JSMF – ADILCEVAZ – Cratère de Nemrüt

J’avais terminé le dernier billet en écrivant : « J’espère avoir compris ça ! » Donc, à 20h, le type m’a dit de le suivre. Il allait prendre sa voiture et moi je n’aurais qu’à le suivre. Simple, non ? Il faisait nuit, ma lumière, toujours en vrac depuis mon arrivée à Erzurum, n’éclairait que faiblement et je suis parti doucement prenant un peu d’avance – même après 6000 km je n’arrive pas à rouler à plus de 30 km/h. Lui, en revanche, m’a doublé en trombe et… je ne l’ai jamais revu. Planté comme un con, en pleine nuit, en pleine ville, avec l’impossibilité de planter ma tente nulle part : la situation foireuse par excellent sans avoir pu anticiper un plan B, ni C, ni Q. J’ai eu beau obtenir de l’aide d’un gentil gamin croisé plus tôt au magasin, toutes mes demandes d’hébergements ont été des échecs. Ça m’a fichu un coup à nouveau ! Les quelques personnes croisées se sont moquées ouvertement de moi, ou bien elles ont rigolé (« golum, golum, golum » ou bien un truc dans le genre) de ma situation ridicule. Vous parlez : un touriste en pleine nuit cherchant où dormir alors que dehors même les chats dorment. Après 45 minutes, las de chercher et de me battre contre des personnes fermées et moqueuses, je me suis rabattu sur le seul hôtel de la ville : « Formuloglü Unüm » (je crois). Pour 17 euros la nuit cela fut très convenable. J’ai pu au moins me laver à l’eau chaude et pendant longtemps, pendant putain de très longtemps y’avait un brouillard en sortant. J’ai pu me balader à poil dans MA chambre sans risquer de croiser : un berger, un chien famélique et agressif, un supporter de foot saoul, ou bien je ne sais quelle créature terretre pouvant être choquée par un homme au bronzage de cyclo et à la barbe fournie. Bah, il faut positiver, j’ai pu me reposer correctement, pester contre les mûrs aussi épais que du papier bible (mes voisins aiment les séries Turques et ce jusqu’à très tard), et piqué le rouleau de papier toilette (ça tombait bien ça !). Le lendemain avant de quitter la ville, je me suis assuré de clouer sur la porte du magasin un corps de chat la tête à l’envers et peindre en lettre capitale : « Yusuf m’a tuer ma soirée ! ».

Partir de la ville, sous le soleil et poussé par un vent fort fut super (ça veut dire pédalage minimum), car je suis arrivé à la ville d’Ahlat de bonne heure. Je tenais à me faire une pause-thé, tranquillou-peinardou afin d’envisager le reste de ma journée. Tandis que je prenais en photo la superbe mosquée avec la vue en contrebas du lac de Van avec ses couleurs turquoises, deux touristes hollandais en voiture sont arrivés. Bien entendu, les touristes étant quasiment inexistant depuis mon départ, j’ai naturellement été vers eux. On s’est tourné autour, on s’est reniflé le cul, on s’est couru un peu après, puis on s’est finalement posé pour papoter – il faut que j’arrête de regarder les chiens moi ! Ils avaient voyagé partout dans le monde, vraiment partout. Désormais à la retraite depuis presque 10 ans, ils voyageaient – Ils m’ont donné quelques informations sur l’Iran : cool. En repartant avec assez de nourriture pour la journée, j’ai fait une dizaine de kilomètres pour me poser dans un coin magnifique en bord du Lac. A peine venais-je d’arriver que deux jeunes bergers arrivaient. Arf ! Allais-je devoir partir ? En fait non, ils voulaient de l’eau. Pour la première fois depuis mon arrivée en Turquie, on me demandait quelque chose. Le plus jeune d’entre eux (7/8 ans) a été très soulagé de boire. Il crevait de soif, ça se voyait. Ensuite, j’ai eu mes deux petits compagnons pendant tout mon repas. Ils semblaient très curieux. Tenant à prendre à mon temps, je n’ai pas pu résister à l’appel du lac. L’eau était un peu fraiche pour que je m’y baigne (et un peu trop crade aussi), j’y ai juste mis mes pieds. Je suis reparti en laissant mes deux bergers retournés dans leur montagne. Pour le soir, j’avais décidé de dormir dans le cratère de Nemrut. Je savais qu’avant, il fallait que j’atteigne Tatvan, et c’est cette fois-ci contre un fort vent de face que j’ai dû lutter. Vraiment difficile, une pure horreur même. Si la route fut fort jolie, j’ai eu une nouvelle fois droit à mon lancé de caillou. Cette fois-ci, le minot a fait mouche, mais le caillou était petit, et quand j’ai hurlé « petit con », il a semblé apeuré. J’aurais dû m’arrêter (j’étais en descente) et arracher ses yeux avec une fourchette et lui foutre un manche de pelle dans le…

Arrivé dans la banlieue de Tatvan, j’ai pris la route vers le cratère. Je savais que cela allait monter, mais heureusement que je ne savais pas que cela allait monter : comme ça. Par toutes viscères de chats séchées, pendant douze kilomètres, sous la pluie, sous les averses de grêle, sous un orage, je suis monté, monté, monté, et encore monté. Plus de deux heures d’ascension dans des pourcentages qui n’auraient pas fait rougir la route vers le Mont Ventoux. J’ai pris cher, surtout que j’étais à plus de 2000m. Je suis arrivé au sommet, trempé, frigorifié et sans trop savoir ou j’allais me poser – comme d’hab’. La vue était a coupé le souffle : c’est toujours le cas après être monté. C’est la récompense ! J’étais heureux quand même d’avoir pris cette route ! Je me suis lancé dans la descente vers le lac dans l’espoir de trouver un coin tip-top pour mon bivouac, et, après trois kilomètres, j’ai réussi à trouver un coin sympa, joli, et plat. Je n’ai pas trainé pour tout monter dans le vent fort (bonjour le combat avec la tente qui volait) et me mettre dans la tente : heureux et soulagé ! La nuit est vite arrivée. C’était calme, calme, calme. PAS UN SEUL BRUIT, pas un. Un truc de dingue ! j’ai A-DO-RE ! Vraiment un bivouac exceptionnel !

Ce matin en levant vers 6h15, le soleil était revenu et il faisait bon, sans le vent. Je me suis régalé à prendre mon temps pour tout ranger et pour prendre mon petit-déjeuner. Le calme de la veille avait été remplacé par le chant des oiseaux. Le temps de me taper quelques kilomètres d’ascension, et hop j’étais arrivé au sommet à nouveau. La descente vers Tatvan, où je suis posé désormais dans un grand centre commercial, m’a permise de battre mon record de vitesse en descente : 80,1 km/h !!! Ce qui est bien entendu une pure folie…C’est en arrivant en bas que j’ai réalisé que je n’avais pas été très sage de rouler aussi vite. En effet, avec la vitesse et le froid, mes yeux pleuraient et je ne voyais pas grand-chose. Une fois en ville, j’ai eu droit à mon petit lancé de caillou par un autre petit morveux. Je suis de plus en plus « nerveux » désormais. Je fais attention à tout le monde, et dès que je vois des gens sur le côté, je me pose la question : « gentils ? méchants ? ». Je n’aime pas cela, car jusqu’à présent j’avançais très naïvement. Bon, je vais filer vers Van où je devrais être héberger demain en fin de journée.
En attendant, je vous laisse avec quelques photos.

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14 réflexions sur “ JSMF – ADILCEVAZ – Cratère de Nemrüt ”

  1. hello je m’étonne que tu ne fasses à aucun moment d’aléas s’ordre technique genre : crevaison, câbles, chaine, dérailleur, chutes…

    C’est quoi ton secret ? 🙂

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  2. Cratère : intriguée par structure en caldeira elliptique. Posée, ressourcée aux rayons d’un soleil estival ce jour, j’ai pu enfin prendre le temps de chercher et trouvé une image satellite montrant des eaux limpides et profondes. Je saisis mieux l’effondrement (au passage, ça a dû être violent !) et l’émerveillement d’y passer la nuit !
    Usante alternance gentils/méchants, c’est sûr. Ma parole, t’es leur chat à eux ?! Dans ce cas de figure, on comprend aisément qu’ils se soient jetés à l’eau et devenus bons nageurs dans la région !
    Je suis sereine, ils ne connaissent pas (encore) ton art de la guerre ! Idéalement, vaut mieux pas que tu les attrapes, je prie pour que tu conserves ta naïveté !
    Bienvenu et heureux contact avec les Néerlandais !
    Allez ! Belle et bonne trêve touristique à Van !

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  3. Prudence est mère de sûreté. Les cailloux c’est pas sympa.Un grand encouragement pour la suite, bientôt l’Iran.Merci pour les photos.Bises.Nous pensons tous à toi tres fort ici.

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  4. Nouvelle discipline olympique aux JO de Rio : le lancer de cailloux.
    Il parait que la Turquie a beaucoup insisté et a des chances de médailles.

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  5. Tu devrais équiper Arion d’une tourelle lance caillasse…. biturbine ; )
    Une tendre pensée pour toi mon Pacal. Toute la famille t’embrasse.

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