Tous les articles par Pascal Brazey

Un tour de cycles, haut !

J’ai couché mon vélo dans l’herbe trop rapidement.
La roue s’est mise à tourner, à vide, ralentissant doucement, doucement, doucement, freinée par les quelques graminées fouettées par les rayons.
Elle a tourné, tourné, tourné, ralentissant, ralentissant, ralentissant.

Je l’ai regardé.

Cela a semblé si flagrant, si évident…

Je l’ai regardé.

Une évidence même, oui c’est ça, une évidence.
Je n’aime pas forcément ça, mais je m’inscris dans la recherche de cette quête, de l’évidence.
C’est la faute à « l’autre », oui, « l’autre », je ne sais même pas de qui il s’agit, mais je sais/crois que je l’ai lu quelque part, ou bien il est peut-être apparu dans un rêve. Pas le rêve avec les petits poneys à la crinière arc-en-ciel chevauchés par des amazones libidineuses ou celui avec ces bâtards de chats dirigeant mon monde, non, l’autre, plus lumineux et sincère.

Oui ! Je l’ai lu quelque part.

« La vie est faite de cycles ! »
« Ah oui ? »
« Bah je suis un cyclotouriste, c’est normal ! »
« Tsss, tsss, pas de ce genre de…cycles. »
« Ah bon ? Pourtant… »

La vie semble donc faite d’oscillations, de marées, de ressac, d’aller/retour, de battements, de va-et-vient (oooooh ouiiiii), de poses (stop !), de pauses (ou encore ?), de vibrations à différentes fréquences (oh ouiiii !).

La roue de mon vélo s’est mise à tourner à vide, ralentissant, ralentissant, ralentissant.

Mon âge avancé à au moins cette forte propension de me permettre d’ouvrir ma valise de souvenirs et de me dire que « j’en ai fait des choses », « j’en ai vécu des trucs », « j’en ai raté des bidules », « j’ai pas mal merdé », j’ai roulé sur une courbe sinusoïdale dans multiples endroits.

J’ai cyclé alors, et cyclé encore et encore, re-cyclé à nouveau du…vieux.

Ah ouais ! Peut-être.
Ah ouais ! Peut-être.
Ah ouais ! Peut-être.

Pause.

Qu’ils soient saturniens, circadiens, ou de contre la montre, ma vie à moi est faite de cycles que je trouve bien marqués, bien prégnants, bien inscrits dans la craie, pour ne mieux s’effacer, et cela en devient purement évident.

Purement.

Fraichement.

FUUUUUCK !

Je ne cesse de tourner, de rouler même alors.
La roue de mon vélo s’est mise à tourner à vide, ralentissant, ralentissant, ralentissant.

File la vie file.

Le sablier du « tant » laisse péniblement, inexorablement, s’égrener les petits morceaux fins de roche tout doucement jusqu’à ce que le dernier, ayant terminé de vous sabler, ronger, dégrader, ne vous laisse, là, seul sur le bord du Styx à attendre le charron.

Donc, en attendant, que les diverses racines soient consommées par le fond, je roule, je profite, j’avance sur mon « piti » chemin avec une patience toute personnelle, une patience à plus de 100 rpm diront certains. Ils le diront.

Tournez, tournez roues, tournez cycles, vibrez ondes, allez, repartez, certaines fois trop vite, certaines fois trop lentement, mais os-cil-ler bon sang !

Pourtant souvent, je me jure « plus jamais » pour toujours recommencer.
Pénible ascension, grisante descente.
Grisante ascension, pénible descente.
C’est un inévitable constat câblé dans mon for intérieur, je crois.

Alors, je cours, je fuis, je suis, j’essuie d’un balayage ravageur d’un coup de manche humide, j’essaye de l’attraper, mais il est sans cesse plus rapide que moi !!!!!!!!!!!!!!!

Il tourne, mais en attendant, il fuit : le temps fuit sans retour, tandis que nous errons, prisonniers de notre ABSURDE amour du détail.
Découvrir le tant, courir après le temps, découvrir le temps.

Pause.

Ma roue s’est finalement arrêtée.
Un cycle aussi.

Il est tant de repartir pour un nouveau, heureux !

Évidemment.

« Tu dois devenir l’homme que tu es. Fais ce que toi seul peux faire. Deviens sans cesse celui que tu es, sois le maître et le sculpteur de toi-même. »

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Comme une « scrupulus » dans ma basket

Le matin quand je me fais les sourcils à la cire, je pense.

Pris dans cette tâche ingrate qui n’a pour but que de me rendre encore plus glabre, je reste concentré pour que la cire ne coule pas dans mes orbites, car voyez-vous la cire chaude brûle.

Moi quand je pense, ces derniers temps, je pense à mon voyage.
Oui, j’y reviens toujours à cette superbe aventure. Si les premières semaines après mon retour, j’ai assurément fait comme si, comme si, comme si… et que tout et tous étaient comme je les avais laissés, ce n’était qu’illusoire.
C’était simplement rassurant.
Un lit.
De l’eau et de l’électricité en abondance et facile d’accès.
Un espace protégé de l’extérieur, mais pas forcément protecteur pour l’intérieur.
Certes tout était au même endroit. Tout m’attendait. Tout était là posé, à plat, à sa place.
Immobile.
Les premiers pas dans mon modeste chez moi furent…effrayants.
Ce fut comme rentrer chez un inconnu, un mort presque.
J’avais laissé le Pascal quelque part sur un chemin de Serbie, une route pourrie de Bulgarie, ou bien une piste poussiéreuse de Turquie ou d’Iran.

Rien n’avait changé, sauf moi.
Je ne le savais pas encore.

Il a fallu de nombreuses heures à regarder mes humeurs, à les goûter, à me laisser porter, à chercher à poser des mots, à me promener seul, à inspirer le silence et expirer le bruit intérieur pour qu’enfin, je comprenne.

Que je comprenne quoi ?
Oui, que je comprenne quoi?

Qu’au delà des paysages splendides et des galères diverses, c’étaient les rencontres humaines qui m’avaient le plus bousculées.
Les gens m’avaient donné un abri, de l’eau, à manger, de leur temps, une écoute, sans rien attendre en retour.
Rien.
Ou bien, juste parce que c’était au plus profond d’eux, la seule et unique chose à faire.
Gratuitement.
Souvent.
Moins les gens avaient plus ils donnaient.
Constat constant.
Belles leçons d’humanité ramenées avec moi.

Depuis, ma porte est devenue encore plus ouverte, mon cœur aussi.
Je le fais presque…naturellement.

Désormais, ayant tant pris pendant ces 92 jours, c’est à mon tour de donner.

Donner du temps, de mon temps.
Donner de l’écoute.
Donner de l’envie.
Donner du moi.

Car je le veux.
Car je le sens.

Enfin…

Enfin…

Enfin…
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Je suis organe de toi !

Pour celui qui en dispose, cela exclu donc d’emblée : le supporter de foot et le propriétaire de chat et de chien, le cerveau est un organe exceptionnel.
Déjà, il s’agit du seul organe que l’on n’arrive pas encore à greffer.
Je sais, j’ai essayé.
Le résultat n’est vraiment pas concluant et les pauvres malheureux sont condamnés à faire de la télé-réalité, à écrire « slt sa va, tu ai bien rentrer ? »,  ou bien à courir, voire nager, voire rouler sur des vélos tout légers. L’un d’entre eux, écrit même dans un blog qui s’appelle JSMF2015 !

Néanmoins, je suis étonné de la plasticité du cerveau, cela en devient presque agaçant, ou bien déstabilisant. Parmi les choses qui m’insupportant profondément – (y’en a d’autres, je vous rassure : « Surtout toi le connard qui laisse hurler ton chien toute la nuit ! »), je noterais en priorité la forte propension de ce dernier à oublier des trucs : « Ah meeeeeerde, je crois que j’ai laissé mon chat dans ma voiture, vitres fermées, en plein soleil…rhoooo c’est pas grave, je reviens dans 12h ».

Où en étais-je ? Ah oui !
Surtout je noterais que cet orgueilleux bout de gras coincé dans la boite crânienne, petit prétentieux, à tendance à nous faire oublier, et plus que tout, à idéaliser le passé.
Ah voilà, on y arrive !

De temps à autre, entre deux réveils très matinaux il m’arrive de me replonger avec un plaisir égoïste dans les quelques photos/vidéos prises pendant ma petite aventure.
Vous voyez, je vous parle déjà de « petite aventure », et non plus de périple.

Je hais mon cerveau, suffisant amas de cellules du bulbe rachidien.

Cela ne fait que quelques mois que je suis rentré. Certaines moments très difficiles s’effacent, et seuls les temps de joie pures ressortent désormais. En gros c’était génial, et ça chaque jour, oui, oui chaque jour ! Vous fidèles lescteurs vous savez qu’il s’agit d’un affreux mensonge, mais je n’arrive pas à y croire, moi.
Je m’auto-persuade à force d’oublis que tout fut super !
IL se joue de moi le gueux tas (David ?) de neurones !

Ça m’outre, ça m’outre, ça m’outre à un point !

Mais si cela ne s’arrêtait qu’à mon voyage, non !
Que nenni !
Il en va pour quasiment toutes les choses du passé, et ça c’est terrible, oui terrible !
Et je pèse mes maux, euh, mes mots.
C’est la raison pour laquelle, nous les petits vieux, on utilise à tour de bras : « Avant…ah oui avant…ça s’est passé comme ça…Bah de mon temps…à mon âge…quand j’étais jeune ! ».
On oublie, et on idéalise.
Ça c’est mal ! Idéaliser le passé. Ce n’était pas mieux avant, c’était juste différent.

Il nous faut alors faire un effort incommensurable pour bien se rappeler que purée on a bel et bien souffert à ce moment-là, ou bien que c’était comme ça et non pas comme ça…

Ha, ha, vous aussi non ? Hein ? Vous parlez comme ça, vous dites ça aussi de temps en temps ? Vous le vivez ? Vous l’avez vécu ?

Donc, je vous disais que le cerveau était une vraie saleté, qu’il n’avait qu’un but dans la vie, odieusement nous tromper et nous faire plus ou moins maladroitement croire que c’était vraiment mieux avant, ou bien que ce que vous avez vécu de traumatisant ne l’était peut-être pas autant QUE ÇA, que le goujat qui vous a honteusement largué n’était pas si goujat QUE ÇA, que la douleur de l’accouchement n’était pas si douloureuse QUE ÇA, que Kiki, votre petit chat gris n’a autant souffert QUE ÇA sous le camion, et qu’en revanche ce qui était super était EXCEPTIONNELLEMENT SUPER GÉNIAL.

En résumé la douleur se dilue et le bon d’avant vous manque : Idéalisation cognitive de base ou résilience, comme je dis !

De temps en temps, on arrive à se rappeler, mais mal.
On coupe des trucs, on en oublie, on élague, on épure, on rogne, et on garde que le meilleur.
Le cerveau nous voudrait-il du bien pour nous faire endurer la dure réalité quotidienne et nous faire avancer coûte que coûte ?

Je note alors : On,je,vous ferait bien d’en profiter chaque jour bordel de Dieu !

Je pourrais en prendre des sacs de sable entier de vos souvenirs et vous démontrer ô combien, vous aussi « ça vous le fait ». N’allez pas me dire le contraire, vous vous mentiriez, vous me mentiriez…
Ou bien serait-ce votre cerveau, impudent organe, qui vous jouerait des tours ?

Ainsi, en regardant mes photos de ma balade à vélo à travers une partie du monde, j’ai pris conscience que…la météo n’avait peut-être pas été si terrible que ça, que finalement l’extrême solitude pesante de temps à autre avait de bons côtés, que les pierres reçues n’étaient qu’en fait de légers petits cailloux de rien du tout, et que tout avait été réellement parfait.
Réellement parfait.

PAUSE.

Désormais, je narre, à mes interlocuteurs divers, mes trois mois comme une balade dominicale.
Un « ptit » tour à vélo quoi !

Et, rien que pour ça, oui rien que pour cette élagage mémoriel, je veux quand même remercier mon cerveau, et me dire que ce fut vraiment bien ce petit voyage de trois mois, et que je suis prêt à repartir.

« La mémoire est dans le cœur et non dans l’esprit »
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Le cycle d’une étoile filante

Il aura fallu quelques semaines pour que le goût de « faire » revienne, associé à une envie forte et pressante.
Bon, je sais ce que vous allez penser quand il s’agit d’une envie « forte et pressante », mais pour l’occasion je ne parle pas de massacrer un petit chaton de deux semaines, ou de noyer un supporter de foot (et inversement).
Quoi, vous ne pensiez pas à ça ?
Ah bon ?

Alors, assoyez-vous bien confortablement sur votre pouf, il y en aura pour tout le monde.

JSMF2015 s’efface pour laisser la place à d’autres projets, d’autres envies.
C’est bien, et cela est presque inévitable.
Quand on a pris un M&M’s difficile de ne pas en reprendre un, et un autre, et un autre, et un autre, et un autre, jusqu’à ce que vous ayez enfin envie de…vomir !

J’ai donc envie de retrouver cette immense et indicible liberté qui m’a oint le cortex pendant trois mois, et deux moi.
J’ai envie de rencontres d’humains, de soirées autour du feu à refaire le monde tout en grillant de petits rongeurs, ou bien, tout simplement à griller le monde tout en discutant avec de petits rongeurs.

En ce moment j’accueille à tout va chez moi. Je vis de façon hebdomadaire: « Ils viennent dormir chez Pascal ».
Plus d’une dizaine de cyclotouristes sont passés en quelques semaines dans mon modeste chez moi.
En provenance du Canada, de la France, de la Russie, de l’Autriche, de l’Italie, de la Bulgarie, des États-Unis, et dernièrement un jeune couple Anglo-Slovaque filant vers…L’Afrique du Sud, j’ai continué de voyager avec eux.
Supers rencontres à nouveau qui ont réveillées en moi cette envie de refiler le crâne au vent par monts et par vaux, et par « vont et par mots » bien sûr !

L’autre soir alors que le soleil était déjà bien bas sur l’horizon, je suis venu me poser nu devant ma carte du monde qui sied dans mon salon. J’ai regardé les couleurs, j’ai regardé les pays, j’ai ôté les frontières, et j’ai tracé du doigt (l’autre était dans mon nez) pas un, mais DES parcours, pas un, mes DES voyages à vélo. Et puis, j’ai relu mes écrits n’arrivant pas à me reconnaître, n’arrivant pas à me dire que c’était moi qui avait vécu ça : schizophrène le Pascal ? Pas le moins du monde puisque j’arrive à LE supporter, l’autre Pascal, surtout quand il hurle à la mort à la pleine lune.
Mes écrits m’ont donnés envie, m’ont donnés l’envie de refaire ce que j’avais vécu, car l’Autre m’inspirait.

J’ignore quand…
J’ignore si…
J’ignore comment…
J’ignore avec qui…mais toujours est-il que je vais repartir…pas seul, ça c’est la (presque) seule certitude.

Un jour, oui un jour, je repartirai.

Voici une liste non exhaustive et non classée de projets tracés cette nuit là: Tour de l’Australie et de la Tasmanie – Traversée de la Nouvelle Zélande – Périple en Mongolie – Traversée du Canada: Vancouver – Gaspé – Traversée Nord/Sud de la Cordillère des Andes.

Bon alors, vous me suivez ?
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Retour de manivelle en Ré majeur

« Le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de lui-même. »(Confucius – joueur de foot à Milan dans les années 50.)

Moi j’aime bien Confucius, cependant perso, j’aurais rajouté : « Le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de lui-même, et a fini par vomir ! »

J’ai ramené un peu d’Iran avec moi ne trouvez-vous pas ?

J’ai mis un temps fou à écrire ce petit billet. J’ai dû l’écrire trente fois avant qu’il ne me plaise, et même à ce jour, je reste dubitatif quant à sa qualité et surtout à son but.

Cela fait plus d’une semaine que je suis revenu. Le retour, tant désiré, tant attendu, et aussi quelque part tant redouté, me bouscule.

On me l’avait promis : « Tu vas voir, oui tu vas voir, ça va prendre du temps avant que tu apprécies vraiment de faire la queue au supermarché derrière une petite vieille, tu vas  prendre du temps à apprécier de manger une fondue savoyarde pour le déjeuner. Prends du temps pour toi ! »

Le temps, justement, le temps de la narration semble s’être effacé, je n’ai plus trop envie de parler de mon voyage. J’ai vécu un truc fort et je veux le garder égoïstement pour moi. Depuis quelques jours, je fais une indigestion, une indigestion de tout. J’ai trop mangé d’images et d’émotions, et là, je sature. Je n’arrive pas à faire le tri, à organiser, à me dire que : « Hey ho, sois tranquille, tu sais où tu dors, les chiens sont tatoués, et Michel Sardou est bien mort ! » J’ai désormais remplacé l’adrénaline par les endomorphines. Tenez, pas plus tard qu’hier, en pleine chaleur, je me suis fait un triathlon. Pourquoi ? Pour sentir mon corps, déplacer la souffrance, et remplir le vide.

Aussi, je ne me suis jamais senti aussi seul depuis que je suis rentré.

« Tu vas voir, tu vas te sentir vide ! Ton retour à la vie « normale » va te perturber ! » Attendez, je ne suis parti que trois mois, pas deux ans. Je suis toujours petit vieux et chauve, hein !

Alors, je remplis le vide par de l’écriture, de longues promenades introspectives, d’un peu de sport aussi, et de rencontres diverses. En une semaine, j’ai accueilli déjà trois cyclonomades chez moi et rencontré/échangé avec des dizaines. Dès que je croise un cyclo, j’éprouve un immense désir d’aller découvrir le chemin qu’il/elle va faire. Je dois faire peur !

Bah, c’est ma façon de continuer à voyager, à partager, et à transmettre.

Ainsi, heureux de retrouver les miens, je commence doucement à digérer ce qui s’est passé là-bas, ce qui s’est passé en moi. Oui pour de nombreuses raisons, je souffre d’un manque évident de quelque chose, alors je cherche ce que je n’ai plus/pas dans ce que j’ai.

Je cherche.

Déprimé ? Non, surtout pas. Ça bouillonne, ça mûrit, ça couve…en attendant que ça explose, même si ce n’est pas facile quelques fois !

On me dit : « Tu devrais écrire un livre ». Un livre sur quoi ? Sur comment faire du vélo sans les roulettes ? Sur trois mois de voyage à vélo ? Un livre de billets blogs ? Tant de personnes voyagent, écrivent, narrent leurs périples d’un an, deux ans, trois ans, dix ans. Un de plus ? Écrire pour qui ? Pour satisfaire mon ego, pour mon fils, pour inspirer, pour partager, pour transmettre ? Pour les autres ? Pour me souvenir ? Oui, peut-être pour me souvenir, car les moments vécus s’effacent, s’idéalisent, se patinent, et on oublie. Qu’en pensez-vous ?

Je vais me laisser du temps, et m’appuyer sur le champ des possibles qui s’offrent à moi. Patience, maitre mot que j’ai appris à dompter, mais qui de temps à autre me tire par la manche et me conduit vers le bas.

J’ai envie de repartir, mais pas seul (les femmes célibataires, sportives, et n’ayant pas peur des chiens peuvent me contacter en privé, I am fucking serious, merci !)

Des dizaines d’endroits et de parcours me font rêver : le tour de l’Indre par les pôles, la grande traversée du Cher, l’ascension des monts du Perche, et bien sûr, le tour du périphérique Parisien sur la voie de gauche vers 8h du matin.

Ainsi, pour citer une phrase d’Alexis dans son article publié dans le magazine Carnets d’Aventures à propos de l’état dans lequel on se trouve après un périple : « Le voyage n’aura pas été une simple parenthèse, mais un tremplin vers une deuxième vie qui, probablement, nous ressemblera un peu plus que la première. »

Bien à vous.

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JSMF – Le retour

Comme une « lettre à la poste », où plutôt comme un « carton dans l’avion », c’est par ces termes que je peux définir mon retour en terre Gauloise.
Je suis arrivé le 22 juin à 7h à Paris après être parti le 22 mars 9h d’Orléans. Vous voilà rassurés.

La veille, je m’étais accordé une courte baignade dans l’eau à 32° C du Golfe Persique. 32 ° C ! La température du corps humain devant son poste de télévision…Impossible de se rafraichir. je pense que même les poissons transpiraient.

Désormais, je suis chez moi…
Mon réfrigérateur est plein, mon lit frais et propre, pas de chiens, de muezzins, je n’ai pas eu à être accueilli ce soir, je me suis fait à manger dans ma cuisine, et la wifi fonctionne.
Aujourd’hui, j’ai retrouvé mes repères. C’était comme si je venais de partir.
Désormais, on me pose des questions sur mon voyage. Si je réponds volontiers à celles-ci, je voudrais ici, vous posez une question:

« Quel a été votre moment préféré de mon voyage?  »

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JSMF – La fin

Dubaï est là, devant moi.
C’est terminé, enfin presque.
Je prends l’avion demain soir pour arriver à Paris lundi matin, trois mois exactement après avoir quitté à vélo, Orléans.
Je viens aussi de quitter mon fils pour quelques semaines – Dure séparation à nouveau.

Je suis à quelques centaines de mètres au dessus du sol, au 67e étage de la « Princess Tower » de la Dubaï Marina, la Palm Jumeirah Island devant mes yeux. Irréelle vision. Je ne réalise pas pour vous dire.

Quand au mois de janvier, je me suis lancé ce petit défi personnel, je ne savais pas trop ce dans quoi je m’engageais.
On ne le sait jamais vraiment. Et c’est tant mieux, sinon, on ne partirait pas !

Un grand merci à toutes les personnes ayant participées au financement de ce voyage.
Merci à toutes les personnes qui ont prises du temps pour lire et commenter mes billets.
Merci aux personnes qui ont crues en moi, tandis que moi, je doutais.

Vous m’avez accompagné, suivi, pendant trois mois. Vous avez souffert, ri, pleuré avec moi. Vous vous êtes étonnés, inquiètés, vous avez découvert des lieux inconnus, vous m’avez envié (ou pas), je vous ai fait rêvé peut-être un peu, et finalement, je peux dire que vous avez roulé avec moi.

Comme j’ai pu l’écrire,  je me suis « éclaté » tous les soirs à tenter de raconter, avec mon style propre, ce que je vivais, choississant les meilleurs moments, mais pas toujours.
C’est une chance d’écrire, cela en est une autre d’être lu.
Certes, des chats sont morts, je me suis moqué des supporters de foot, j’ai aussi pas mal vomi, Châteauroux en a pris pour son grade, et je voudrais m’en excuser.

Non, je déconne, qu’ils crèvent !!!

Les yeux dans le vide, je regarde dehors par la fenêtre de cette tour, les lumières de la ville qui scintillent en bas. Dubaï, ville sans âme et artificielle, me laisse indifférent. Moi, je suis encore là-bas. Là-bas, c’est partout, partout où je suis passé. J’essaye au mieux de me souvenir de ce que j’ai pu vivre, des émotions. C’était ailleurs, cela semble si loin. J’avais déjà voyagé, j’avais même déjà vécu longtemps à l’étranger, mais jamais je ne m’étais laissé autant laissé bousculer par un tel périple. Avec le recul, je me dis que ce fut superbe, fort, puissant, et renversant. La fin en particulier, où, las de voyager, dépendant des autres, fatigué physiquement et nerveusement, et ayant reçu une mauvaise nouvelle, ce fut réellement « compliqué ».

Quand on termine un projet, on a envie de regarder en arrière (et à vélo c’est plus prudent), de faire un bilan. Faire un bilan ? Que dire ?  Que retenir ? Qu’ai-je gagné/perdu ? Qu’ai-je appris ?  Oui tiens, qu’ai-je appris ? J’ai appris un peu plus à « lâcher-prise », à me faire confiance, à me concentrer un peu plus sur le présent, et à me débrouiller me disant que n’importe quel problème avait obligatoirement une solution, pas forcément celle espérée, mais une solution quand même.

J’ai eu de la chance. Oui, j’ai  eu de la chance de partir, dans un premier temps et de réussir dans un second temps, peut-être pas aussi comme je l’avais voulu (le bus m’ayant servi de moyen de transport vers la fin), mais j’estime avoir réussi. Je tenais à aller à Dubaï à vélo retrouver mon fils et j’y suis arrivé – que mes détracteurs meurent noyés dans du beurre d’escargot.

J’en suis égoistement fier, même si je n’ai pas le recul nécessaire pour réellement appréhender ce que j’ai accompli.

Pour moi ce voyage restera ancré comme la plus belle aventure pour illustrer l’amour qu’un papa peut porter à son fils . Pour lui, ce voyage n’aura qu’une véritable portée que dans quelques années je présume. Je ne pense pas qu’à l’heure actuelle, il prenne la mesure de ce que je viens d’accomplir (moi non plus, je le répète). Le temps, juge de paix, le dira.

Je vous laisse donc, « JSMF2015 » c’est fini pour le moment.

MERCI !

Pascal live from Dubaï.

Quelques photos  en vrac, ça fait toujours plaisir…

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JSMF – Shiraz – Esfahan 

Dix mois que je guette ça !Trois mois que je roule pour ça ! 

C’est donc demain vers 20h30 à l’aéroport de Dubaï que je vais enfin revoir le jeune garçon qui m’appelle « papa » quelques semaines par an. 

Je suis assis dans la cour de l’hôtel où je vais dormir ce soir, rempli d’émotions, partagé entre la tristesse de terminer quelque chose de fort et l’immense joie à l’idée de cette rencontre.  

C’est toujours un moment particulier ces retrouvailles d’aéroport, néanmoins cette fois-ci elles vont revêtir un goût particulier. 

J’ai traversé un bout de la planète sur mon vélo pour y arriver !

Ce soir, comme je l’ai dit plus tôt je dors dans un hôtel, car mon hôte ne peut pas m’accueillir – bien évidemment pour rajouter du piment à l’histoire, il a attendu 18h pour me le dire ! Ma chambre fait à peine 4m2 – véridique ! Bah ce n’est pas grave, c’est ma dernière nuit en Iran ! 

Ce soir, pour clore ce voyage ici , je suis aller dîner avec un cyclo Suisse rencontré à mon arrivée. Nous n’avons fait que parler d’histoire d’histoire de cyclo…bien entendu !

Il est 22h40 et mon hôte vient d’arriver avec ses potes pour aller boire un pot…

À plus tard 

Pascal live from Esfahan 

JSMF – Shiraz 4

Ça fait quelques jours que je suis chez mon jeune couple, que je les regarde fonctionner, et que je commence à comprendre un peu mieux le rôle de chacun. Ce matin, alors que je traînais pour partir découvrir la ville, je me suis retrouvé à discuter seul avec la jeune femme – ça n’a pas duré longtemps car la belle-mère est vite arrivée. Néanmoins le portrait qu’elle m’a dressé de la place de la femme dans la société iranienne fut bien morose, voire déprimante compte tenu du manque de liberté de celles-ci. Je n’ai quasiment, ou pour ainsi dire jamais, durant mon séjour en Iran eu de réelles occasions d’échanger avec des femmes – je n’ai pas cherché non plus, mais ces dernières étaient souvent invisibles dans les coteries, ou effacées dans les maisons. Loin de moi de juger, on ne peut et ne devrait pas chercher à appliquer notre modèle occidental à d’autres cultures, cependant lorsque cela est subit et non pas désiré (on pourrait en débattre ), je ne peux m’empêcher de m’insurger sur les conditions féminines ici. Il y a des progrès depuis le début des années 2000, mais cela reste une société d’hommes, dirigés par des hommes. Ces derniers aussi progressistes soient-ils gardent la main-mise et contrôlent de façon plus ou moins tacite les femmes. Leurs éducations, la famille, et la société cultivent ce pouvoir et les droits dont ils disposent. Bien entendu les choses bougent, et à Téhéran c’est plus cool d’après ce que j’ai entendu. En revanche, la police morale rode et ils peuvent se faire embarquer pour ne pas porter le voile ou s’embrasser en public, entre autres choses. 

D’autre part, j’ai été étonné souvent d’entendre les jeunes dirent ouvertement leur haine de l’islam, synonyme pour eux d’un manque de liberté. Moi français, agnostique, parlant de l’islam en Iran ! Vous imaginez les longues et passionnés discussions que j’ai pu avoir. 

Aujourd’hui pour mon dernier jour à Shiraz je suis allé faire quelques dernières visites, j’ai aussi beaucoup traîné à droite à gauche, prenant mes dernières bouffées iraniennes même si j’ai encore deux jours ici. J’avais besoin/envie de me poser et de réfléchir et rien de tel qu’un bon 38 C à l’ombre pour y parvenir !

Aussi, je devais aller chez le barbier ce soir pour un rasage de près, or j’ai appris que ce dernier ne ferait que me tondre comme un vulgaire mouton. C’est donc tout seul comme un grand que j’ai fait disparaître ma barbe. Je suis imberbe à nouveau et j’apparais plus jeune d’après mes hôtes (grassement payés ).

La soirée s’est terminée en ville au milieu de cette fourmilière humaine que j’adore. Demain je remonte sur Esfahan en bus. Environ 8h à nouveau pour retrouver mon cyclomaniaque !

Pascal live from Shiraz