vue absolument grandiose sur toute la ville. Absolument superbe ! Mes prochains jours en Turquie vont me conduire vers le lac de Van. Pour ceux qui aiment me suivre, ça devrait être : Horasan – Agri – Patnos – Ercis – Tatvan – Van, puis l’Iran. Au gré de mes connexions…à bientôt. Je pars !

Je balance quelques photos.
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JSMF – ERZURUM 2

Deux articles dans la même journée, pour quelqu’un d’épuisé, ça écrit ! (En fait, c’est pour resté éveillé)

Depuis mon départ, j’ai changé !

J’ai une barbe – comme 79% de la population mondiale (source : Vittel 2014). C’est la première fois de ma vie que je me laisse pousser mes « cheveux de visage » à défaut de ceux de ma tête ». Je ne peux pas dire que cela me convienne ou bien que je trouve cela joli. Ça me vieillit en fait – Tout comme dire que j’écoutais « Dire Straits » quand j’étais jeune. En revanche, c’est très pratique. Pas de rasage et puis il y a toujours de la nourriture de coincé dedans pour les petits creux, nombreux à vélo. A plusieurs reprises, je me suis dit que je la raserai, et puis en fait, non.  J’ai désormais décidé de la raser dès que je reverrais mon fiston.

Bref, quand je disais que j’ai changé, c’est vrai. Je suis devenu moins « timide. » Je vais vers les gens. J’en ai très souvent besoin, et je dirais que je suis même quelques fois « gonflé ». « Vous la finissez votre tartiflette ? Il va la manger sa purée votre enfant ? Vous êtes célibataire madame ? C’était votre chat? »

Si au début le rejet me « blessait », maintenant, je m’en congne comme du résultat du match de foot : Châteauroux – Meaux.

Un non quelque part me pousse à aller chercher le oui autre part – c’est beau, et c’est de moi en plus !

Tenez, ce matin, j’étais en train de comater – ou plutôt de lutter sérieusement contre un embarassant assoupissement dans ma nourriture. Je crois que j’aurais pu m’écrouler le nez dedans. Assis, ou attiré irrémédiablement vers la profondeur du siège, je buvais mon thé et je regardais  la pluie venir frapper la large vitrine de ces milliards de gouttes (si je ne suis pas pouet moi, je me cloue un œil). Je déprimais un poil…de barbe, quand deux jeunes VVTistes sont venus se mettre à l’abri pour manger. Dans le passé, je les aurais ignorés, cependant cette fois-ci, j’ai vu les potentiels éléments d’une aide. Je suis, sans me poser une question une minute, allé les aborder et trente minutes plus tard et quelques appels téléphonique, j’étais dans la cuisine d’un magasin de sport à me faire à manger et à me taper une micro-sieste. Quand j’ai émergé la température était remontée ainsi que mon moral. Certes, je n’étais pas certain de mon lieu de couchage, mais j’étais optimiste !

Maintenant, pour le reste je ne sais pas si j’ai réellement changé. J’essaye dans la mesure du possible de me concentrer sur le : maintenant, tout de suite, car penser au futur me tire souvent vers le bas. Vivre l’instant présent comme ils disent les gens sages, et la chanteuse récemment décédée : Arielle Dombasle.

Ayant quand même une fâcheuse tendance à ne jamais arrêter de bouger (oui je sais c’est mal), je suis allé trainer en ville à pied à la vitesse d’un bus Turc sur une route de campagne. Certes, j’étais fatigué, mais l’altitude a semblé aussi me ralentir. Je me suis senti lent, lourd, et collé à la terre. Un petit vieux !

Hey ho, 1900m, ça fait haut quand même ! Certes, mon taux de globules va augmenter, mais je ne sais pas si ça va servir à grand-chose ! Rio c’est dans un an, non ?

C’est finalement sous un déluge digne de la Guerre des Etoiles que l’on venu me chercher en voiture. J’avais un lit, une douche pour le soir, et même un repas. Un jeune étudiant est venu me récupérer, et m’offrir un McDo. Et bien croyez-le ou pas, ça m’a fait super plaisir. Me goinfrer de frites m’a fait un bien fou au même titre que  d’avaler deux insispides hamburgers. Ils sont quatre dans cet appartement, et j’ignore quand les autres vont rentrer. J’espère réellement pouvoir arriver à me reposer. Sinon, je tue un chat !

Allez quelques photos pour les lecteurs sourds.
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JSMF – KAYSERI – ERZURUM

C’est la Saint Pascal aujourd’hui, donc pour célébrer comme il se doit ce jour comme les autres, je m’offre un thé et un truc feuilleté au fromage et à la pomme de terre. Il est 8h30 du matin. Je suis dézingué…Pourquoi ? Laissez-moi vous conter cela…Tartine du dimanche !

J’aurais dû m’en douter ! La café bu vers 22h30, enfin, le café, l’espèce de boisson goudronnée consommée tardivement, a eu plusieurs effets.

Premièrement montrer à mon hôte que j’étais bien élevé et que je finissais toujours ce que j’avais commencé, et deuxièrement que ma nuit serait bien courte. Couché à plus de minuit, j’ai ouvert les yeux, il était à peine 6h. La matelas sur lequel je venais de tenter de me reposer avait des ressorts si présents que j’ai eu le sentiment de dormir sur des…ressorts. En 48h, j’ai du dormir l’équivalent du nombre de doigts d’un apprenti boucher atteint de Parkinson.

Ah ça j’en profite de ce voyage. Je ne dors quasiment pas !
C’est mal.

N’ayant pas à prendre mon bus avant 21h45, j’ai eu du temps aujourd’hui.
Et qu’est-ce qu’on fait quand on a du temps à tuer en voyage à vélo ? On range, on organise, on planifie, on envoie des emails pour des hébergements, on écrit,  et on répare son matelas. J’ai  finalement trouvé la cause du dégonflement abusif de ma nuit en Cappadoce: un tout petit trou ridicule. Tellement ridicule qu’il m’a fallu gonfler le matelas à bloc et le passer sous la douche pour entendre le « Pschiiiiiiit » (bruit-type d’un trou, « prout » étant aussi un autre bruit, d’un autre trou. )
Malin le voyageur hein ! La rustine semble tenir.

Je suis parti en centre-ville vers 15h12, ou vers 15h13, ou vers 15h14, laissant mon hôte et ses cigarettes – il a dû fumer en 24h l’équivalent du poids du pont du Gard – je crois savoir d’où venait la boisson goudronnée consommée la veille.

Déjà, il faisait bon dehors – c’était plaisant. Rapidement en centre-ville, je me suis retrouvé pris en charge par deux ados. Moi j’aime bien les gentils ados. Ils m’ont trouvé un coin où j’ai pu manger, ils ont été mes guides, sauf qu’à un moment, le guide s’est transformé en GAI – Gentil Accompagnateur Intéressé. Je me suis retrouvé à me faire offrir des tapis, des tapis et encore des tapis, des tableaux originaux de la Joconde, des pigeons en plâtre tout jaune, des organes humains frais et séchés au sel, des femmes naines libidineuses, et un autocollant « I love Châteauroux » de 4 x 12m. Oui, oui, j’ai craqué et je suis reparti avec l’autocollant.

Ensuite, n’ayant que du temps à tuer, je me suis posé pendant presque trois heures à regarder, observer les gens vaquer à leurs occupations – c’est beau comme mot « vaquer » non ? Il n’y a que pendant ce genre de voyage que l’on fait ça. Pourriez-vous vous imaginez une seule seconde vous asseoir dans une rue et simplement regarder les gens. Impossible non ? Pourtant c’est ce que j’ai fait pendant trois plombes, et je n’ai même pas vu le temps passer.
Enfin, si d’un côté j’observais, je me sentais tout autant observé avec mon vélo et mon look de…mon look de…
J’ai quoi comme look au fait ? Rigolo !

Pendant mon « observation » j’ai eu l’occasion de d’avoir la validation sur la façon dont les gens se disent bonjour et au revoir entre hommes. Petite poignée délicate et petit coup de boule à droite et à gauche.
Pour l’avoir pratiqué quelques fois, je dois reconnaitre que la première fois, je n’ai pas trop su quoi faire. Quelle buse !
L’ignorance culturelle est mal.
Moi, au début j’ai cru à une bise donc j’ai tendu ma joue, mais là, le type me cogne la tête, je recule l’air choqué et il remet ça de l’autre côté. Du coup, j’ai vomi. Maintenant je sais.

Bon, lors de mon achat du billet de bus, le type m’avait bien précisé d’être présent à la gare routière au moins 1h à l’avance pour pouvoir mettre mon vélo en soute dans de petits sachets de 600 gr. Par sécurité, j’y suis arrivé deux heures avant, ne connaissant pas trop le système et surtout me méfiant comme neige au soleil de la perception horaire de la compagnie de bus.
Je l’ai vite découvert.
Je n’avais pas mis plus d’un demi-pied dans celle-ci que les commerciaux me sont tombés dessus avec leurs sourires Colgate sentant le touriste en mal de voyage. J’avais déjà mon billet, leurs ballets furent de courte durée.
En revanche, de mon côté, j’ai eu l’occasion d’observer à nouveau ce qui se passait autour de moi. En fait, presque toutes les heures, les bus partaient en volées de 20 dans des directions différentes…ou pas ! Impressionant ! J’ai quand même eu un peu peur quand j’ai vu débarquer à deux reprises des groupes de supporters de foot très joyeux et démonstratifs. Je me suis même fait un petit film en m’imaginant coincé pendant 10h avec des supporters de foot excités : L’ENFER !
Mais en fait, non…ils ont juste suivi un autre bus et chanté des chansons devant ce dernier avant qu’il ne parte.
Et puis, la gare s’est vidée petit à petit, et les minutes sont passées encore une fois très rapidement. Je suis resté le cul sur des bancs environ 6h aujourd’hui et je n’ai pas vu le temps passer.
C’est ça vieillir ? Rester poser à un endroit et ne pas voir le temps passer ?

Mon bus devait partir à 21h45, il est arrivé à 22h15. Je commençais à être sérieusement nerveux et à me dire que je n’avais pas compris quelque chose, que j’étais au mauvais terminal, qu’une épidémie s’était déclarée quelque part, et que la ville était en quarantaine. Cependant, ce dernier est arrivé et il m’a fallu quelques minutes pour charger mon vélo. Je vous assure, quand je suis arrivé au niveau de la soute, j’ai eu au moins dix personnes autour de moi à regarder comment j’ai ôté les sacoches, comment j’ai dévissé la roue, et comment j’ai ôté les freins. Malheureusement dans ma précipitation, j’ai arraché le fil de la dynamo ce qui veut dire que j’ai plus de lumières. J’ai fini sous les applaudissements.
Du coup, j’ai vomi.
Une fois installé dans mon siège, j’ai découvert les bus turcs. Et bien, c’est très bien. Ecrans pour chaque siège (avec programmes variés), service de collation, Wifi (qui me fonctionne pas, mais wifi quand même), massages, et petite piscine – toute petite la piscine. Un poil flapi, je n’ai fait qu’une chose écrire pendant la première heure. Un bus reste un bus avec un espace limité. Heureusement, mon voisin est descendu au bout de deux heures, me laissant deux sièges. Cool, j’ai pu m’étaler.

Non en fait pas cool. J’ai passé 9h dans ce bus, à tourner, à me tordre, à chercher une position confortable qui ne me coupe pas le sang dans mes membres, et à tenter de dormir quelques minutes. Au premier arrêt, ayant hésité quelques instants pour aller faire un petit petit petit petit pipi, j’ai vu en horreur partir mon bus du parking…sans moi. Je vous dit pas le sprint que j’ai poussé et la montée d’adrenaline qui a suivie. Faisant des grands moulinets avec mes bras devant le pare-brise du conducteur, ce dernier a vite compris que je devais être un passager. Bah, c’était moi, le touriste à vélo !
Ce coup de flip !
Cela aurait été un réel cauchemar d’avoir été abandonné comme un pauvre Ned (sans veste, papiers, argent ) sur un parking désert deTurquie à minuit. Autant vous dire que je suis resté très près du bus à chaque pause. Ce fut donc un long voyage, entrecoupé de pauses plus ou moins longues. J’aurais pu éventuellement me reposer, mais en traversant une région montagneuse (sous la pluie) la route était tellement défoncée qu’il me fut impossible d’arriver à dormir tellement ma tête tapait contre la vitre : l’horreur ! Quand la route est redevenue « normale » on va dire, nous étions presque arrivé.
J’ai « zombitisé » la dernière heure : il faisait jour !

C’est à 7h du matin que j’ai posé le pied hors du bus sans avoir dormi une seconde. 10h de sommeil en trois jours, je commence à sérieusement tirer sur la bécane – il ne va pas falloir que ça dure, sinon, je vais exploser !
Bref, j’ai eu le droit au même cirque en sortant le vélo de la soute et en le remontant : une dizaine de personnes papotait, m’observant, s’étonnant même de mon vélo, mes bagages, et du fait que ça tienne si bien ensemble.

Les premiers kilomètres furent très pénibles…Je n’avançais pas et pourtant j’avais le vent dans le dos. J’ai vite découvert pourquoi en passant le panneau de la ville : altitude 1900m. Arf !

Bref, à l’heure où j’écris ces mots, je suis donc épuisé. Je n’ai pas d’hébergement avant le lendemain et je me suis posé dans un café pour bénéficier de la wifi et boire du thé. Je n’ai vraiment plus une once d’énergie. Il va pourtant falloir que je me secoue, car la journée s’annonce longue.

Voilà, c’était la Saint Pascal, live from Erzurum.  Je n’ai vraiment pas de courage pour me relire, vous excuserez l’incohérence de mes propos, mais je tenais à vous faire partager ma petite aventure.

Je jette quelques photos.
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