JSMF – CAVUSIN – KAYSERI

C’est beau la Cappadoce.

C’est aussi très touristique. Il y a des tapis, des poteries typiques, des représentations en plâtre des formations géomorphologiques, des colliers, des dessous de plats « peindus à la mimine », des dauphins dans des boules à neige, et des posters de Jeanne Mas. Je n’aime vraiment pas les coins touristiques. Non je ne suis pas devenu un ours, bien qu’après quatre jours sans douche, je dois commencé à sentir autre chose que la framboise. Aujourd’hui, pour cette petite journée de 50 km, ce sont les touristes qui m’ont le plus interpellés – j’ai parlé avec des touristes des 12 continents . Sympa.

Je vous avais laissé à Urgup et une fois l’article publié, je suis parti très tranquillement vers le centre de cet endroit superbement original d’un point de vue géographique – cela me faisait penser au « Badlands National Park » visité dix ans auparavant. Le soleil était revenu et ce fut bien agréable de se balader doucement sur les pistes, nombreuses, du coin.

Hormis cet endroit de la Turquie, qui est comme souvent les lieux gavés de touristes, bien loin de ce que j’ai pu découvrir depuis mon arrivée dans ce pays le 24 avril, j’ai noté de façon très constante que les enfants dès qu’ils me voyaient me lançait (voire hurlait) un « hello ! » très joyeux. Ça ne rate pas, ou presque pas ! Puis ils me jettent un « what’s your name ! ». – ça veut dire : quel est ton nom pour ceux qui ne maitrise pas la langue de Maurice Chevalier. C’est rigolo, car à chaque village traversé, j’ai droit à mon « Helloooooo ! Helloooooo ! What’s your  name ! ». Je me suis amusé à les anticiper, voire à poser moi-même la-dite question. Ils me répondent fièrement leurs visages barrés d’un sourire. J’ai essayé avec les chiens, mais ces bâtards ne font qu’aboyer. Bon, l’autre fois, j’ai voulu aller un peu plus loin, j’ai demandé à un groupe de moutards agglutinés autour de moi comme les supporters de foot autour de la bière, quel était leur âge. Et là, le blanc ! Ils ne me comprenaient pas. Le langage « moi Tarzan – Toi Jeanne » ne m’a pas plus aidé. J’ai insisté en demandant si la métaphysique Kantienne pouvait avoir une relation sur le développement cognitive des poireaux. Bah, croyez-moi ou pas, y’a un petit malin, qui m’a répondu : OUI ! Dingue non ?

Toujours chercher un coin tranquille. Un coin loin de tout, de tous. Je l’avais trouvé la veille au soir au beau milieu de formes coniques magnifiques. Je m’étais posé de bonne heure, j’avais écrit, et j’avais découvert que mon matelas super top (et super cher aussi) était…crevé ! Cela, peut prêter à rire, voire à se moquer ouvertement de ma situation ridicule (vous n’avez pas tort), néanmoins, le vivre fut beaucoup moins drôle. J’ai ainsi passé ma courte nuit à le reglonfler pour ne pas dormir sur les cailloux. Oh, ce n’était pas vraisemblablement la grosse crevaison, mais il a fallu, en gros, que je souffle dedans chaque heure ou presque. Je vous laisse imaginer ma nuit. MAIS, oui, car il y a un MAIS, ce ne fut rien en comparaison de mon réveil ! Je crois que ce fut le top. J’en ai ri, ri, ri, tellement c’était absurdement drôle ! J’aurais voulu le faire que je n’y serais pas arrivé.

Je vous raconte ? Bah bien entendu je vais vous raconter…

J’avais donc trouvé LE coin la veille au soir. Magnifique. Calme. A l’écart. Sauf que le matin arrivé, enfin la nuit se terminant, j’ai entendu des voitures, des camionnettes, et du monde…Beaucoup de monde semblaient s’affairer dehors. Encore un kidnapping en préparation ? J’ai d’abord ignoré cela pensant qu’il s’agissait d’agriculteurs et qu’ils allaient partir dans leurs champs en silence. Sauf, qu’à 4h45 du matin, j’ai trouvé qu’ils étaient bien bruyants et bien nombreux ces fermiers, et là, en jetant un œil endormi sur ma zone de camping (je vous rappelle que mon matelas était crevé et que je devais souffler de façon régulière dans mon lit – ça ne veut rien dire cette phrase, mais tant pis), j’ai découvert la cause de ce bordel matinal. Ils préparaient une montgolfière, non pas une, mais deux, mais trois, mais cents ! Y’en avait de partout. Je me suis filmé explosant de rire ! J’étais au milieu d’une zone de décollage : énorme ! Purement énorme ! Alors pour ceux qui se demandent pourquoi je n’ai pas pu simplement rester dans ma tente et continer ma nuit, et bien sachez que le bruit, oui le bruit est aussi fort que si vous aviez combiné à 20m de votre chambre : une tondeuse, un groupe électrogène, un avion de chasse prêt à mettre les gaz, et les enceintes du concert de feu Michel Sardou. Je suis donc sorti, et j’ai regardé ce ballet de ballons dans le ciel. A 5h30 tout ce petit monde était dans le ciel, et moi, réveillé, épuisé, au sol, les yeux en l’air. Les techniciens ont tout de même fait part d’un certain magnanisme en m’offrant un thé, du lait, et des petits gâteaux. Avec le réveil matinal, j’ai attendu que le soleil se lève enfin, qu’il éclaire ma zone de camping, pour que je puisse me poser au soleil à écrire. J’avais Pavarotti dans les oreilles et ce fut MA-GI-QUE. Epuisé, mais heureux ! Il faisait beau, que demander de plus ? Des chats morts peut-être, des filles vierges sans doute, mais cela attendrait. Il était 7h, j’étais au calme et seul au monde…presque !

Que j’ai mis du temps pour décoller (décoller/montgolfière, vous avez compris) de ce coin après m’être oint de soleil pour me réchauffer un peu. Il était 9h, un record depuis mon départ le 22 mars, puis arrivé au village, j’ai encore trainé, interpellé par un groupe de français, puis par une sympathique famille de l’est de la France. Il faisait super beau et j’ai filé faire quelques courses à Avanos avant de quitter la Cappadoce. La route vers Kayseri fut très minérale. Pas un arbre, juste de la caillasse et des champs avec en point de mire, le mont Erciyes, une montagne à presque 4000m. Superbe ! J’ai beaucoup chanté et pas mal hurlé mon bonheur à nouveau – ça devient maladif !

Arrivé de bonne heure dans cette ville de plus d’un million d’habitants, j’ai aussitôt filé à la gare pour m’acheter le billet de train pour Erzurum.

Personne dans la gare, une jolie guichetière, des échanges cordiaux, des réponses très plaisantes à mes questions : le rêve.

« Je voyage avec un vélo, ça ne pose pas de problèmes ? »

« Non, pas de problèmes .»

« Cool, et j’ai quoi comme option pour le couchage ? »

« Sièges normaux, couchette à quatre, couchette privée, conducteur de la locomotive, et sur le toit façon film d’espionnage et lutte contre le méchant. »

Le prix annoncé pour 12h de train pour une couchette privée ne m’a pas fait hésiter une seule seconde.

« Une couchette privée mademoiselle la gentille et jolie guichetière., s’il vous plait que même ! »

Ma douceur s’est arrêtée là, puisque environ 22 secondes plus tard, après un rapide coup de fil pour s’assurer que je pouvais bien embarquer mon vélo, la madame m’a finalement dit que ce n’était pas possible.

« Attendez ? ce n’est vraiment mais alors vraiment pas possible ? »

« Non ! Impossible ! »

« Même si je le découpe en morceaux et je le mets dans ma poche ? J’ai de l’argent, beaucoup d’argent. Je mange les chats aussi vous savez, et je joue de la clarinette avec mon…»

« Non ! Non ! Impossible. Si chef train attrapez vous interdiction arracher testicules avec pince gros con de français petite feuille de châtaigniers grillées à la farce de dindon (là c’est Google translate qui m’a traduit ça !) ». Je n’ai pas insisté.

Je me suis retrouvé abattu dans cette gare ferroviaire aussi gaie qu’un poème d’un supporter de foot après une défaite à domicile.

J’ai vomi.

Je me suis senti vraiment mal. J’ai revu ma vie filer devant mes yeux : ma première communion que je n’ai pas faite, mes études de vétérinaire, que je n’ai pas faite, ma rencontre avec Elvis Presley au Stade de France : tout ça quoi !.

Je devais, oui, je devais être à Erzurum pour mon visa, sinon, mon voyage s’arrêtait là ! J’ai quitté la gare tout doucement. Mes sacoches pesaient deux tonnes, mes jambes étaient en plomb, le soleil était brutal, le trafic agressif,  tout ça pour filer retrouver mon hôte. Il habitait Kayseri, enfin la banlieue. Ce qui veut dire que je me suis tapé douze bornes pour arriver chez lui. La veille, je lui avais demandé son adresse, et il m’avait donné un truc simple et concis.

Parfait.

En plus, pour me faciliter la tâche, j’ai été accompagné par deux personnes, dont une très fière de rouler en B’twin. Cependant, une fois arrivé au lieu-dit, ce fut, comment dire…Un peu comme se retrouver au milieu d’un champ de blé et de dire de prendre cet épi là, non pas celui-là, mais celui-là ! Des tours à gogo, toutes identiques, enfin presque…La galère totale !

Heureusement, qu’il est venu me chercher le jeune homme et aussitôt arrivé, je me suis douché. Quatre jours dans ma crasse, je n’en pouvais plus ! On a diné et j’ai enfin pu respirer un peu…enfin essayé, car je prends ma dose de nicotine tellement ils fument ! Ils sont supers gentils les Turcs, mais ça fume vraiment de trop à mon goût.

Je vais rester jusqu’à ce soir ici, puisque je vais normalement prendre un bus de nuit…Il est plus de minuit, je suis debout depuis 4h45, j’ai roulé 88 km, et je sens que la fatigue est en train, NON PAS EN TRAIN ELLE A DIT LA DAME, de me rattraper. Bon pour m’aider, malgré mon stade de fatigue avancé, à tenir : grosse dose de café Turc (pas pu refuser ce breuvage épais) et obligation d’attendre la fin du cycle de la machine à laver (2h). Je publie ce long texte, sans me relire une seule fois et je jette quelques photos. Live from Kayseri, un Pascal flapi !
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24 réflexions sur “ JSMF – CAVUSIN – KAYSERI ”

  1. Urgup est ce cet endroit que nous appelons les cheminées de feu, magnifique cette région.J’adore la photo,alors merci encore pour cette diversité.Te voila en plein milieu de la Turquie.Bises et bon vent

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  2. Ils auraient pu regonfler votre matelas avec leurs turbines à montgolfière !
    La bonne nouvelle de ce long billet, c’est que « feu » Michel Sardou !
    Et rien que ça, ça gonfle le moral !!!!!! Dommage, ce n’est pas un poisson d’avril…. ou alors la nouvelle va plus vite en Turquie…

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  3. Salut Pascal l’autre jour je parlai de toi avec Didier Bobeau et Roger et bien figure toi que Semoy footing lis aussi tes aventures. Roger m’a dit qu’il était fan de tes billets plein d’humour….j’ai répondu oui bof (tu t’en doutes)! Continue a nous faire voyager! Grosses bises

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  4. Je n’avais pas aperçu Ned… y a des chances qu’il tourne en rond désormais, avec un seul pied : tu vas pouvoir l’inscrire à la Grande Boucle !

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  5. Merci pour le partage de ton réveil haut en couleurs !
    Projeté sur fond minéral, cela a dû être sublime !
    Je peux aisément comprendre l’attraction touristique internationale !
    Gare… Que de rebondissements, heureusement que tu es armé !
    On demeure suspendu aux rayons de tes roues… dans l’attente de commentaires sur la conduite turque…
    PS : Popeye… « Marin brut et susceptible mais généreux et loyal, doué d’une force extraordinaire ». Tu t’en sors pas mal, non?

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      1. oui, oui…
        c’est pas un vélo comme les autres, non plus, il est drôlement connecté, ou alors je suis en train de parler toute seule et faut que je me repose !

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      2. Il est 8h44 ici, et je suis debout depuis 6h ! Oui je suis connecté et comme mon hôte dort, ben je planifie le reste de mon voyage…avec une excellente connexion Internet qui me donne en live les commentaires !

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      3. Tu veux dire qu’on peut vivre une sensation de solitude sans être réellement seul ? Et vice versa ? la Vérité suspendue à une réalité subjective/vécue ? oui, cela semble tenir debout et expliquerait les difficultés du vivre ensemble. Des îles juxtaposées ET qui tendent à converger vers des sites touristiques !
        Intéressante méditation, pfffff ici il est plus tôt !
        Je continue de creuser…merci pour l’échange « live » !

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  6. Salut Pascal,
    Merci pour le beau voyage que tu nous fais faire. La photo sur laquelle tu prends ton petit dèj. sur fond de ballons en plein décollage est d’un surréalisme saisissant ! Extraordinaire ! Bon courage pour la suite.
    DB

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    1. Salut Daniel, content de te lire…très content même ! J’espère que tu vas bien ! Ce fut effectivement un grand moment ces ballons me passant à quelques mètres dans un bruit assourdissant. Merci pour ton commentaire !

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