JSMF – KONYA – AKSARAY – DERINKUYU – GUZELOZ – URGUP

Jamais mon corps n’est venu aussi à l’est ! Dingue non ?

Allez, je suis posé dans un café à Urgüp pour me réchauffer un peu et me relaxer aussi.

Je vous raconte ces derniers jours…en commençant par le 12 mai :

Perdus, abandonnés, laissés sur le bord de la route comme de vulgaires objets sans valeurs. Ned et Djena ne sont plus avec moi. Je suis triste. C’est con ! Très con même, mais je m’étais attaché à ces deux petites créatures colorées. Elles étaient de presque toutes mes photos et désormais me voilà orphelin pour la seconde moitié de mon périple puisque j’en suis grosso-modo à la moitié.

Bien entendu, vous vous posez la question de savoir comment  cela est arrivé. Je vous raconte même si mon cœur est lourd. Putain je suis vraiment trop bête moi !

Alors, voilà, la journée avait commencé de bonne heure après mes cinq heures de sommeil habituelles, et j’étais parti tôt, conscient que ma route s’annonçait longue et plate et ennuyeuse. On m’avait prévenu, je m’étais préparé à cela – j’aime bien me préparé à pleins de choses comme me faire clouer les paupières sur une planche à repasser – mais ça c’est moi. Donc, à 8h, j’ai quitté Konya et je me suis lancé en direction d’Aksaray. La pluie menaçait et il n’a pas fallu longtemps avant que le ciel ne me tombe sur la tête. Des trombes d’eau, le vent de face, le froid, les camions qui me passaient avec l’eau suivant leurs étraves, j’aurais pu déprimer, néanmoins, les paysages si plats et si uniformément gris créaient une beauté toute particulière. Je me suis arrêté souvent, j’en ai profité, même sous ces conditions pourries de fin du monde. Dès que la pluie a cessé, avec la musique dans les oreilles, j’ai chanté, hurlé, chanté à nouveau, hurlé encore plus fort (je vous assure que j’hurle comme un malade !), j’étais heureux, heureux, heureux, et très bien dans mes chaussures mouillées et mes pieds froids. Ça faisait du bien d’avancer. A un moment, je me suis posé pour une pause-photo-saut avec les petits personnages, et alors que je venais de terminer un beau saut, la police est arrivée, sans se presser, comme Zorro. Bon, qu’est-ce que je venais de faire encore ? Ils n’étaient pas sur la photo, je n’avais fait que sauter, j’étais habillé, pas de sang sur mes habits, pas d’organes humains dans mes sacoches, et je n’avais pas pris de site sensible (genre un réacteur nucléaire, une usine de traitement de purin, une piscine olympique) puisqu’il n’y avait absolument rien à 2000 km à la ronde. Rien, je n’avais, rien fait,  c’était juste qu’ils s’ennuyaient comme des chats morts, et ils venaient juste faire les curieux. On a tenté d’échanger deux bricoles avant qu’ils ne repartent en s’amusant avec leur micro extérieur. Je les ai croisés quelques kilomètres plus loin et j’ai eu droit à mon lot de sirène et tout. Des rigolos ces deux là !
La route qui devait me conduire à Aksaray faisait 135 km de plat, et comme je l’avais craint, avec le vent de face : cela s’annonçait comme très long. Alors que je quittai pour quelques kilomètres le plat pour monter une petite (et la seule) côte de deux kilomètres, une camionette est passée en trombe et en polluant, puis elle s’est arrêtée, et m’a attendu.
Ça y était : j’allais me faire kidnapper, avoir les mains et les pieds liés, et le sac de jute : pas encore.
Mais non.
Heureusement, car j’allais vomir.
En fait, le type voulait juste me conduire, moyennant finances vers Aksaray. Il a voulu me faire payer 30, 20, puis 10 liras (une misère, mais je ne tenais pas à payer pour me déplacer).
Il a finit par me dire que c’était gratuit. Et hop me voilà embarqué pour au départ 60 kilomètres. Je n’ai pas regretté une seconde de monter dans ce véhicule. La route était non seulement toujours plate, assez belle (vaste paysage au début), mais rapidement, j’ai trouvé cela laid. Il y avait des pilones électrique partout, les champs ont remplacé la steppe, et cela est devenu juste de grands champs pas beaux.
Si le type, pas fou, ne s’était pas fait payé, il m’a fait comprendre que je pouvais au moins l’inviter pour le déjeuner. J’ai bien entendu accepté, car j’avais faim et c’était le minimum. On a donc mangé pour 5 euros pour deux, j’ai sorti Ned et Djena, et le sentant pressé, nous sommes repartis sans que je ne vérifie si je les avais remis dans ma sacoche avant.
Et puis, là, arrivé à Aksaray (ville que je comptais atteindre le lendemain), alors que j’allais faire une photo avec eux, j’ai pris la mesure de mon oubli. Ils sont restés sur la table à Esmekaya. Ils étaient à 100 km de moi. Snif snif !
Arrivé à Aksaray plus rapidement que prévu (beaucoup plus rapidement), j’ai voulu allé faire un tour en ville, mais il avait un meeting politique et tout était fermé par la police – enfin fermé, fermé à la Turc avec des gens qui pouvaient quand même circuler assez librement. Avec mon vélo, je me suis fait jeté quelques fois. Avant de repartir vers le cœur de la Cappadoce, je me suis posé dans un restaurant, je me suis fait une courte pause écriture dans un café pour cracher ma frustration d’avoir laissé mes deux petits personnages. Et puis, là d’un coup alors que j’étais en train de télécharger mes photos, abattu comme un chat : la lumière !
Non, je ne les avais pas laissés au restaurant, mais en prenant une photo en arrivant à Aksaray, je les avais posés sur une sacoche.
Ils avaient dû tomber.
En moins de temps qu’il ne faut à un supporter de foot d’écrire Bob, j’étais reparti sur mon « piti » vélo sans les sacoches (laissées au café) à la recherche éventuelle des petits bonhommes de plastique.
Après plus de 5 km, j’ai finalement retrouvé Ned.
Un Ned un peu cabossé. Il avait perdu un pied, sa jambe était cassée, et son chapeau était écrasé. Je ne vous dit même pas comment j’ai été content de le retrouver sur la route. Je sais c’était con. En revanche, je n’ai jamais retrouvé Djena. J’ai eu beau faire deux passages (les personnes ont dû se demander ce que je fichais), mais rien. J’ai été quand même soulagé de retrouver ce bon vieux Ned qui malgré cette aventure a gardé le sourire. J’ai fait 12 km de plus pour deux bouts de plastique !
L’aventure continue.
Une fois cette crise passée, je suis reparti en direction du cœur de la Cappadoce. J’ai roulé un peu plus de 20 km avant de me poser dans une coin complètement magique. Je sais c’est nul de dire cela, car c’était magique pour moi. Déjà, j’ai dû me taper un refus de la part d’un agriculteur qui a pensé que j’allais planter ma tente dans son champs de céréales. J’ai du faire demi-tour, galéré un peu, avant d’arriver à un coin topissime. J’ai monté mon campement rapidement afin de pouvoir prendre mon apéro puis mon diner devant la montagne « Hasan Dagi » à moitié dans les nuages. La fin de la journée a coincidé avec un coucher de soleil magique, vraiment magique. J’ai, en fait, passé mon diner à regarder les bergers en bas s’occuper des moutons. Il y avait un jeune gamin d’une dizaine d’années assis avec son père. Je me suis demandé de quoi ils parlaient toute la journée, ce qu’ils pensaient, quelle vie ils pouvaient avoir. Avaient-ils conscience de la beauté du site, de la beauté du moment où de ce putain de soleil couchant embrasant les roches, la plaine, et le village. C’était trop joli. Je me suis régalé. Situé à plus de 1000m d’altitude, je me suis réfugié très tôt dans la tente, il faisait froid. Cette journée avait été riche…comme toutes les journées depuis mon départ.

Quelle vue ce matin en me levant !
Oui, je sais que comme ça, écrit, ça donne rien, mais je peux vous assurer que c’était beau, et puis calme, et puis ensoleillé. Ça s’arrête là, car il faisait froid et le vent n’était pas là pour me réchauffer. J’ai mangé dans ma tente le reste de mon petit cochon grillé que la veille je n’avais pas pu terminer. Je ne savais pas trop par où j’allais passer aujourd’hui, et j’y suis vraiment allé relax. En fait, dès que je me suis interpellé (ça arrive quand même souvent), je me suis arrêté et j’ai échangé un petit peu – la barrière de la langue et mes vomissements étant rédhibitoires pour de réels et plus personnels échanges. Enfin, quand je dis que je ne savais pas par où j’allais passer, c’était faux puique je tenais à passer dans le village de Guzelyurt. Malheureusement, je me suis planté de route et j’ai réalisé 20 km tard mon erreur. Ma carte à l’échelle bien trop grande (1 cm représente 10000 km) ne me permettait pas de voir toutes les petites routes que je pouvais éventuellement prendre. Même si j’ai été un déçu, je me suis dit que cela n’était pas une mauvaise chose dans la mesure où la pluie se faisait menaçante pour devenir super menaçante pour finir par tomber alors que je mangeais une bricole dans un restaurant. Oui, car voyez-vous désormais le midi, je préfère manger au restaurant pour 3 euros que de me faire un misérable sandwich ou me taper des courses pendant deux plombes. Ce n’est pas gourmet, mais le pain et l’eau bourrent bien, je vous le dit, surtout avec de la farine et du lait. Je suis reparti le ventre plein pour filer vers le village de Guzeloz. Je savais que cela allait être plat là-haut, mais en fait ce ne fut pas plus plat que ça. La vue, purée, la vue ! Mazette quelle vue ! Quasiment tout seul sur cette route, j’ai roulé la musique dans les oreilles en hurlant ma joie. Bon, j’avais un œil ( le valide) qui regardait la pluie qui arrivait. En arrivant dans les gorges, j’ai découvert que le bivouac allait se faire sur le plateau. Il m’a fallu en sortir. Deux kilomètres à environ 15% : même pas peur !
Une fois là-haut (dans la montagne), j’ai cherché pendant un bon moment un endroit où je pourrais me poser. J’ai finalement trouvé un champ abandonné. Le vent était fort et dès le campement monté, je me suis réfugié à l’intérieur pour le reste de la soirée. C’était drôle de se dire que j’étais à quelques kilomètres (une vingtaine) d’un des endroits les plus visités de Turquie (après le Louvre et la Tour Eiffel) et que j’étais réellement seul – quasiment aucune voiture, pas de chiens, pas de moutons, juste de petits rongeurs très mimis.
J’avais entendu leurs couinements en passant sur le bord de la route durant ma journée –  je n’ai pu en voir que deux fois, et en attraper un pour le manger.

Plus que les rencontres, les paysages sont ce qui rend mes journées magnifiques. Je dois aussi reconnaitre que les traverser la musique sur les oreilles a des effets complètement euphorisants. Je chante en hurlant souvent. C’est ma façon à moi de m’exprimer on va dire pour que je ne peux partager avec personne ce que je vis ou ce que je traverse.

Un petit bout de 14 mai dans la Cappadoce…

Ouais, je savais qu’en altitude, il allait faire plus froid, mais quand je me suis levé ce matin et que ma tente était aussi rigide que ma…que ma tente était donc rigide, j’ai aussitôt compris que dehors il faisait super méga froid de la vie de ma mère.
Ok, il avait gelé.
Ok j’avais compris pourquoi personne ne passait/vivait ici !
Il y a une semaine, je dormais à la belle étoile et voilà que là, je me caillais les miches. Je vais vous passer la difficulté de sortir du duvet, de la tente, et de tout ranger, car en plus de ça, un épais brouillard s’était joint à la fête ! J’avais connu l’hiver, le printemps, l’été, voilà donc l’arrivée de l’automne. Même les oiseaux ne chantaient plus. J’ai ainsi bien caillé sur les premiers kilomètres puis dès que la vue s’est dégagée, j’ai décidé de faire une belle et jolie photo avec Ned, estropié de son état. Et puis je l’ai laissé là…et j’ai filé en descente en hurlant comme j’aime le faire en descente – les agriculteurs du coin ont dû se demander ce qui se passait, ou plutôt ce qui pouvait hurler en descendant de  la montagne (surtout lorsque la descente fait plus de 15%). Oh, je n’ai pas hurlé longtemps, car j’ai vite remplacé mes hurlements de joie, par des hurlements de désarroi.
J’avais laissé le Ned là-haut dans la montagne.
« Putain d’excréments de chèvre diarrhéique ! » c’était pas vrai.
Ben oui, je suis remonté doucement, tout doucement (15% je vous avais dit !). 600m de côtes gratuites à me maudire. Bien sûr, il m’attendait avec son sourire !
Je lui aurais bien mis un bâton dans le c…mais les Playmobils n’ont même pas un cul !
DSC04248 (0)DSC04243DSC04320DSC04283DSC04296DSC04302DSC04323DSC04327DSC04336DSC04304DSC04281DSC04291DSC04339

Je vous balance quelques photos en vrac (12/13/ et début 14 mai) et vous dit sans aucun doute à demain, car je me fais une nouvelle nuit en bivouac dans Cappadocia-land avant de filer à Kayseri où je suis hébergé. Le soleil semble revenu. Même si c’est beau, c’est très touristique: beurk ! Direction Göreme…
Merci à nouveau pour vos commentaires !
DSC04253

 

Publicités

18 réflexions sur “ JSMF – KONYA – AKSARAY – DERINKUYU – GUZELOZ – URGUP ”

  1. Ascension pour nous aussi … P’tites larmes pour tes 2 comparses ! J’ adore ta prose…un vrai plaisir de lire tes folles journées… Bisous

    J'aime

  2. Mon Dieu !!!
    Jamais sans Ned !
    Petit bout de plastique qu’a pas de pied et Cappadoce

    Ils sont plein de sens ces kilomètres en plus pour Ned…
    Plein d’envie, plein de Vie, dans chaque coup de pédale.

    On pense à toi.

    J'aime

  3. Mon coeur s’est serré à la lecture de ton récit,pauvre djena.Tu trouveras une tite compagne locale pour Ned.Enfin, il te faut continuer et profiter de chaque instant.Le spectacle est grandiose et animé.C’est super.Courage pour les prochains épisodes.Bises

    J'aime

  4. Salut Ô Homme de la Montagne !
    Avant tout, bonne pause au bar !
    Bravo pour ta tenace fidélité (une autre…) à Ned et Djenna, fichus oublis. Vous jouez à cache cache? Comme le soleil dans le brouillard? Heureuse pour toi et surprise de constater que tu t’es trouvé un ermitage. En Cappadoce qui plus est. Un peu surfait, non ?!
    T’imagine la puissance de la nature, quand on pense ce qu’elle peut faire à la roche !
    Tes sacoches… givrées? brrrrr
    Ici aussi on fait l’Ascension, à notre sauce. Pas plus, pas moins savoureuse.

    J'aime

  5. Do you know the books of rabbit Felix? He gets lost on a journey with little Sophie (who is very sad about loosing her cuddly rabbit). But then she starts receiving letters from her rabbit, who is traveling the world.
    Just wait for Ned’s and Djena’s emails!

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s