Je suis organe de toi !

Pour celui qui en dispose, cela exclu donc d’emblée : le supporter de foot et le propriétaire de chat et de chien, le cerveau est un organe exceptionnel.
Déjà, il s’agit du seul organe que l’on n’arrive pas encore à greffer.
Je sais, j’ai essayé.
Le résultat n’est vraiment pas concluant et les pauvres malheureux sont condamnés à faire de la télé-réalité, à écrire « slt sa va, tu ai bien rentrer ? »,  ou bien à courir, voire nager, voire rouler sur des vélos tout légers. L’un d’entre eux, écrit même dans un blog qui s’appelle JSMF2015 !

Néanmoins, je suis étonné de la plasticité du cerveau, cela en devient presque agaçant, ou bien déstabilisant. Parmi les choses qui m’insupportant profondément – (y’en a d’autres, je vous rassure : « Surtout toi le connard qui laisse hurler ton chien toute la nuit ! »), je noterais en priorité la forte propension de ce dernier à oublier des trucs : « Ah meeeeeerde, je crois que j’ai laissé mon chat dans ma voiture, vitres fermées, en plein soleil…rhoooo c’est pas grave, je reviens dans 12h ».

Où en étais-je ? Ah oui !
Surtout je noterais que cet orgueilleux bout de gras coincé dans la boite crânienne, petit prétentieux, à tendance à nous faire oublier, et plus que tout, à idéaliser le passé.
Ah voilà, on y arrive !

De temps à autre, entre deux réveils très matinaux il m’arrive de me replonger avec un plaisir égoïste dans les quelques photos/vidéos prises pendant ma petite aventure.
Vous voyez, je vous parle déjà de « petite aventure », et non plus de périple.

Je hais mon cerveau, suffisant amas de cellules du bulbe rachidien.

Cela ne fait que quelques mois que je suis rentré. Certaines moments très difficiles s’effacent, et seuls les temps de joie pures ressortent désormais. En gros c’était génial, et ça chaque jour, oui, oui chaque jour ! Vous fidèles lescteurs vous savez qu’il s’agit d’un affreux mensonge, mais je n’arrive pas à y croire, moi.
Je m’auto-persuade à force d’oublis que tout fut super !
IL se joue de moi le gueux tas (David ?) de neurones !

Ça m’outre, ça m’outre, ça m’outre à un point !

Mais si cela ne s’arrêtait qu’à mon voyage, non !
Que nenni !
Il en va pour quasiment toutes les choses du passé, et ça c’est terrible, oui terrible !
Et je pèse mes maux, euh, mes mots.
C’est la raison pour laquelle, nous les petits vieux, on utilise à tour de bras : « Avant…ah oui avant…ça s’est passé comme ça…Bah de mon temps…à mon âge…quand j’étais jeune ! ».
On oublie, et on idéalise.
Ça c’est mal ! Idéaliser le passé. Ce n’était pas mieux avant, c’était juste différent.

Il nous faut alors faire un effort incommensurable pour bien se rappeler que purée on a bel et bien souffert à ce moment-là, ou bien que c’était comme ça et non pas comme ça…

Ha, ha, vous aussi non ? Hein ? Vous parlez comme ça, vous dites ça aussi de temps en temps ? Vous le vivez ? Vous l’avez vécu ?

Donc, je vous disais que le cerveau était une vraie saleté, qu’il n’avait qu’un but dans la vie, odieusement nous tromper et nous faire plus ou moins maladroitement croire que c’était vraiment mieux avant, ou bien que ce que vous avez vécu de traumatisant ne l’était peut-être pas autant QUE ÇA, que le goujat qui vous a honteusement largué n’était pas si goujat QUE ÇA, que la douleur de l’accouchement n’était pas si douloureuse QUE ÇA, que Kiki, votre petit chat gris n’a autant souffert QUE ÇA sous le camion, et qu’en revanche ce qui était super était EXCEPTIONNELLEMENT SUPER GÉNIAL.

En résumé la douleur se dilue et le bon d’avant vous manque : Idéalisation cognitive de base ou résilience, comme je dis !

De temps en temps, on arrive à se rappeler, mais mal.
On coupe des trucs, on en oublie, on élague, on épure, on rogne, et on garde que le meilleur.
Le cerveau nous voudrait-il du bien pour nous faire endurer la dure réalité quotidienne et nous faire avancer coûte que coûte ?

Je note alors : On,je,vous ferait bien d’en profiter chaque jour bordel de Dieu !

Je pourrais en prendre des sacs de sable entier de vos souvenirs et vous démontrer ô combien, vous aussi « ça vous le fait ». N’allez pas me dire le contraire, vous vous mentiriez, vous me mentiriez…
Ou bien serait-ce votre cerveau, impudent organe, qui vous jouerait des tours ?

Ainsi, en regardant mes photos de ma balade à vélo à travers une partie du monde, j’ai pris conscience que…la météo n’avait peut-être pas été si terrible que ça, que finalement l’extrême solitude pesante de temps à autre avait de bons côtés, que les pierres reçues n’étaient qu’en fait de légers petits cailloux de rien du tout, et que tout avait été réellement parfait.
Réellement parfait.

PAUSE.

Désormais, je narre, à mes interlocuteurs divers, mes trois mois comme une balade dominicale.
Un « ptit » tour à vélo quoi !

Et, rien que pour ça, oui rien que pour cette élagage mémoriel, je veux quand même remercier mon cerveau, et me dire que ce fut vraiment bien ce petit voyage de trois mois, et que je suis prêt à repartir.

« La mémoire est dans le cœur et non dans l’esprit »
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Le cycle d’une étoile filante

Il aura fallu quelques semaines pour que le goût de « faire » revienne, associé à une envie forte et pressante.
Bon, je sais ce que vous allez penser quand il s’agit d’une envie « forte et pressante », mais pour l’occasion je ne parle pas de massacrer un petit chaton de deux semaines, ou de noyer un supporter de foot (et inversement).
Quoi, vous ne pensiez pas à ça ?
Ah bon ?

Alors, assoyez-vous bien confortablement sur votre pouf, il y en aura pour tout le monde.

JSMF2015 s’efface pour laisser la place à d’autres projets, d’autres envies.
C’est bien, et cela est presque inévitable.
Quand on a pris un M&M’s difficile de ne pas en reprendre un, et un autre, et un autre, et un autre, et un autre, jusqu’à ce que vous ayez enfin envie de…vomir !

J’ai donc envie de retrouver cette immense et indicible liberté qui m’a oint le cortex pendant trois mois, et deux moi.
J’ai envie de rencontres d’humains, de soirées autour du feu à refaire le monde tout en grillant de petits rongeurs, ou bien, tout simplement à griller le monde tout en discutant avec de petits rongeurs.

En ce moment j’accueille à tout va chez moi. Je vis de façon hebdomadaire: « Ils viennent dormir chez Pascal ».
Plus d’une dizaine de cyclotouristes sont passés en quelques semaines dans mon modeste chez moi.
En provenance du Canada, de la France, de la Russie, de l’Autriche, de l’Italie, de la Bulgarie, des États-Unis, et dernièrement un jeune couple Anglo-Slovaque filant vers…L’Afrique du Sud, j’ai continué de voyager avec eux.
Supers rencontres à nouveau qui ont réveillées en moi cette envie de refiler le crâne au vent par monts et par vaux, et par « vont et par mots » bien sûr !

L’autre soir alors que le soleil était déjà bien bas sur l’horizon, je suis venu me poser nu devant ma carte du monde qui sied dans mon salon. J’ai regardé les couleurs, j’ai regardé les pays, j’ai ôté les frontières, et j’ai tracé du doigt (l’autre était dans mon nez) pas un, mais DES parcours, pas un, mes DES voyages à vélo. Et puis, j’ai relu mes écrits n’arrivant pas à me reconnaître, n’arrivant pas à me dire que c’était moi qui avait vécu ça : schizophrène le Pascal ? Pas le moins du monde puisque j’arrive à LE supporter, l’autre Pascal, surtout quand il hurle à la mort à la pleine lune.
Mes écrits m’ont donnés envie, m’ont donnés l’envie de refaire ce que j’avais vécu, car l’Autre m’inspirait.

J’ignore quand…
J’ignore si…
J’ignore comment…
J’ignore avec qui…mais toujours est-il que je vais repartir…pas seul, ça c’est la (presque) seule certitude.

Un jour, oui un jour, je repartirai.

Voici une liste non exhaustive et non classée de projets tracés cette nuit là: Tour de l’Australie et de la Tasmanie – Traversée de la Nouvelle Zélande – Périple en Mongolie – Traversée du Canada: Vancouver – Gaspé – Traversée Nord/Sud de la Cordillère des Andes.

Bon alors, vous me suivez ?
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