Les locaux motivent

Depuis que je fais des voyages à vélo, j’ai toujours mis un point d’honneur à ne pas trop planifier de choses.
Pas trop planifier les choses ne signifie pas ne rien planifier du tout, c’est juste que je laisse une place, toute relative, à la surprise, à la découverte, ou bien à…l’emmerde de premier ordre.
Question de point de vue.
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Cette totale liberté vient à un prix. Le prix du stress que le soir je me retrouve à dormir à l’arrache sur le bord d’un chemin boueux (déjà fait), ou que la route empruntée me conduise dans une forêt sombre peuplée de créatures maléfiques (pas encore fait et pas envie). Dans créatures maléfiques je compte les molosses baveux des fermes abandonnées, les fermiers célibataires très (trop ?) proches de leurs chèvres dociles, les braconniers aux grands grands grands couteaux aiguisés, et aux poules sauvages sanguinaires.
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Ma route empruntée est de fait très variable, et elle est définie essentiellement en fonction de mes envies – hormis peut-être l’année passée lors de la traversée des Alpes, où je n’avais pas trop le choix quant au parcours.
La Grande Traversée des Alpes à vélo me laissait que très peu de place à l’imagination.
Je devais monter, descendre, monter, descendre jusqu’à la mer.
Environ 58537,91m de dénivelé au total.
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Durant mes périples, il m’est souvent arrivé de tourner à gauche alors que la route « idéale » me conduisait à droite. Bon, je me suis planté souvent aussi, pestant pour un long moment : « Putain, mais quelle burne en plomb du Sahel d’avoir pris cette maudite route ! »
(Phrase répétée ad infinitum en ahanant bien sûr).
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J’ai le souvenir l’année passée où je me suis retrouvé perdu, oui perdu, en France.
Ok, perdu dans la Creuse.
J’avais regardé ma carte la veille, jugé que la route était suffisamment sympa pour s’y aventurer, et découvert en route qu’en fait ce qui apparaissait plus court était en fait affreusement plus long et douloureusement plus pentu.
Posé à un embranchement aux multiples routes, toutes les plus avenantes les unes que les autres (si peu qu’une route soit avenante), j’avais longtemps hésité – Pour moi, rester plus de 5 minutes au même endroit à me demander si c’est bien par là, n’est pas concevable.
Je fonce…et regrette assez rapidement, avant de me maudire: après, et longtemps, et pendant.
« Putain, mais quelle burne en plomb du Sahel d’avoir pris cette maudite route ! »
Et encore, je me suis calmé.
Je suis « presque » devenu raisonnable.
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Bref, sans le soleil pour me guider, sans panneaux pour m’aiguiller, et bien entendu sans l’ombre d’un humain à cent lieue à la ronde, j’étais resté planté à tourner ma carte dans tous les sens (totalement inutile, mais rassurant quelque part). J’avais crié à l’aide en Français, en Wallon, en Québécois, en Anglais, en Australien, en Américain, en Irlandais, et en Russe. Oui mesdames et messieurs, je parle super bien le Russe, surtout avec deux petites électrodes plantées dans les testicules et un sac de jute sur la tête.
Et, alors que tout espoir semblait perdu, et que j’allais simplement me laisser mourir au pied d’un frêne (un rien dramatique le gars, non ?), une voiture était apparue.
Enfin, une voiture, une 4L.
fougon
Sans le moindre état d’âme (ou plutôt sous le coup de l’inconscience du désespoir) je m’étais planté au milieu de la route le bras tendu et l’air déterminé (ou désespéré je vous dis) pour arrêter le véhicule lancé à vive allure, ce qui pour une 4L de 1962, devait frôler le 32 Km/h. La peinture avait depuis longtemps perdue son éclat d’antan, une mousse verte colonisait harmonieusement les joints des vitres, mais elle roulait et transportait un humain.
Le type qui, malgré une température quasi négative, roulait la fenêtre ouverte (sans aucun doute pour aérer l’habitacle de la fumée du chicot noirâtre qu’il fumait/mâchouillait) m’avait offert un visage avenant.
Il m’avait souri…presque.
Amusé, sans doute, que je puisse l’arrêter.
Allait-il m’assommer et me jeter dans le coffre pour me dépecer plus tard ?
Allait-il me rouler dessus encore et encore et encore et encore et encore jusqu’à ce que je ressemble aux petits hérissons tout plats qui abondent sur nos routes ?
Allait-il remplacer une de ses chèvres et…
Mon Dieu !!!
Il s’était arrêté, et avec son dialecte propre aux Creusois du sud, il m’avait gentiment indiqué la bonne/meilleure route. J’étais reparti, soulagé d’avoir ainsi pu échapper aux loups, aux bandits des grands chemins sévissant dans la région, et au rôle de la…chèvre !
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Alors si mon dernier billet parlait des cartes que j’affectionne tout particulièrement, les locaux sont souvent la meilleure source de renseignement.
Croyez-moi que je compte bien m’appuyer sur cette richesse.

Pour m’aider c’est ici: http://www.kisskissbankbank.com/jamais-sans-mon-fils

Apprendre à s’écarter

J’ai commencé mon voyage en rêvant les yeux posés sur les cartes.
On commence tous comme ça.
Je crois.
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Qui n’a pas, gamin, laissé courir ses doigts sur un atlas aux pays colorés ?
A ce propos, je me suis toujours posé la question de savoir qui était la personne en charge des couleurs de pays. Pourquoi la France est verte et pas le Canada, le Vatican, ou le Pérou ? Pourquoi l’Inde rose et pas la Grèce? Et pourquoi un Gabon violet et pas une Australie ? Hein ? Pourquoi ? Je me pose des questions quelques fois…
Franchement.
Enfin, la mer est bleue et le Groenland blanc, ça me rassure…
Cette semaine, j’ai fait l’acquisition d’un jeu de cartes couvrant la majorité de mon parcours.
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La technologie aujourd’hui nous permet, grâce au GPS embarqué, de se laisser guider, voire dicter une route – même à vélo on peut embarquer un GPS et suivre docilement la route sélectionnée. Personnellement, homme au cœur de papier, je préfère pour éviter de rester sur le carreau et me prendre une pique, trimballer un tas de cartes (désolé, je n’ai pas réussi à placer « trèfle » dans cette phrase.)

Ces derniers temps, je passe un nombre incalculable d’heures penché sur celles-ci pour définir un parcours qui soit à la fois réalisable, compte tenu du temps dont je vais disposer, et qui soit en plus, joli.
Je veux du beau.
Le genre de paysage qui après trois heures d’ascension vous fasse verser une larme…voire deux.
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Certes, je passe aussi moult heures à trainer sur « Gloogleu Mape » ou « Gloogleu Earfe », et puis j’ai aussi téléchargé une application dans mon téléphone, cependant je privilégie toujours le contact tactile du papier, le soir dans ma tente.
Plaisir solitaire du voyageur, s’il en est.
Et puis, avouez, un nez collé sur une carte au bord d’une route invite mille fois plus à la rencontre qu’un index pianotant sur un portable, non ?
De plus, regarder mille et une fois, le soir, la petite route du lendemain m’offre à coup sûr des rêves riches en imagination.
« Attention Troll hypoglycémique en vadrouille. »
« Zone peuplée de zombies allergiques au sirop d’érable et aux infusions de verveine. »
« Gros pont ! »
« Forêt des vieux Elfes unijambistes et bègues. »
« Route sujette à des attaques de Nains de la Terre du Milieu souffrant de goutte et de prurit palmaire. »
« Free Gluten Area you shit hole. »
« Montagne sacrée belle de la vie de l’avis de ma mère. »
Un exemple de légende trouvée sur une carte:
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Donc, je me prends à laisser mes yeux glisser sur des villes ou villages perdus au fin fond de la Hongrie, de la Serbie, de la Bulgarie, de la Turquie, ou de l’Iran.
Un régal.
Je pouffe à l’idée qu’il va me falloir demander une direction pour aller dans des lieux à la prononciation si abstruse.
Comment peut-on écrire un nom de village avec toutes les lettres de plus de quatre points au Scrabble ? Toutes les lettres ensemble hein !
Je vois l’histoire : « Excuse mi, zi rod for Hjzvfwz, si you plé… »
Bien sûr, je fais, refais, défais des dizaines de fois ma route, j’ai même le sentiment que le temps va me manquer.
Je veux passer partout.
Je cherche en vain à m’écarter des routes dictées par « Gloogleu Mape », écartelé entre la raison et la soif de découverte et d’aventure.
À ce jour, je suis conscient que ce que je fais ne va servir à rien une fois sur place.
Et plus précisément surtout quand un autochtone va me répéter lentement douze fois :
« Bababouga pitch pitch freum schtza tralala pouet pouet ! ».
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Peu importe.
Mon voyage a de toute façon déjà commencé.

Le même pas (presque) loin !

Quand je dis que je pars pour un voyage de 7000 et quelques kilomètres, ma mercière lève à peine son sourcil épilé, les bûcherons arrêtent à peine de fendre du bois, les lectrices de « Marie Claire » ne cessent même pas de lire leurs horoscopes, les enfants continuent paisiblement à faire leurs coloriages, et ma coiffeuse continue de me demander si je veux une couleur.
J’indiffère…enfin presque.
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De nos jours, les distances sont couvertes si rapidement que nous avons tous oubliés l’admiration que pouvait évoquer les aventuriers du XVe et XVIe siècle.
Qu’est-ce que cela devait être excitant de partir à la découverte de mondes inconnus. Vous parlez…Les maladies, les infidèles, la famine, la météo, le scorbuuuuuuuut, les tempêtes, les mutineries, les attaques des indigènes, la promiscuité, la bouffe infâme, etc.
PAUSE
Ok, en en fait, non, ça ne devait pas être si merveilleux de voyager à cette époque.
PAUSE
Désormais, c’est un jour à « le Paris », le lendemain à « le Cap », à le « Los Angeles » ou à « le Tokyo ». Pour ma part, j’ai toujours été étonné de pouvoir faire caca sur le bord du Grand Canyon le matin, et le lendemain être paisiblement en train de faire pipi sur les pommiers du jardin de ma maman.
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Le monde est petit, et nous encore plus.
En revanche, quand je dis que je vais couvrir cette distance le derrière collé sur un bout de cuir sculpté par les mains habiles d’une ouvrière de la perfide Albion, les regards se figent sur mon visage de poupon, les dents se déchaussent dans le sens des aiguilles d’une montre, et d’un seul coup d’un seul, je forge l’admiration…enfin presque.
Pourtant, je ne cesse de répéter invariablement que 7000, 8000, 10000, 20000 km à vélo n’est pas un challenge en soi. C’est plus la vitesse à laquelle la distance est parcourue qui doit impressionner.
Grosse différence de prendre une abeille dans le visage à 12 km/h ou à 60 !
Ainsi, je me dois alors d’expliquer patiemment que dans la préparation de ce voyage, ce n’est pas tant la distance qui occupe mes pensées nocturnes, mais plus la logistique autour de cette distance.
Où dormir ?
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Que manger ?
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Quelle route ?
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« Si une idée ne paraît pas d’abord absurde, alors il n’y a aucun espoir qu’elle devienne quelque chose. » Albert Einstein

Pour m’aider, c’est ici:
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Cyclopathologiquement heureux

On pourrait m’imaginer cycliste.
Le type qui, chaque dimanche matin, se rend religieusement retrouver les « gars » pour aller rouler quelques heures en Sologne.
PAS DU TOUT.
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Le genre de type qui, amoureux de la petite Reine, pose sa chaise pliante sur le bord de la route un après-midi de Juillet afin de voir passer les « védettes » à 60 km/h.
PAS DU TOUT.
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Le genre de type qui parle 54/11, « braquasse », « bordure », et autres expressions absconses d’aficionados.
PAS DU TOUT.
En fait, mon amour du vélo se résume à quelques sorties mensuelles, seul, pour me changer les idées, ou bien accompagné de quelques très bons amis pour essentiellement prendre l’air et « faire du sport ».
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Le vélo est un excellent un moyen de transport bien plus rapide que la voiture et bien plus écologique aussi – quoique je me pose des questions sur les vélos électrique.
Ok, on respire à l’air libre les particules fines des véhicules motorisés.
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Ok, c’est la crotte quand il pleut des gnous ou qu’il fait -50°C.
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Ok, c’est dangereux vers 4h du matin le soir de weekend, sans éclairage et à contre-sens, sur le périphérique parisien.
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Sinon, pour le reste, c’est plutôt sympa. En plus, c’est devenu dans l’air du temps.
Moi j’aime bien toutes les choses qui sont dans l’air du temps.
Tenez en ce moment, je porte un pantalon sous ma jupe en cuir.
Mais, je m’évade.
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Mon fidèle destrier qui m’accompagne dans mes déplacements à travers la France ou bien durant mes balades quotidienne est très bien.
Très bien pour les routes françaises revêtues du plus bel enrobé et aussi lisse que la peau d’une pomme d’une grande surface. J’ai même couvert pas loin de 20000 km avec lui.
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Cependant, pour mon futur projet, qui va me conduire sur des routes craquelées, des chemins irréguliers, et des pistes lointaines, je ne me sens pas à l’aise de voyager avec ce dernier.
On en a parlé, lui et moi, un soir, et il a bien fallu qu’il se rende à l’évidence: ses roues sont légèrement (trop) voilées (il n’a pas aimé le mouvement en danseuse trop nombreux durant ma traversée des Alpes); elles sont de taille improbable dans une grande partie des pays traversés (compliqué de réparer des roues de 28’’), et ses freins à disque sont de piètres qualités.
J’avais un temps pensé simplement amélioré celui-ci. Il voulait notamment que je lui rajoute un panier avant estampillé « Dora la Tentatrice », ou que je lui remette ses roulettes…mais cela aurait été trop coûteux.
C’est la raison pour laquelle, j’ai décidé d’investir dans un modèle lourd, solide, et simple – je prie pour cela soit le cas !
Après avoir passé environ 12000 heures sur les forums à tenter d’avoir une opinion objective sur UN modèle, car il faut bien le reconnaître : on trouve de tout sur les forums, à savoir TOUT et son CONTRAIRE, je me suis décidé tout simplement à aller voir un vélociste pour me faire conseiller (le plus objectivement possible).
J’ai ainsi jeté mon dévolu sur un : TX400 GTI 16 soupapes LS 2015 Édition Limitée « Pâques et Fête du Travail » de 45 kg en fonte et en cire d’abeille.

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POUR PARTICIPER AU FINANCEMENT DE MON PROJET: http://www.kisskissbankbank.com/jamais-sans-mon-fils

C’est « presque » parti

Un nouveau Blog, pour une nouvelle histoire, un projet un peu « fou », mais qui, à ce jour, a tellement de sens pour moi.

Vous pourrez ici suivre l’évolution, au gré de mes humeurs, de la préparation du voyage.
Après le départ, cela sera la plateforme sur laquelle, vous pourrez me suivre.

Bienvenue sur « JSMF2015 » (Jamais sans mon fils)