JSMF – AGRI – ERCIS – ADILCEVAZ

J’ignore quand je pourrais publier ça, donc je raconte un peu au fur et à mesure, ce que je vis. C’est un peu en vrac, mais ce n’est pas grave.

Il y a donc deux mois que je suis parti d’Orléans un matin frais de la fin mars. Deux mois, c’est long et ce n’est rien non plus. J’ai ainsi parcouru plus de 6000 km. Google m’avait vendu 7000 km jusqu’à Dubaï. Je pense qu’il va falloir rajouter au moins 2500 km, puisque désormais j’ai la clé administrative pour traverser l’Iran – je prévois d’intenter un procès à Google pour «abus de coups de pédales ».
Ces deux mois ont réellement testé ma capacité à m’adapter à de nombreuses situations, à faire preuve de résilience dans certaines de ces situations, à chialer comme un beignet aux châtaignes, de tester mon endurance physique et mentale, et à pouvoir manger en souriant des olives à 7h le matin.
Hier soir (lire le 19 mai), par exemple, j’étais tellement mal physiquement que je me demandais si j’allais pouvoir tenir longtemps. Seul, plié en deux à me tenir le ventre, loin de tout, je n’avais qu’une envie : que l’on vienne me chercher de suite pour que je puisse rentrer en France et que je puisse assister au match de foot entre Châteauroux et Meaux.
Pas cool ce 19 mai au soir.

J’ignore combien vous êtes à me lire et à suivre mon cheminement, mais en plus des échanges avec mon fils via Skype, le fait que je sois lu par deux, trois, dix ou vingt personnes, dont quelques unes totalement inconnues, le fait que j’ai des commentaires sur le blog sont des facteurs de motivation extraordinaires – pour moi en tout cas.
D’autres cyclorandonneurs diraient le contraire.
Je roule pour mon fils, pour moi, et aussi pour vous.

Je vous avais laissé à Agri vers les 16h, et je m’étais lancé tranquillement vers la ville de Patnos. Je savais que je ne pouvais pas l’atteindre dans la soirée, mais je tenais juste à me rapprocher un peu de Tutak. Or arrivé à Hamur, j’ai été interpellé pour venir boire un thé.  Bien entendu, je me suis retrouvé très entouré. J’ai immédiatement sorti mes trois tronçonneuses pour un numéro de jonglage suivi par un lancé de chat à la catapulte. Ce fut très apprécié surtout le numéro avec le chat. Sinon, je suis au « Kurdistan », je sais ça n’existe pas, mais croyez-moi, le nationalisme Kurde est très très fort. Les tensions entre les Turcs et les Kurdes sont bien présentes, et lors de mon arrivée dans le pays, certains Turcs m’avaient fortement recommandé de ne pas aller où je me trouve actuellement. C’est dangereux et y’a des terroristes. « Bah, comme nous les français et le peuple de l’Indre » avais-je répondu très sérieusement. Pour l’instant, hormis les clébards et les deux minots de la veille, c’est plutôt calme et les gens sont acceuillants et sympas – y’à qu’à voir le nombre de « hello » et de coups de klaxons que j’entends dans une journée. C’est presque une voiture/camion sur deux. Hier soir, peu avant mon bivouac, j’ai découvert que le V de la victoire (majeur et index pour les débiles) était un signe bien distinctif du soutien Kurde. Moi au début, je faisais ça pour changer du salut « Reine Elisabeth » que je m’étais amusé à distribuer. Maintenant, je secoue la main frénétiquement et j’embraye par le V. Ils adorent…à la condition que cela ne soit pas des Turcs, car eux ne trouvent pas ça drôle !
Le doigt d’honneur reste à proscrire aussi bien pour les Turcs que les Kurdes semble-t-il.

4h30 du matin, c’est à cette heure que j’ai commencé à sortir de ma torpeur nocturne, néanmoins, j’ai attendu une heure pour sortir de ma tente et que le soleil éclaire mon lieu de bivouac. A ce propos, je trouve que cela n’a pas de sens pour ce pays de rester dans un seul fuseau horaire…
Bref, j’ai filé de bonne heure comme j’ai adoré le faire depuis mon départ, poussé par un vent toujours généreux. Les paysages étaient toujours aussi superbes sous ce soleil. Me retrouver sur un plateau après Tutak avec une vue à 360° était une pure joie. J’avais envie de tout prendre en photo, de tout filmer…afin de partager plus tard.
Je suis arrivé à Patnos un peu avant 10h. L’heure pour moi de trouver de quoi grignoter et de chercher éventuellement Internet. La veille, j’avais quitté la route touristique classique menant à l’Iran. J’ai bien senti que j’étais un oiseau rare dans cette ville grouillant de monde. Pas de touristes ici.
J’ai adoré.
Ça n’a pas tardé avant que je ne me fasse interpeller en anglais pas un jeune homme. Aussitôt, je lui ai demandé où je pouvais trouver un petit gâteau sucré et de la wifi. Il m’a gentiment conduit 100m plus loin : parfait ! J’ai pu balancer quelques emails pour des hébergements à Tatvan et Van. J’aimerai notamment passer quelques jours à Van afin de préparer la phase 5 : l’Iran.

Je suis reparti vers Erdis sous la chaleur et en côte. Arf ! Mais, après à peine 10 kilomètres, je me suis fait interpellé (oui encore) par un large groupe assis à l’ombre. Avec les petits fanions accrochés à droite à gauche, j’ai vite compris qu’il s’agissait d’un parti politique kurde en pleine…réunion ? Les salutations d’usage passées, on m’a demandé d’où je venais. Quand j’ai dit : France (avec mon sourire camembert), le plus bavard du groupe s’est lancé dans une vive diatribe vis-à-vis du rôle du gouvernement français face aux Kurdes (enfin c’est ce que j’ai compris). J’ai bien entendu écouté, tenté de comprendre (je vous rappelle que je ne parle Turc uniquement avec les petites électrodes dans les…). Bref, le monsieur s’est finalement calmé. Quand ce fut mon tour de parler, entre deux gorgées de thé, j’ai expliqué que je ne représentais pas mon gouvernement, mais que j’étais simplement ici pour découvrir la Turquie, les Turcs, les Kurdes, les chiens, les paysages, j’étais curieux, ouvert, bla bla bla. Je n’avais pas peur, non ils n’étaient pas des terroristes, et que la couleur de notre sang était la même – un peu démago, mais ils étaient plus de 20 et je n’avais qu’UN seul coupe-ongles. En me battant bien, j’aurais pu en tuer quelques uns et en blesser une poignée avant de tomber à mon tour. J’ai expliqué avec de nombreux gestes, des paroles fortes (mes cours de « public speaking » me sont revenus), et une grande conviction dans ce que j’avançais, que j’étais content d’être ici et de découvrir le…Kurdistan. Je les ai remerciés en Kurde (ce qui les a surpris) tant et si bien qu’en partant et en saluant tout le monde, le virulent monsieur du début était très heureux de m’avoir rencontré. Cependant, ce qui m’a le plus touché fut le comportement du plus âgé d’entre eux. Il n’a pas voulu me serrer la main, mais m’étreindre. Ce fut sincère. Je l’avais touché par mes « mots et mes paroles ». Très touchant. Je suis reparti heureux de m’être arrêté.

En arrivant sur le bord du lac de Van, à Ercis, j’ai rencontré mon hôte – le frère d’un type que j’avais rencontré à Erzurum. Il tenait une station de lavage auto. C’est ici où je suis en train de vous écrire. Je suis installé dans une petite pièce, parfaitement heureux de pouvoir me poser à l’abri, car la météo s’est détériorée. En plus, j’ai même pu me doucher. Et quelle douche ! Déjà, cela a commencé par l’eau chaude. Mon hôte a simplement mis une résistance électrique dans un bidon et branché tout ça dans une prise. En 10 minutes, j’avais un bidon de 10L d’eau chaude et un petit pot pour m’asperger, et j’étais dans les toilettes Turques (oui, oui dans les toilettes Turques) en train de me laver en chantant à tue-tête (ça l’a fait rire). Après quelques jours dans ma crasse, je commençais à rêver d’une bonne douche : je n’allais pas faire le difficile en plus. Il m’a juste fallu faire attention de ne pas faire tomber le savon dans le trou…Encore une expérience unique.

Le petit coup de flip du soir…Alors que j’étais tranquillement en train d’écrire, une voiture est arrivée à la station de lavage braquant ses feux dans ma pièce. Cela a duré un moment, puis deux types sont descendus et ont cherché à rentrer. Bien sûr, je suis allé voir ce que deux types venaient faire à la nuit dans une station de lavage fermée. En ouvrant la porte, je serrais fort mon coupe-ongles. Après le fameux « no turkish, français », ils sont repartis en disant qu’ils voulaient savoir le prix de vente du bâtiment. Pff ! Quel stress les amis !

Bon le temps avait bien changé ce matin, et comme je n’avais pas beaucoup de kilomètres à couvrir le long du lac de Van, j’ai trainé un peu plus longtemps. J’ai notamment pris du temps pour envoyer des demandes d’hébergement pour Van. Malheureusement, comme le bar où j’avais squatté de la wifi la veille était fermé, j’ai dû m’asseoir sur le trottoir et choper ce que j’ai pu – sur les 16 demandes : rien de concret. J’ai passé plus d’une heure sur le trottoir. J’en connais qui en font leur métier…
J’allais partir de la ville quand j’ai repéré un vendeur de miel.
Super !
Je venais de terminer mon pot quelques jours auparavant. Du coup, je me suis arrêté, tenté de comprendre pourquoi le super miel coutait moins cher que le miel de moindre qualité…Pendant ces négociations, le vendeur d’à côté m’a offert le thé, et je me suis retrouvé à papoter avec lui. Pendant ce temps, un pugilat a éclaté dans le magasin du vendeur de miel. Quand je suis sorti, y’avait 100 personnes dans la rue, ça gueulait, un type avait le visage en sang, et le flics arrivaient en nombre.
Je n’ai pas trainé et j’ai filé sans demander mon reste, un poil nerveux quand même.
Les mouvements de foule ne sont pas ma tasse de…thé.

En quittant la ville d’Ercis, je voyais bien que la pluie arrivait – ça faisait longtemps. Je n’avais pas fait 10 kilomètres que les premières gouttes sont arrivées. Le temps de faire une photo et hop j’étais reparti en vitesse, le moral au plus bas : je n’aime pas camper sous la pluie, et j’étais déçu de ne pas avoir de lit de sécuriser à Van – je veux tant passer quelques jours dans la ville à me reposer avant de filer vers l’Iran.
Depuis que je suis arrivé à Erzurum, les arbres ont presque tous disparus (bon, je suis entre 1500 et 2000m en permanence). Seuls les peupliers semblent pousser, alors quand la pluie est arrivée et que je n’ai vu que comme seuls abris de la pelouse et du blé, j’ai commencé à être nerveux. Je suis arrivé dans une misérable station essence tenue par un gamin. Ce fut le déluge. La pluie froide: beurk ! En sortant ma bouffe, j’ai réalisé que j’avais laissé Ned une nouvelle fois. Cependant, cette fois-ci, pas question de faire demi-tour : il était à 20 bornes et il pleuvait. NED RESTERA DONC EN TURQUIE avec Djena : fin de l’histoire.
Je ne suis même pas triste tellement j’ai d’autres choses à gérer.
Il aura passer deux mois en ma compagnie.

J’ai pu me poser pour manger tranquillement au sec. Enfin, tranquillement, ce fut tout relatif, car arrivés de nulle part comme les chèvres sur le cassoulet, une dizaine de gamins sont arrivés. Fini mon calme…Ils furent sympas, je dois le reconnaitre, juste bruyants et curieux…Les avoir vus sortir de nulle part trempés comme des linges, tourbillonnés autour de moi pendant 30 minutes, puis repartir à la pêche sous des trombes d’eau, fut irréel quand hj’y repense : une apparition.
A la fin de mon déjeuner, la pluie de son côté semblait s’être arrêtée. Semblait. Après quelques kilomètres, j’ai dû trouver refuge sous un abri bus pendant plus d’une heure. Pas cool. Je crois que ce moment fut le moment le plus difficile que j’ai eu à traverser depuis mon départ. J’ai pendant un trop long moment broyé du noir, ne voyant que le négatif. Oui j’en avais tout simplement marre.
J’avais commencé à me dire que j’allais camper à cet endroit et j’étais en train d’organiser mon campement : où poser la tente, où mettre la bâche, comment tout protéger, etc, quand la pluie a cessé. Je n’ai pas demandé mon reste et j’ai filé vers la ville d’Adilcevaz: l’objectif du jour. Le vent avait tourné et me poussait désormais. En arrivant, j’ai fait mon habituel tour à 2 km/h dans la ville sous les regards curieux ou amusés, les « hello », les « touriste », et autres remarques amusées, tout cela afin de choper Internet pour savoir si j’avais des réponses pour mes hébergements. J’ai trouvé mon bonheur dans un magasin de téléphone. Après quelques échanges avec le proprio, ce dernier m’a invité chez lui – j’espère avoir compris ça. Je publie donc cet article brouillon. Demain, direction TATVAN… A suivre.

Je vous balance quelques photos…les dernieres avec feu NED.

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25 réflexions sur “ JSMF – AGRI – ERCIS – ADILCEVAZ ”

  1. Salut l’ami,
    Je ne sais pas quand tu auras ce message, aujourd’hui c’est dimanche, je me permets de prendre les devant pour ne pas rater le coche.
    Donc, pour célébrer ce Jour de Fête (clin d’œil, et le bon, à la version restaurée ou non de l’autre orfèvre incontournable du vélo), j’ai tenté de trouver un mix en image qui fasse la synthèse de ta passion pour le chat, le foot, les tenues pas très catholiques, les pays exotiques et…
    Ça donne sha… euh non, finalement je te laisse découvrir le lien ci-dessous :

    Percutant, non ? … pffff qu’est-ce qu’on deviendrait sans Google ? Réplique incontournable d’un petit chauve nerveux funeste à Bourvil :
    «un piéton !»
    Définitivement, continue de nous inspirer !

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      1. Un homme pressé ? bravissimo pour ton record de vitesse. Fort heureusement, je suis plus détendue après ce que j’ai entendu sur les conduites à risque !
        Pas de temps à perdre ? on devrait tous en prendre de la graine ! je te rejoins et m’adapte : voici une video de moins de 5 secondes, c’est le moins que je puisse faire.

        Merci pour les oiseaux, pas facile à nommer ! j’y travaille.
        A+

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  2. 6000Kms , le vélo se porte tjrs bien ?
    Demain , comme Patricia , j’me Kasse !! Ah yé je part pour mon premier périple…Pssss p’tit le périple heingue !!
    J’aurais de la lecture en rentrant car je ne suis pas connecté comme garçon
    A tout bientôt

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  3. Hi !!! My bro’ . Comme je n’ai pas l’occasion de te lire quotidiennement, je ressens avec plus de relief tes changements d’humeur et/ou d’état d’ame. Courage ! Nous te lisons avec curiosité. Ton voyage se transforme, assurément. Nous ressentons ton ton (pas mal non ? ) plus grave meme si la légereté reste de mise. Tu es déconnecté de notre quotidien, le tien nous semble ………..Irréel. Pour info , j’étais à marseille dans la semaine pour les France d’esca. Soune a cartonné. apo est à Valenciennes pour le Volley et moi, je me remet à faire du sport. nous sommes avec toi et soufflons fort pour que le vent te pousse vers ton objectif . Bises from Orléans

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  4. Ned, Ned, Ned… C’était un peu ton Mr Wilson mais tu n’es pas seul au monde. Heureusement, il te reste toutes ces pensées sur les chats et ça, personne ne pourra te l’enlever !
    On attends avec impatience la suite de notre feuilleton…

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  5. Meaux (mes années lycees) et Châteauroux (mes années. ….. beurk, je vomis), ça sent la tête d’affiche au tournoi international de lancer de Playmobil au Kurdistan……

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  6. J’ai une sale nouvelle : ce soir Chateauroux est relégué de Ligue 2 en National…. Sinon, je pense que Ned va pouvoir se convertir dans la lutte pour un Kurdistan libre, il en a l’étoffe, c’était son destin…

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  7. Ça me fait toujours bien marrer tes comptes-rendus journaliers. Cela égaie mes trajets en RER B (mon autre passion avec la taille de haies).
    Bonne poursuite de voyage. 🙂

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  8. Version kurde : «Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort(e) ».
    ….
    Version bavarde :
    2 mois et 6000 km… définitivement nous ne mettons pas tous la même chose dans cet espace-temps, non, non ! je te passe les courses à Leclerc (au passage, crotte il est 19h38, je n’aurais plus le temps d’y aller !), le repassage, la lessive, les conférences (dont une hier sur les conduites à risque des ados)…
    Négatif passage obligé de toute impression. Il n’y guère que Feu Arielle Dombasle déguisée en poupée Barbie pour s’habiller en rose !
    MERCI pour la touchante transparence, au-delà du récit. C’est un sport en soi, le plus ardu des combats, parfaitement.
    C’est avec joie que je découvre les invitations et l’accueil kurdes qui te sont réservés en ce bout du monde. Et ton incroyable intégration.
    Pas franchement rassurée en revanche sur les nouvelles habilités politico-politiques que tu parais développer : salut chiraquien à tout va, discours démago, public speaking, arts du cirque…
    Ici les colzas ne sont plus en fleurs déjà. Largement compensé par l’apparition des fraises sur les marchés locaux. Yummy !
    PS 1 : et le chat nageur alors, pas vu ?
    PS 2 : pas d’arbre, pas d’oiseaux?

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    1. En fait, ce sont des Turcs qui m’ont invité hier soir, et pour ce soir…je vais écrire un billet de ce pas. Les oiseaux que je vois le plus souvent sont: choucas, pies, et corbeaux freux…je vois des traquets, quelques huppes, et hier, j’ai vu un percnoptère 🙂

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