JSMF – KAYSERI – ERZURUM

C’est la Saint Pascal aujourd’hui, donc pour célébrer comme il se doit ce jour comme les autres, je m’offre un thé et un truc feuilleté au fromage et à la pomme de terre. Il est 8h30 du matin. Je suis dézingué…Pourquoi ? Laissez-moi vous conter cela…Tartine du dimanche !

J’aurais dû m’en douter ! La café bu vers 22h30, enfin, le café, l’espèce de boisson goudronnée consommée tardivement, a eu plusieurs effets.

Premièrement montrer à mon hôte que j’étais bien élevé et que je finissais toujours ce que j’avais commencé, et deuxièrement que ma nuit serait bien courte. Couché à plus de minuit, j’ai ouvert les yeux, il était à peine 6h. La matelas sur lequel je venais de tenter de me reposer avait des ressorts si présents que j’ai eu le sentiment de dormir sur des…ressorts. En 48h, j’ai du dormir l’équivalent du nombre de doigts d’un apprenti boucher atteint de Parkinson.

Ah ça j’en profite de ce voyage. Je ne dors quasiment pas !
C’est mal.

N’ayant pas à prendre mon bus avant 21h45, j’ai eu du temps aujourd’hui.
Et qu’est-ce qu’on fait quand on a du temps à tuer en voyage à vélo ? On range, on organise, on planifie, on envoie des emails pour des hébergements, on écrit,  et on répare son matelas. J’ai  finalement trouvé la cause du dégonflement abusif de ma nuit en Cappadoce: un tout petit trou ridicule. Tellement ridicule qu’il m’a fallu gonfler le matelas à bloc et le passer sous la douche pour entendre le « Pschiiiiiiit » (bruit-type d’un trou, « prout » étant aussi un autre bruit, d’un autre trou. )
Malin le voyageur hein ! La rustine semble tenir.

Je suis parti en centre-ville vers 15h12, ou vers 15h13, ou vers 15h14, laissant mon hôte et ses cigarettes – il a dû fumer en 24h l’équivalent du poids du pont du Gard – je crois savoir d’où venait la boisson goudronnée consommée la veille.

Déjà, il faisait bon dehors – c’était plaisant. Rapidement en centre-ville, je me suis retrouvé pris en charge par deux ados. Moi j’aime bien les gentils ados. Ils m’ont trouvé un coin où j’ai pu manger, ils ont été mes guides, sauf qu’à un moment, le guide s’est transformé en GAI – Gentil Accompagnateur Intéressé. Je me suis retrouvé à me faire offrir des tapis, des tapis et encore des tapis, des tableaux originaux de la Joconde, des pigeons en plâtre tout jaune, des organes humains frais et séchés au sel, des femmes naines libidineuses, et un autocollant « I love Châteauroux » de 4 x 12m. Oui, oui, j’ai craqué et je suis reparti avec l’autocollant.

Ensuite, n’ayant que du temps à tuer, je me suis posé pendant presque trois heures à regarder, observer les gens vaquer à leurs occupations – c’est beau comme mot « vaquer » non ? Il n’y a que pendant ce genre de voyage que l’on fait ça. Pourriez-vous vous imaginez une seule seconde vous asseoir dans une rue et simplement regarder les gens. Impossible non ? Pourtant c’est ce que j’ai fait pendant trois plombes, et je n’ai même pas vu le temps passer.
Enfin, si d’un côté j’observais, je me sentais tout autant observé avec mon vélo et mon look de…mon look de…
J’ai quoi comme look au fait ? Rigolo !

Pendant mon « observation » j’ai eu l’occasion de d’avoir la validation sur la façon dont les gens se disent bonjour et au revoir entre hommes. Petite poignée délicate et petit coup de boule à droite et à gauche.
Pour l’avoir pratiqué quelques fois, je dois reconnaitre que la première fois, je n’ai pas trop su quoi faire. Quelle buse !
L’ignorance culturelle est mal.
Moi, au début j’ai cru à une bise donc j’ai tendu ma joue, mais là, le type me cogne la tête, je recule l’air choqué et il remet ça de l’autre côté. Du coup, j’ai vomi. Maintenant je sais.

Bon, lors de mon achat du billet de bus, le type m’avait bien précisé d’être présent à la gare routière au moins 1h à l’avance pour pouvoir mettre mon vélo en soute dans de petits sachets de 600 gr. Par sécurité, j’y suis arrivé deux heures avant, ne connaissant pas trop le système et surtout me méfiant comme neige au soleil de la perception horaire de la compagnie de bus.
Je l’ai vite découvert.
Je n’avais pas mis plus d’un demi-pied dans celle-ci que les commerciaux me sont tombés dessus avec leurs sourires Colgate sentant le touriste en mal de voyage. J’avais déjà mon billet, leurs ballets furent de courte durée.
En revanche, de mon côté, j’ai eu l’occasion d’observer à nouveau ce qui se passait autour de moi. En fait, presque toutes les heures, les bus partaient en volées de 20 dans des directions différentes…ou pas ! Impressionant ! J’ai quand même eu un peu peur quand j’ai vu débarquer à deux reprises des groupes de supporters de foot très joyeux et démonstratifs. Je me suis même fait un petit film en m’imaginant coincé pendant 10h avec des supporters de foot excités : L’ENFER !
Mais en fait, non…ils ont juste suivi un autre bus et chanté des chansons devant ce dernier avant qu’il ne parte.
Et puis, la gare s’est vidée petit à petit, et les minutes sont passées encore une fois très rapidement. Je suis resté le cul sur des bancs environ 6h aujourd’hui et je n’ai pas vu le temps passer.
C’est ça vieillir ? Rester poser à un endroit et ne pas voir le temps passer ?

Mon bus devait partir à 21h45, il est arrivé à 22h15. Je commençais à être sérieusement nerveux et à me dire que je n’avais pas compris quelque chose, que j’étais au mauvais terminal, qu’une épidémie s’était déclarée quelque part, et que la ville était en quarantaine. Cependant, ce dernier est arrivé et il m’a fallu quelques minutes pour charger mon vélo. Je vous assure, quand je suis arrivé au niveau de la soute, j’ai eu au moins dix personnes autour de moi à regarder comment j’ai ôté les sacoches, comment j’ai dévissé la roue, et comment j’ai ôté les freins. Malheureusement dans ma précipitation, j’ai arraché le fil de la dynamo ce qui veut dire que j’ai plus de lumières. J’ai fini sous les applaudissements.
Du coup, j’ai vomi.
Une fois installé dans mon siège, j’ai découvert les bus turcs. Et bien, c’est très bien. Ecrans pour chaque siège (avec programmes variés), service de collation, Wifi (qui me fonctionne pas, mais wifi quand même), massages, et petite piscine – toute petite la piscine. Un poil flapi, je n’ai fait qu’une chose écrire pendant la première heure. Un bus reste un bus avec un espace limité. Heureusement, mon voisin est descendu au bout de deux heures, me laissant deux sièges. Cool, j’ai pu m’étaler.

Non en fait pas cool. J’ai passé 9h dans ce bus, à tourner, à me tordre, à chercher une position confortable qui ne me coupe pas le sang dans mes membres, et à tenter de dormir quelques minutes. Au premier arrêt, ayant hésité quelques instants pour aller faire un petit petit petit petit pipi, j’ai vu en horreur partir mon bus du parking…sans moi. Je vous dit pas le sprint que j’ai poussé et la montée d’adrenaline qui a suivie. Faisant des grands moulinets avec mes bras devant le pare-brise du conducteur, ce dernier a vite compris que je devais être un passager. Bah, c’était moi, le touriste à vélo !
Ce coup de flip !
Cela aurait été un réel cauchemar d’avoir été abandonné comme un pauvre Ned (sans veste, papiers, argent ) sur un parking désert deTurquie à minuit. Autant vous dire que je suis resté très près du bus à chaque pause. Ce fut donc un long voyage, entrecoupé de pauses plus ou moins longues. J’aurais pu éventuellement me reposer, mais en traversant une région montagneuse (sous la pluie) la route était tellement défoncée qu’il me fut impossible d’arriver à dormir tellement ma tête tapait contre la vitre : l’horreur ! Quand la route est redevenue « normale » on va dire, nous étions presque arrivé.
J’ai « zombitisé » la dernière heure : il faisait jour !

C’est à 7h du matin que j’ai posé le pied hors du bus sans avoir dormi une seconde. 10h de sommeil en trois jours, je commence à sérieusement tirer sur la bécane – il ne va pas falloir que ça dure, sinon, je vais exploser !
Bref, j’ai eu le droit au même cirque en sortant le vélo de la soute et en le remontant : une dizaine de personnes papotait, m’observant, s’étonnant même de mon vélo, mes bagages, et du fait que ça tienne si bien ensemble.

Les premiers kilomètres furent très pénibles…Je n’avançais pas et pourtant j’avais le vent dans le dos. J’ai vite découvert pourquoi en passant le panneau de la ville : altitude 1900m. Arf !

Bref, à l’heure où j’écris ces mots, je suis donc épuisé. Je n’ai pas d’hébergement avant le lendemain et je me suis posé dans un café pour bénéficier de la wifi et boire du thé. Je n’ai vraiment plus une once d’énergie. Il va pourtant falloir que je me secoue, car la journée s’annonce longue.

Voilà, c’était la Saint Pascal, live from Erzurum.  Je n’ai vraiment pas de courage pour me relire, vous excuserez l’incohérence de mes propos, mais je tenais à vous faire partager ma petite aventure.

Je jette quelques photos.
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14 réflexions sur “ JSMF – KAYSERI – ERZURUM ”

  1. Proverbe : A la saint Pascal, va te gaver au Mac Donald
    Le chauffeur du bus est un ancien de la SEMTAO : pas l’habitude que l’on urine entre les arrêts…

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    1. Entre les pauses pipi, les pauses clopes, les pauses essenses, les pauses pour descendre les passagers, les routes défoncées, les accélérations brutales, etc…ça vraiment été un voyage unique !

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  2. Quelle aventure que tu nous conte a chaque fois , c’est un vrai plaisir !!
    Tu fais bien de prendre le temps d’observer , c’est important , pis comme j’dis souvent …Pas de violence , c’est les vacances !!
    Te souhaite une bonne fête Pascal , de continuer a ton rythme « que je trouve rapide » qd même !!
    Plein de bonne chose
    Pascal du Tarn qui a pris le temps de trouver Orléans sur la carte …MDR

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    1. Merci, bonne fête à toi, mais comme j’ai dit à de nombreuses reprises, les raconter est une chose, les vivre en est une autre. Oui, j’ai un rythme rapide…pas le choix. et toi as tu fait ton petit tour?

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      1. Non pas encore !! j’ai des RDV chaque semaine avec Paul sans emploie..je part dimanche prochain si tout va bien

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  3. YES ! que de bonnes nouvelles! (tu ne parles pas de ton visa, faut attendre l’ouverture demain?)
    Allez, En Avant de Guingamp !
    Irrésistible poussée de fou rire en t’imaginant courir après le bus, non mais sans blague, quel touriste !
    Un tapis volant aurait opéré selon moi un meilleur investissement qu’un autocollant, en même temps n’est pas Aladin qui veut (pour poursuivre dans les dessins animés)… hein Popeye ? (qui représente une avancée par rapport à Shrek… comme quoi, tout est relatif!)

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    1. Que des bonnes nouvelles, c’est que je dois sacrément édulcorer les choses, car sincèrement, je commence à tirer sur la ficelle et là je ne rêve que d’une chose: dormir ! Pour mon visa, j’ai rendez-vous le 19 mai au consultat…en espérant l’obtenir. Quant à la course derrière le bus, j’ai ri aussi, mais une fois à l’intérieur 😉

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