Retour de manivelle en Ré majeur

« Le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de lui-même. »(Confucius – joueur de foot à Milan dans les années 50.)

Moi j’aime bien Confucius, cependant perso, j’aurais rajouté : « Le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de lui-même, et a fini par vomir ! »

J’ai ramené un peu d’Iran avec moi ne trouvez-vous pas ?

J’ai mis un temps fou à écrire ce petit billet. J’ai dû l’écrire trente fois avant qu’il ne me plaise, et même à ce jour, je reste dubitatif quant à sa qualité et surtout à son but.

Cela fait plus d’une semaine que je suis revenu. Le retour, tant désiré, tant attendu, et aussi quelque part tant redouté, me bouscule.

On me l’avait promis : « Tu vas voir, oui tu vas voir, ça va prendre du temps avant que tu apprécies vraiment de faire la queue au supermarché derrière une petite vieille, tu vas  prendre du temps à apprécier de manger une fondue savoyarde pour le déjeuner. Prends du temps pour toi ! »

Le temps, justement, le temps de la narration semble s’être effacé, je n’ai plus trop envie de parler de mon voyage. J’ai vécu un truc fort et je veux le garder égoïstement pour moi. Depuis quelques jours, je fais une indigestion, une indigestion de tout. J’ai trop mangé d’images et d’émotions, et là, je sature. Je n’arrive pas à faire le tri, à organiser, à me dire que : « Hey ho, sois tranquille, tu sais où tu dors, les chiens sont tatoués, et Michel Sardou est bien mort ! » J’ai désormais remplacé l’adrénaline par les endomorphines. Tenez, pas plus tard qu’hier, en pleine chaleur, je me suis fait un triathlon. Pourquoi ? Pour sentir mon corps, déplacer la souffrance, et remplir le vide.

Aussi, je ne me suis jamais senti aussi seul depuis que je suis rentré.

« Tu vas voir, tu vas te sentir vide ! Ton retour à la vie « normale » va te perturber ! » Attendez, je ne suis parti que trois mois, pas deux ans. Je suis toujours petit vieux et chauve, hein !

Alors, je remplis le vide par de l’écriture, de longues promenades introspectives, d’un peu de sport aussi, et de rencontres diverses. En une semaine, j’ai accueilli déjà trois cyclonomades chez moi et rencontré/échangé avec des dizaines. Dès que je croise un cyclo, j’éprouve un immense désir d’aller découvrir le chemin qu’il/elle va faire. Je dois faire peur !

Bah, c’est ma façon de continuer à voyager, à partager, et à transmettre.

Ainsi, heureux de retrouver les miens, je commence doucement à digérer ce qui s’est passé là-bas, ce qui s’est passé en moi. Oui pour de nombreuses raisons, je souffre d’un manque évident de quelque chose, alors je cherche ce que je n’ai plus/pas dans ce que j’ai.

Je cherche.

Déprimé ? Non, surtout pas. Ça bouillonne, ça mûrit, ça couve…en attendant que ça explose, même si ce n’est pas facile quelques fois !

On me dit : « Tu devrais écrire un livre ». Un livre sur quoi ? Sur comment faire du vélo sans les roulettes ? Sur trois mois de voyage à vélo ? Un livre de billets blogs ? Tant de personnes voyagent, écrivent, narrent leurs périples d’un an, deux ans, trois ans, dix ans. Un de plus ? Écrire pour qui ? Pour satisfaire mon ego, pour mon fils, pour inspirer, pour partager, pour transmettre ? Pour les autres ? Pour me souvenir ? Oui, peut-être pour me souvenir, car les moments vécus s’effacent, s’idéalisent, se patinent, et on oublie. Qu’en pensez-vous ?

Je vais me laisser du temps, et m’appuyer sur le champ des possibles qui s’offrent à moi. Patience, maitre mot que j’ai appris à dompter, mais qui de temps à autre me tire par la manche et me conduit vers le bas.

J’ai envie de repartir, mais pas seul (les femmes célibataires, sportives, et n’ayant pas peur des chiens peuvent me contacter en privé, I am fucking serious, merci !)

Des dizaines d’endroits et de parcours me font rêver : le tour de l’Indre par les pôles, la grande traversée du Cher, l’ascension des monts du Perche, et bien sûr, le tour du périphérique Parisien sur la voie de gauche vers 8h du matin.

Ainsi, pour citer une phrase d’Alexis dans son article publié dans le magazine Carnets d’Aventures à propos de l’état dans lequel on se trouve après un périple : « Le voyage n’aura pas été une simple parenthèse, mais un tremplin vers une deuxième vie qui, probablement, nous ressemblera un peu plus que la première. »

Bien à vous.

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7 réflexions sur “ Retour de manivelle en Ré majeur ”

  1. « Lucide » : « qui juge (ouille ouille ouille, ça commence mal) voit clairement » (ah c’est mieux, ouf !) objectivement dans leur réalité » .
    Une réalité peut-elle seulement être considérée selon l’angle objectif? Un poil restrictif, non? Qu’est-ce que la réalité?…
    Je réfléchis… merci pour le zoom !
    PS : Quand même, d’un seul coup d’un seul, j’ai un peu peur pour toi… tu vois pas que tu te mettes les artistes à dos?
    Cela pourrait être terriblement gênant

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  2. Moi au retour de voyages, ce que j’adorais faire, par pur altruisme (acéré par la solitude exacerbée du voyage) c’était aider les petits vieux et les plus jeunes aussi à ranger leurs courses à la caisse du supermarché (un des derniers endroits où nos concitoyens s’arrêtent… s’arrêtaient devrais-je dire, depuis est apparu… le drive, descendant tout juste de voiture ! )
    … j’ai rapidement appris, avec étonnement, que cela les faisait flipper…peur que je leur vole un truc…une boîte de raviolis.. ch’sais pas…
    Je me déplace beaucoup moins loin (hélàs la solitude n’a rien de géographique) et je continue d’aider quand je peux…j’ai gagné la joie : ça me fait marrer de les voir flipper… beaucoup moins altruiste ?!
    Pareil, je parle à tous les cyclo que je croise, et y en a un paquet dans notre pays ligérien !
    Pas encore rencontré un aussi fou que toi !
    Merci de ce témoignage post-partum !
    On connaît bien ça, nous les femmes !

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