Comme une « scrupulus » dans ma basket

Le matin quand je me fais les sourcils à la cire, je pense.

Pris dans cette tâche ingrate qui n’a pour but que de me rendre encore plus glabre, je reste concentré pour que la cire ne coule pas dans mes orbites, car voyez-vous la cire chaude brûle.

Moi quand je pense, ces derniers temps, je pense à mon voyage.
Oui, j’y reviens toujours à cette superbe aventure. Si les premières semaines après mon retour, j’ai assurément fait comme si, comme si, comme si… et que tout et tous étaient comme je les avais laissés, ce n’était qu’illusoire.
C’était simplement rassurant.
Un lit.
De l’eau et de l’électricité en abondance et facile d’accès.
Un espace protégé de l’extérieur, mais pas forcément protecteur pour l’intérieur.
Certes tout était au même endroit. Tout m’attendait. Tout était là posé, à plat, à sa place.
Immobile.
Les premiers pas dans mon modeste chez moi furent…effrayants.
Ce fut comme rentrer chez un inconnu, un mort presque.
J’avais laissé le Pascal quelque part sur un chemin de Serbie, une route pourrie de Bulgarie, ou bien une piste poussiéreuse de Turquie ou d’Iran.

Rien n’avait changé, sauf moi.
Je ne le savais pas encore.

Il a fallu de nombreuses heures à regarder mes humeurs, à les goûter, à me laisser porter, à chercher à poser des mots, à me promener seul, à inspirer le silence et expirer le bruit intérieur pour qu’enfin, je comprenne.

Que je comprenne quoi ?
Oui, que je comprenne quoi?

Qu’au delà des paysages splendides et des galères diverses, c’étaient les rencontres humaines qui m’avaient le plus bousculées.
Les gens m’avaient donné un abri, de l’eau, à manger, de leur temps, une écoute, sans rien attendre en retour.
Rien.
Ou bien, juste parce que c’était au plus profond d’eux, la seule et unique chose à faire.
Gratuitement.
Souvent.
Moins les gens avaient plus ils donnaient.
Constat constant.
Belles leçons d’humanité ramenées avec moi.

Depuis, ma porte est devenue encore plus ouverte, mon cœur aussi.
Je le fais presque…naturellement.

Désormais, ayant tant pris pendant ces 92 jours, c’est à mon tour de donner.

Donner du temps, de mon temps.
Donner de l’écoute.
Donner de l’envie.
Donner du moi.

Car je le veux.
Car je le sens.

Enfin…

Enfin…

Enfin…
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