JSMF – ERZURUM – AGRI et un peu plus loin

Depuis mon départ, je me suis toujours préparé à affronter les chiens. Il ne se passe pas un jour sur la route sans que je ne subisse une attaque. J’anticipe au maximum, leur crie dessus, éventuellement je m’arrête et je les intimide. J’aboie très bien maintenant ! J’aboie très bien dans différentes races en plus. C’est une routine que j’ai installé depuis mon arrivée dans les pays de l’est. Cependant, aujourd’hui, j’étais sauf préparé à subir une petite agression, puis une attaque, de gamins. Je vous raconte ça…

En fait, depuis trois jours, je me sens patraque. Depuis Kayseri j’ai mal au ventre en permanence. Pas le gros truc, mais assez pour que cela soit usant et pénible. Je vis avec et je gère au mieux refusant de me laisser aller. Néanmoins, ce matin, c’était un mal de crâne et des courbatures qui étaient venues s’ajouter aux autres maux : pas cool. Pour ces raisons, j’avais décidé de bouger tardivement, de prendre mon temps, et de ne pas rouler de trop. La route était plate et en descente, et hormis trois kilomètres un peu compliqués pour quitter Erzurum, j’ai été poussé par un vent fort. Les paysages étaient toujours époustouflants. Super ! Malgré mon état fébrile, je ne tenais pas à me lamenter…et puis auprès de qui ?

Des nombreux corbeaux freux et pies présents sur le bord de la route ? Après 25 km/h de moyenne sans forcer (oui 25 km/h de moyenne !), je suis arrivé super rapidement à Horasan. J’allais chercher le centre-ville quand je me suis fait arrêter par un gamin d’une dizaine d’année. Les gamins sont toujours sympas, ouverts, curieux, joyeux, et me balancent avec plaisir « Hello, what’s your name ? ». Cependant celui-ci ne m’a rien dit de cela et s’est mis à courir à côté de mon vélo, se tenant aux sacoches. Il s’est mis à parler, et comme à chaque fois, j’ai tenté de lui dire que je ne comprenais pas, tout ça en riant et étant très cool. Cela n’a pas semblé lui plaire et il a commencé à tirer sur la sacoche arrière, puis sur le casque, et enfin, il a cherché à sortir ce qu’il y avait dans la sacoche. J’ai accéléré, laissant le scélérat sur sa faim. Cela m’a perturbé un petit peu. Or, je n’ai pas eu le temps de faire 100m, qu’un autre gamin, de l’autre côté de la rue a ramassé une pierre. J’ai immédiatement pensé : « Oh non, il ne va tout de même pas me lancer cette pierre ? ». Bien sûr que si ! Le projectile est passé à quelques mètres de ma roue arrière, il cherchait à me blesser, car ce petit con m’a bien visé. Autant vous dire que je ne me suis pas arrêté à Horasan. En revanche, je me serais bien arrêté pour attraper ce petit merdeux et j’aurais bien voulu écraser son crâne avec un rocher pour en faire du coulis de framboises. Cependant, je réserve ce sort aux chats uniquement J’ai  ainsi traversé la ville profondément pertubé. Blessé moralement. Déçu, et avec la combinaison de maux : crâne/dos/ventre. J’ai du coup ignoré les quelques invitations pour boire un thé qui sont survenues plus tard, et je n’ai pas répondu aux « Hello ». Cet épisode venait de gâcher quelque part, ce merveilleux mois que je venais de passer en Turquie. Bien entendu, je ne pouvais pas en faire une généralité, mais quand même. Ayant traversé la ville à la vitesse des grandes marées de Châteauroux, j’ai vite réalisé que je n’avais pas beaucoup d’eau, ou plutôt que je n’avais pas assez d’eau pour un bivouac. J’ai roulé dans une zone désertique en ne me sentant pas serein du tout – mon mal de crâne ne faisant qu’empirer. Cela est devenu une obsession : de l’eau ! Mon royaume pour de l’eau ! Après 15 km, j’ai aperçu une voiture et immédiatement je suis allé leur demander si je pouvais trouvais de l’eau dans quelques kilomètres. L’unique chose que cette gentille famille m’a dit fut : « 10 km d’ascension de la mort, et tenez, prenez notre bouteille d’eau ! Bonne chance !». J’ai fait deux kilomètres et je me suis posé proche d’une route. Il était tôt par rapport à d’habitude, mais je n’en pouvais plus. J’étais vraiment mal. Je pensais mourir, à cet endroit, loin des miens et de Télé7jours. Je pensais que mes aventures allaient s’arrêter là…J’avais mal à la tête, mal au ventre, je n’avais pas pris de douche depuis trois jours – je voulais du calme. Alors que la nuit était tombée (à 20h), j’étais en train de me brosser les dents (je ne  me douche pas, mais je me brosse les dents au cas où je fasse la rencontre d’une belle et peu sauvage jolie fille Turque) quand une voiture est arrivée, a braqué ses phares dans ma direction, et trois types sont sortis. Oh non ! Oh non ! Oh non ! De façon très agressive le chauffeur m’a baragouiné quelque chose qui a ressemblé à : « Espèce de couille de dauphin métastasée, qu’est-ce que tu fous là ? », j’ai répondu en regardant mes sandales et en tordant nerveusement mes doigts : « Pas Turc, français – Vive le Kurdistan libre et les œufs brouillés aux herbes». Cela a suffit, et ils sont partis aussitôt sans un mot, mais ils m’ont fait monter l’adrénaline ces trois là ! (j’avais rangé mon coupe-ongles en plus). On ne peut pas dire que je me sente bienvenue dans le coin.

Ce matin, à la faveur d’une nuit correcte, je n’avais plus de mal de crâne, plus de courbatures, mais mon ventre, ce fichu ventre me faisait toujours mal. Etais-je enceinte ? Avais-je contracté un truc bizarre ? Sigourney viendrait-elle à mon secours ? Crotte de crotte ! Bref, je me suis réveillé un peu avant 5h (oui vous avez bien lu 5h), il faisait jour. Je suis toujours sur le même fuseau horaire de Sofia alors que je suis bien à l’est. Il fait nuit à 20h et jour vers 4h30. Je dors donc en décalé. A 7h, j’étais sur mon vélo pour me taper 15 kilomètres d’ascension. C’est à 2210m que je suis arrivé un brin essouflé, mais poussé par les coups de klaxons (toujours très très nombreux) de camions…Iraniens (L’Iran n’est plus très loin) . Ensuite, ce ne fut que de la descente. Ma joie était revenue (hier, j’ai vraiment peiné : physiquement et moralement). C’est à midi que je suis arrivé à Agri (ça se prononce « Areu »). Je m’étais bien régalé. J’ai cherché un coin avec de la Wifi et un type me voyant tourner, m’a aussitôt conduit chez quelqu’un de sa famille qui tient un petit magasin. Je vais me poser quelques heures (j’ai déjà fait plus de 80 kilomètres), faire le plein de nourriture et d’eau et aller me trouver un joli coin de bivouac dans la montagne. Je prie pour que mon mal au ventre s’estompe. Pour la prochaine semaine, je vais faire le tour du Lac de Van avant de filer vers l’Iran. Je file vers Patnos…
Je vous balance quelques photos à l’arrache. La connexion Internet est très aléatoire.
Je vous dis à je-ne-sais-pas-trop-quand…
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17 réflexions sur “ JSMF – ERZURUM – AGRI et un peu plus loin ”

  1. Avé Pascal ,
    Hier soir douleur terrible au ventre et j’ai pris du « Spasfon » 2 mn plus tard j’avais plus mal ..Si tu en trouve je te le conseil .
    J’ai parlez a ma femme de ta mésaventure avec ces p’tits con , elle a connu cela aussi il y a bien longtemps en …Turquie !!
    Ne te décourage pas même si le moral en prend un coup , c’est normal .
    D’autre personne sauront te faire oublier cette mésaventure .
    Si tu a besoin d’un vrai coupe ongle , fais signe « lol »
    Bonne continuation et accroche toi
    Un coucou du Tarn

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  2. On aurait bien voulu avoir une photo de ces sales gosses ! Sinon, tu peux peut être utiliser des chiottes « à la Turque » pour soulager ton mal de ventre…

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  3. Maux de ventre…risques/chances (fichue relativité!) encourus d’être cours vêtu… insécurité la nuit…grossesse…
    si je synthétisais je pourrais presque croire que tu vis des trucs de fille?! je viens vers toi avec une bonne nouvelle : t’inquiète, on s’y fait !
    Sérieusement, je m’étonnais que tu ne parles pas d’adaptation intestinale… l’eau… en même temps, tu l’as dit, ton corps n’a jamais été autant à l’est, normal que ton centre de gravité travaille !
    Merci pour les photos. A+

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    1. Mince c’est pourtant vrai que tu es tout proche du Mont Ararat ! Peut-être le vois-tu déjà d’où t’es?
      Au passage, si Môssieur Le Modérateur le permet, j’attire l’attention et voudrais rétablir une vérité scientifique. Il n’est pas rigoureux d’appeler l’Agri Dagi un « mont ». Turcs comme Français opèrent une confusion.
      Il s’agit bel et bien d’un volcan. Mais alors, belle bête ! Sa genèse se différencie de celle d’une montagne.
      Par ailleurs « dagi » en turc et azeri signifie « douleur », étrange, n’est-il pas?

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      1. J’interprète le « aaaah » comme un signe que cela passe bien !
        La nature est bien faite. Lui faire confiance il faut !
        Aaaah la dynamique des fluides… En parlant de fluide, coïncidence, Marc regardait hier à la TV un reportage sur un barrage en Turquie orientale, je me demande s’il ne s’agissait pas de celui de Patnos !

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  4. Salut Pascal, merci pour la carte d’Istambul. En suivant tes aventures, j’apprends la géographie. Apparemment le plus haut sommet de Turquie, le Agri Dagi dont tu te rapproche est l’autre nom du mont Ararat bien connu des chretiens car il est censé abriter les restes de l’arche de Noé!
    Alors si tu vois Noé, passe lui le bonjour!

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  5. En Algérie aussi on s’est fait lancer des pierres par des enfants mais faut dire qu’on avait fait la connerie de rentrer dans l’école de notre enfance et qu’on s’était fait engueuler par le directeur. Du coup, les élèves se sentaient soutenus.

    Bon toi aussi tu les provoques avec ta tenue attentant à la pudeur 😉

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