JSMF – TARABYA – AYAZ – ESKISEHIR

Je vous avais laissé le 1er mai, et depuis, j’ai roulé.
Un long résumé, vous intéresserait-il ?
Sinon, filez directement aux photos.

El dos de Mayo (pour ceux qui ne parlent pas espagnol : le dos de la mayonnaise).

Parti de bonne heure, j’ai filé dans la fraicheur du matin dans des rues d’Istanbul quasi-désertes – j’adore ça voir une ville se réveiller, presque vide, et encore calme.
J’ai toujours le sentiment que celle-ci m’appartient.
Mon hôte n’était pas revenu la veille, et j’espérais qu’il ne faisait pas partie des 134 personnes arrêtées dans les manifestations, énuclées, et jetées aux goujons carnivores du Bosphore.

Bon, j’avais un bâteau à prendre à 8h50 ou alors à 11h30 d’après mes souvenirs.
Ayant opté pour le 8h50, ce fut un départ très matinal – j’ai juste eu un mal de…chien à clouer le chat, la tête à l’envers à la porte des toilettes.
J’ai roulé tranquillement et je suis arrivé à 8h30 à la gare, pour découvrir qu’en fait ce n’était pas 8h50 que le premier bâteau partait, mais 8h15 : moi et les dates d’anniversaires.
Du coup, je me suis retrouvé à poireauter pendant trois heures (je suis trop fort en maths) dans cette impersonnelle gare maritime de Yenikapi.
Que faire pendant trois heures ?
J’ai commencé par vomir, puis j’ai regardé les personnes aller aux toilettes (ça défilait, je vous le dis moi), puis j’ai bu du thé (j’en ai profité pour piquer les sachets de sucre mis à disposition), puis j’ai écrit un peu, puis j’ai joué avec mes simits, puis j’ai tenté de faire une sieste (le cou dans une improbable position), puis j’ai regardé la dame du nettoyage faire des passages multiples devant mes yeux ébahis (je vous rappelle que j’avais vomi), puis j’ai appris par cœur le numéro de téléphone de la compagnie maritime (juste au cas où j’ai à me plaindre), puis j’ai découvert que j’avais la peau bien sèche (et que je m’offrirai sans aucun doute des soins à mon retour…non je déconne !), puis mon bâteau est arrivé.
Alors que j’allais embarquer, un autre cycliste est apparu.
Un VTTiste turc.
Curieux, celui-ci est venu taper la causette, enfin taper la causette est un bien grand mot, car son anglais était aussi bon que mon Russe – vous savez le Russe que je parle très bien avec les petites électrodes dans les testicules.
On s’est retrouvé à partager la traversée de la mer de Marmara ensemble.
J’étais totalement fan moi de me retrouver sur un gros bâteau, de regarder les dauphins, les îles des Princes, et tout, et tout, et tout. Putain des dauphins !
Tout le monde s’en foutait royalement.
J’ai eu beau leur donner du pain pour les faire venir proche du bâteau, ça n’a rien fait, il semblerait que les dauphins ne mangent pas de pain – ingrates créatures.
Arrivé de l’autre côté à Yalova, en Asie quoi, avec mon nouveau copain, nous sommes partis vers la ville de Orhangazi.
Il faisait chaud, bien chaud même, et ça montait, ça montait un petit peu.
Hey oh, je vous rappelle pour la énième fois que j’ai traversé les Alpes à vélo en 6,5 jours, moi !
Quoi ? Vous vous en fichez ? Oui, en fait vous avez bien raison, mais quand même.
Bon, le titi turc, qui jusque là m’accompagnait, a, dès les premiers pourcentages, glissé doucement pour finalement disparaitre de ma roue.
En langage cyclo : il a sauté.
Bien entendu, j’ai fini par l’attendre pendant super longtemps (comme un con sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute que nous prenions), mais il n’est jamais revenu.
Dommage !
Moi (avec mes 30 kg de bagages) et lui avec son VTT qu’il m’avait fièrement soulevé pour me montrer sa légéreté n’avais fait qu’une bouchée de l’homme Turc.
Plus tard, j’ai vainement espéré que nous nous retrouverions à Orhangazi, mais c’est seul que j’ai mangé mon sandwich. Enfin, seul, le proprio m’a largement gâté, m’offrant coca (j’en rêvais), eau, 5 bouteilles en verre d’eau pétillante (pas pu refuser malgré le poids) et bien entendu du thé.
Pour rejoindre la route de Sölöz, j’ai un peu galéré par contre. En fait, celle-ci était en travaux et il n’y avait plus de sortie de possible. J’ai dû passer sur des chemins, couper, et passer au milieu des tractopelles, camions, et autres ouvriers forts étonnés de me voir passé là, à vélo. Le bordel !
Une fois sur la bonne route, je me suis retrouvé dans les oliviers. Y’en avait de partout, et avec le lac en contrebas, ce fut très beau. J’étais heureux.
Vraiment heureux.
Heureux d’être là, de faire ce que je faisais, et tout.
J’en ai profité, et j’ai vomi !
Je suis arrivé à Sölöz à l’heure du gouter et alors que je venais de terminer ma terrine de sanglier, on est venu m’offrir un thé et rapidement, le village s’est retrouvé autour de moi à tenter de communiquer « Moi Français » « moi venu à vélo » « non pas intello, à vélo » « moi manger chats, oui oui ». Toujours rigolo de papoter – le fameux dialogue de sourd. Je me suis nourri de cette énergie positive. Ça m’a boosté et les quelques kilomètres en côte que je me suis tapé sont passés comme une lettre de l’alphabet.
Un régal, et en plus c’était beau !
Après plus d’un mois sur la route, je commence à « lâcher-prise », je commence à me laisser porter par ce voyage, ça fait du bien. Je profite de chaque minute, chaque instant, chaque échange, même si de temps à autre la solitude me pèse.
La route empruntée jusqu’à Selimiye fut donc joviale et royale. Superbe, superbe !
J’avais décidé d’arrêter de rouler à 19h et quand je suis redescendu de la montagne (en chantant), la vallée n’avait plus le même charme. C’était très plat, très banal (des champs, des vergers, des tracteurs qui balancent leurs pesticides), et je doutais d’un endroit de bivouac sympa.
Crotte alors.
Cependant, arrivé dans le « piti » village d’Ayaz, le bistrot du coin disposant d’un endroit plat, avec des tables, je suis allé immédiatement demander si je pouvais camper une nuit. Le proprio a bien entendu accepté, et une nouvelle fois ce fut thés à gogo, dialogues de sourd, etc.
Pendant la préparation de mon repas (des pâtes), je voyais bien qu’on m’observait, et alors que j’allais manger, une main pleine de jeunes est venue se joindre à moi pour s’enquérir de l’arrivée de ce « visage pâle ».
J’ai donc mangé accompagné (leur anglais était sommaire) et bu…du thé. A leur départ, alors que j’écrivais, c’est un petit vieux sorti de nulle part qui est venu m’offrir un nouveau thé…et de petits gâteaux ! Il n’y a pas à dire, prendre les petites routes (même si c’est plus dur) est un choix que je ne regrette pas une seule seconde. Les gens sont plus ouverts, plus curieux, plus accueillants. En ville, cela disparait. Une bien belle journée. Content d’avoir retrouvé la route.

Aujourd’hui, nous sommes le 3 mai sur Terre, et je suis arrivé dans la ville de 700000 habitants (véridique) d’Eskisehir. Une grosse journée de vélo qui a surpris mon hôte qui pensait, compte tenu de la route que j’avais décidé de prendre, que j’allais arriver le 4 mai. Ben non, je roule comme la mousse moi ! (et puis je me suis reposé à Istanbul).
Bon, je suis parti tôt ce matin, et bien m’en a pris, car à peine venais-je de terminer de plier mon campement que la pluie s’est mise à tomber. Pas la grosse pluie, juste assez pour vous faire pester de tout ranger mouillé. A 7h30, j’étais sur la route, sous la pluie, à chanter à tue-tête (de chats).
Je vous prépare une belle compilation de chansons que je massacre ! Et j’en massacre une par jour ! Presqu, mais en ce moment je chante beaucoup !
Sinon, je me suis bouffé de l’autoroute aujourd’hui. Sur les 128 km, j’ai du en faire environ 90 km. Dès que j’ai pu, j’ai pris une route alternative qui, comme la veille, m’a vu monter, monter, monter.
11 km d’ascension avec des chiens de partout – quelques attaques pas bien méchantes comme d’hab’ (hier une de mes sacoches s’est bien fait mordre). J’ai notamment eu encore un petit coup de d’adrénaline quand, dans la forêt, loin de tout, trois chiens sont sortis de nulle part. J’aurais préféré des lièvres ou des cerfs, car le chien dans la montagne est: soit perdu, soit en mode chasse, avec Pascal comme potentiel gibier. Heureusement, ils m’ont ignoré (je m’étais équipé de bouts de bois au cas où…Mon couple-ongles était rangé en plus). Il y en a un qui m’a suivi pendant presque 10 km (en côte quand même).
Comme je le notais hier, prendre ces petites routes est réellement super.
Je suis heureux, même mouillé, même quand j’ai froid, même affamé (oui, enfin pas trop), et je prends beaucoup de plaisir à rouler. Pas de voitures, de beaux paysages (même si aujourd’hui, il a fait cracra et que c’était dans les nuages). Mais pour rien au monde, je n’aurais troqué cette balade pour 40 km d’autoroute. Frigorifié (ça devait se voir), je me suis fait offrir le thé, non, les thés à Pazaryeri alors que je ne faisais que passer. Encore un grand moment d’échanges. Je regrette que les arbres fruitiers ne soient qu’en fleurs, car je traverse de nombreux vergers.
Une fois la montagne quittée, ce fut plus de 60 km d’autoroute et de paysages agricoles vallonnés, mais pas forcément beaux.
Thank goodness, j’ai eu le vent fort dans le dos et à 16h, j’étais chez mon hôte. J’ai pu me doucher, me restaurer un peu, et comme je suis seul dans l’appartement jusqu’à 19h, j’en profite pour vous écrire – encore un super accueil ici, vraiment tip top !

Pour les prochains jours et ma descente vers Antalya, je vais descendre par Afyonkarahisar (allez-y dites-le), puis Egirdir, et Antalya où j’ai calé un hébergement pour le 7 mai. Les trois prochains jours, je vais sans aucun doute faire des bivouacs, car par de contacts pour me faire acccueillir, mais je suis confiant.
Je mettrais donc en ligne ce que je pourrais, quand je pourrais.
Merci à tous (ça faisait longtemps) pour vos commentaires.

Je ne me relis pas, pas envie, et un peu flapi quand même !

Place aux photos qui sont en vrac – je n’arrive pas à les classer !

Addendum-bibendum:

Mon hôte, Gökhan, étant revenu vers 19h30, nous sommes ressortis pour dîner avec son ami Erye. J’ai pu découvrir cette ville étudiante grouillante de jeunes, le tout dans une atmosphère qui invitait à trainer, se balader…Pour surprise, j’ai eu le droit de me faire inviter dans un restaurant typique dans une ambiance très typique aussi. Royal, vraiment royal. Je pense que je pourrais rester ici quelques jours, seulement la route m’appelle pour de nouvelles aventures !
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12 réflexions sur “ JSMF – TARABYA – AYAZ – ESKISEHIR ”

  1. Au fil de tes récits, on ressent bien que tu profites de plus en plus de ton périple. Et puis… tu sautes de plus en plus haut c’est un signe lol…
    Merci pour tes cartes, c’est super sympa !!! On les a accroché à côté de la photo de notre chat…

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  2. Merci, grand merci pour la carte… On a regardé le tour de Turquie à la télé … Mais on t’a pas vu 🚲🚲🚲🚲 c’est un vrai plaisir de lire ton post journalier! Quel périple quand même!

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  3. lls ont l’air très sympa tes nouveaux potes. Tu n’avais pas eu l’idée de prendre un Flash Ball pour les clébards ? Bon, en tout ça fat plaisir de voir que tu prends beaucoup de plaisir à faire cette « longue ballade ».

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  4. Assèchement… ça manque d’humidité où tu es?! et ce malgré tout ce thé…… c’est bien vrai, tu as bel et bien basculé en Asie.
    Au passage on boit quelle couleur de thé en Turquie? black?
    Fichus préjugés, j’aurais davantage cru qu’ils buvaient du café. A propos de café j’ai cru l’espace d’un centième de seconde que tu avais George Clooney à ta gauche, si si. Et George Clooney + dauphins = grande frustration de ma part ! (because le reste d’une passion mayolienne qui m’a fait expérimenter qu’on peut voler sous l’eau).
    Tiens le piti vieux t’a rattrapé?…
    Les fruits… c’est vrai ça demande un temps de maturation (la patience…..une autre…) …la fleur, c’est déjà ça !
    Ta joie transpire, cool ça va compenser le manque d’humidité!
    Ah les pitites routes… et les grandes aussi !

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